GCC.«— A LA SCBUR MADELEINE DE SAINTE-CHRISTINE
TOUS tout ce qui vous peut empêcher de lui être Adèle. Notre Seigneurnous présente deux sujets de renouyellement^ qui sont le temps de TA vent et celui du juliilé. Peut-être ne Taurez-vous pas en ce temps qu'on le fera à Paris. Mais Tavénement du Fils de Dieu est toujoui*s un jubilé pour les âmes qui se disposent à le bien recevoir. Le moyen de le faire^ c'est de vider notre cœur de toutes choses, n'avoir plus de désirs^ de troubles^ d'inquiétudes, d'attaches^ d'aversions^ de répugnaneeS; enfin ne vouloir rien^ et ne refuser rien^ afin que Dieu venant dans ce cœur^ il y imprime tout ce qui lui plaira. Heureuses lésâmes qui sont dans cet état, ou du moins qui«y tendent^ et qui ne pardonnent rien à leur amour-propre, qui se cache bien souvent sous de belles apparences !
Ha sœur Madeleine de Sainte-Agnès vous remercie trèshumblement de votre souvenir^ et les deux autres aussi; elles se recommandent toutes trois à vos prières. La première est i rinfirmerie depuis trois semaines pour un mal de poitrine qui nous a fait peur au commencement; elle est mieux, Dieu merci.
Je suis^ ma très-chère sœur, entièrement à vous.
CGC— A la sœnr Madeleine de Sainte-Christine Briquet. Elle lui recommande rhumilité et la douceur.
(Fers 4656.)
Ma première et ma plus chère novice. Il auroit é(é superflu que vous eussiez été de nouveau ma fille, puisque vous Têtes par un titre plus ancien et qui a pris de si fortes racines dans mon cœur, que personne ne les peut arracher que vous-même qui ne voudrez jamais défaire ce que vous avez fait dès votre enfaadé et dans votre innocence , et que vous confirmez encore tous les jours. Je vous en suis fort obligée, ma chère novice, et je vous supplie de croire que je tiens bien chère votre ancienne et nouvelle amitié, que je désire qui soit rendue toute parfaite; ce qui arrivera lorsque vous et moi aimerons Dieu davantage, car il n'y a que cet amour tout saint et tout pur qui sanctifie Tamour qiiMl nous commande d'avoir les uns
434 LETTRES DR LA MSEB AGlliS.
pour les autres. Je le supplie, ma obère fille, qu'il éteigne tout i fait en tous Tamour du monde pour lequel nous avons natarellement de l'inclination. 11 le fera si vous êtes humble, car il n'y a que rbumililé qai reçoit la grfice de vaincre le prince du monde^ qui est le roi des superbes. Hais pour ne pas ae méprendre en croyant qu'on est humble parce qu'on conmdt sa misère, il faut prendre garde si l'on a de la douceur pour le prochain, car Notre-Seigneur ayant uni ces deux vertus, il ne les faut pas séparer. Nous n'avons ni Tun ni l'autre de noutroémes, ma chère novice, mais il les faut demander à Dieu, puisque nous ne pouvons lui plaire si nous ne sommes conformes à Jésus-Christ.
Je suis en lui...
«. CGC!.— A la sœur Madeleine da Sainte-Chriitina Briquet Elle Texhorte à se conformer à la volonté de Diea.
(FtffH 656.)
Ma très-chère novice , Encore que j'aie grand soin de m'enquérir de vos nouvelles, je me trouve obligée de vous visiter par ce billet pour vous assurer qu'encore que je ne vous oublie point dans tous les autres temps, je le fais beaucoup moins dans ce temps où Dieu est avec vous d'une manière particulière, parce qu'il s'approche de vous en vous affligeant, et vous vous approchez de lui en acceptant sa conduite.
Ck)ntinuez, ma Irès-chère et ma première novice, à vouloir ce que Dieu veut, et il voudra tout ce que vous voudrez, parce que votre volonté sera si droite qu'elle ne sera plus ditTérenle de celle de sa divine majesté. Je le supplie, ma très-chère novice, qu'il vous fasse celte grâce, et celle de lui demander souvent d'être toute à lui. Je sais bien que vous ne |iOttvez pas le prier longtemps, mais une bonne parole dite du fond du cœur suffit à Dieu qui pénètre toutes choses. Je ne vous écris pas de ma main parce que je suis encore trop foible.
Adieu, ma très-chère novice.
GCCII. —A hk KBin AIlGiueDB US flAIHTB-AGlliS. 435
CGGn.— A la sœur AngéUqua da Salito-Agnès 4a Varia
de la Falairé.
Au coromencement de Tannée ; empreAement que Ton SYâit de faire
toucher à la sainte Épine des images, etc.
40 janvier 4667.
f Ha très-chère sœur^ Je prends le premier quart d'heure que Je trouve libre pour tous saluer très-humblement en cette nouTeiie année^ que je prie Dieu que nous employions toute A vivre selon Phomme nouveau. J'ai été bien aise que vous vous soyeE dépouillée de votre fièvre quarte, qui est une appartenance du vieil homme, sans lequel il n'y auroit eu aucune maladie dans le corps ^ ni dans TAme, Notre- Seigneur nous
réserve les mérites de sa sainte passion pour être appliqués A la fièvre de notre cœur^ qui est inséparable de notre corruption naturelle ; et Je crois que notre guérison intérieure ariiveroit, si nous avions autant de foi pour la demander à Dieu, que les malades pour la santé de leur corps. Vous ne sauriez croire l'occupation que Ton a pour faire toucher à la sainte relique S pour recevoir toutes les demandes , les prières^ les lettres et les messages presque continuels. Il me semble que tout cela nous est une figure de la sollicitude où nous devons être pour approcher continuellement nos cœurs, et leur faire sentir la vertu de cette sainte Épine, qui les doit percer et en faire sortir la malice pour y introduire la charité.
Je vous envoie une petite image qui a les deux conditions que vous désires, d'avoir touché la sainte Épine et d'être écrite de machétive main. Il reste à désirer que la plume du Saint- Esprit qui écrit si vile et qui apprend sitôt ce qu'il enseigne^ Timprime dans votre coeur et dans le mien. Cest ce que je lui demande pour vous^ et que Je vous supplie très-humMement de lui demander pour moi^ qui suis entièrement à vous^ ma très-chère sœur.
* La sainte Épine,
43f> LETTRES DE LA MEEE A61CË8.
CCCIIL— A la mèra Renée de Saint-Paol, i Sanmnr.
Sur divers sujets. — Elle lui donne quelaues avis pour sa condoite, et loi parle de la mort de plusieurs religieuses de Port-Royil.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement I
40 janvier 4657.
Ma très-chère sœur. C'est avec regret que je suis longtemps sans répondre à vos lettres ; nos occupations croissent tous les jours^ et ne nous laissent aucun loisir. D'ailleurs, je ne vois rien de fort nécessaire à répondre dans vos lettres, n'ayant aucun pouvoir de mettre ordre à la conduite. Pour ce qui est de cet argent qui se met en dépôt pendant qu'on vit d'emprunt, j'en ai écrit à Mgr. d'...^ comme aussi de la sceur de Saint-Benoit qui se prévaut de lui pour vivre indépendante; et je l'ai supplié de déguiser les choses^ en sorte que l'OD ne puisse découvrir d'où cela vient.
Pour tout le reste^ il regarde deux chefs^ l'un de la conduite de la mère en général , et celle qui regarde votre particulier. Pour la conduite, il seroit à désirer qu'elle ne fût pas si moUe et si foible qu'elle est; mais c'est à Dieu d'y remédier. Pour ce qui vous regarde, je vous avoue qu'elle est pénible à porter, mais je demeure quasi d'accord que votre.... parce que vous avez beaucoup de propre sens ; vous n'aimez pas les condescendances et les flatteries qu'on fait aux autres, cependant vous en voulez pour vous-même, et vous rebutez aussitôt qu'on ne vous fait pas un assez bon accueil. Je ne vous le dis pas par reprocbe, ma chère sœur, mais seulement pour vous faire voir que quand on n'a pas de grandes occasions on se choque des petites, à moins que d'avoir l'esprit humble et mortifié. Je vois bien dans la plupart des choses que vous me rapporlei^ que la raison et même la justice est de votre côté; mais je vob en même temps que vous les débitez d'une manière qui n'est pas assez juste, ni assez raisonnable, prenant trop le dessus, et vous éloignant par trop de faire comme les autres. Par ezem-
« Mgr Tévéquo d'Angers.
CCCill.— A LA MÈRE RENÉE DE SAIMT-PALL. 437
pie, la réyécende mère vous dit que yous paraissez triste^ que vous lui feriez haïr la dévotion, que si l'on est plus sérieux céans, ce ne peut pas être de même là. La réponse que yous lui faites, c'est que tous ne pouvez pas toujours rire* Est-ce comme cela qu'il faut parler à une supérieure^ comme si elle exigeait de vous que vous fussiez une déréglée et une légère? Vous savez bien que non, et qu'il y a un milieu entre la facilité qu'on a à rire chez vous, et une façon cordiale et ouverte qui est ce qu'on demanderoit de vous. Et au lieu de vous humilier de votre mine qui est sèche et froide, vous vous défendez comme si vous étiez plus sage qu'une autre. Pour moi, je voudrois dire à la révérende mère quand elle m'en parleroit : Ha mère, je ne suis point triste ; il est vrai que je le parois, parce que je suis froide naturellement; c'est un défaut que je reconnois et qui m'humilie beaucoup. Hais au lieu de cela , vous prenez un quant à moi sérieux qui malédifie ; car enfin Porgueil est le plus grand mal de tous. Ce n'est pas que je veuille dire que vous ne soyez point du tout humble, car vous l'êtes certainement dans la volonté, mais votre ext^ rieur ne Test pas encore.
11 me tarde que vous soyez déchargée de vos offices, pour être quitte des occasions qu'elles vous fournissent de faire des fautes. Il ne faut pourtant rien précipiter, ni vous attacher trop à ne vouloir rien faire , mais être prête à aider à toutes les autres autant qu'on vous l'ordonnera.
Nous vous avons envoyé trois règles de saint Benoit par le messager. Pour les jeûnes de l'Église , quand le médecin se rencontre, on peut bien demander son avis ; mais hors cela, la mère en peut dispenser selon le besoin.
Nous recommandons à vos prières deux de nos sœurs qui sont mortes à Port-Royal, l'une le 3 de ce mois et l'autre le 4. C'est ma sœur Harie de Sainte-Aldegonde «, à qui vous avez vu faire profession , et ma sœur Anne- Monique *, converse, qui n'est pas de céans. On nous
* Sœur Marie de Sainle-AWegonde des Pommares, morle le 4 janvier 4657. Elle n'était religieuse que depuis trois ans et demi, ayant fait professioole 5 jaio 4653.
^ Sœur Anne de Saiote-Monique Nicole, converse, morte le 3 janvier
438 LBTTRl» DB LA UÈBM AffllS.
manda hier que ma sœur Marguerite de Sainl-Bènott* étolt fort malade depuis a^ant - hier. Je les recommande toota à Tos prières^ et nous toutes qui avons grand besoin que IMea nous soutienne pour nous disposer à tout ce quMl lui plaira qui nous arrive^ Torage n'étant pas apaisé ; au contrairet il semblé que lliuile de la miséricorde de Dieu qui parolt dans les miracles^ allume davantage la colère de ceux qui ne nùn» aiment pas, comme elle doit servir d'ailleurs à augmenter davantage le feu de notre charité.
Je suis, ma trto-chère sœur, entiftftaMDt à vous.
GCCIT.^A la sœur filisabeth de Sainta-Agnès le tèrtm^
à Port-Royal-des-Caïaapt.
Elle lui représente les dangers où elle s'expose oar si n^grigenca el •atres défaau, el la presse d*atoir reooart à Diea par ui prière el le péiilesce.
44 janvier 4657.
Ma très-chère sœur, Si je n'étois pas continuellement oocv* pée en des choses qui me prennent iout mon temps. Je n'aurois pas été si longtemps sans vous témoigner raffliction que J*ai reçue d'apprendre par votre lettre que votre état n'est pii meilleur que du passé, et même qu'il est encore pire comme vous le reconnoissez. Je ne sais que vous dire, mt pauvre chère sœur, sinon que je crains bien que vous tombiei dans la dureté du cœur qui vous ôte même le sentiment qui vo« reste encore de votre misère. Elle ne me feroit point de peur si vous aviez recours à Dieu et à la pénitence , mais ne faisant presque ni Vun ni l'autre, où pensez-vous trouver le remède i vos maux? Vous savez bien que vous ne direz pas au jugement de Dieu pour excuse que vous avez trop de peine à prier, et trop de répugnance à vous humilier. La conviction où vom serez à cette heure-là de l'obligation que vous aviez à vous
4657. Elle éuit professe du monastère de Liesse, et avait été aaaocîée à Port-Royal.
* Sœur Marguerite de Saint-Benott Boulai, converse ; elle motmit le 4 6 janvier 4657.
CGCIV.— A LA SGBUm iLlSABBTH DB SAIIITE-AGNÈ8. 439
faire Tiolence, vous fermera la bouche à toutes sortes d'excuses^ et TOUS fera avouer que vous avez tout à fait abandonné votre salut. Prévenez cette heure-là, ma chère sœur^ et voyex parla lumière de la foi que vos impuissances sont imaginaires^ que Dieu ne vous demande rien qu'il ne veuille vous donner moyen de faire par sa grftce, qu'il veut que vous lui demandiez^et même la grftce de lui demander, quand vous vous trouverez sans désir de le faire. Si vous ne le pouvez faire par un mouvement de ccBur^ faites-le de bouche, et même par posture^ vous mettant à gMoux, Joignant les mains, vous pros^ ternant par terre en diiant : Adhœiit pavimento anima mea^ etc. N'omettez point vos prières et ne les ditTérez point, afin que si elles ne sont ferventes, elles soient au moins fidèles. Pour ce qui est de votre manière d'agir mal gracieuse, curieuse, hardie, ce sont de grands maux, mais il 7 a des remèdes. Il faut vous accuser sincèrement et humblement, et en demander pénitence ; mais il me semble avoir entendu dire que vous ne voulez point faire aucune humiliation. Certes^ ma chère sœur> ce seroit le moyen de rendre vos maux inguérissables, puisqu'ils viennent d'orgueil et que vous ne sauriez en être délivrée que par Thumilité. Vous êtes de ceux qu'il faut contraindre d'entrer dans la voie de leur salut. Faites-vous, ma chère M^r, cette contrainte volontaire, ou bien désirez qu'on vous la fasse. C'est un des avantages qu'on doit trouver dans la religion que d'être excitée et même pressée de se rendre à ce que la nature ne voudroit pas. Dites à Dieu, avec David : qu'il percê votre chair ^ c'est-à-dire votre partie inférieure , des clous de sa crainte. C'est cette crainte qui réprime la licence qu'on se donne de manquer à ses devoirs, quand on se représente que les fautes qu'on fait avec tant de facilité seront punies de Dieu avec grande rigueur. Vous voyez la mort devant vos yeux, où en seriez-vous, ma chère sœur, si elle vous.alloit surprendre ? Au nom de Dieu, réveillez-vous, ne vous contentez plus de gémir de votre état lorsque vous en parlez, mais pensez [Uutôt à en sortir et à faire le premier pas dans la vie religieuse. Soumettez-vous au joug de la sainte religion, qui vous sera infiniment plus doux que le fardeau de votre indisposition. Ne cessez point de faire quelque dévotion à la sainte
Epine, afin qu'elle perce votre cœur pour en faire sorlir tout ce qu'il a de mauvais et d'indocile aux mouvemens de la grâce.
Nous avons fait trois neuvaines de suite pour vous, et pour d'autres, et nous ne vous oublierons point dans les autres; mais vous savez, ma sœur, que quand le ciel et la terre prieroient pour vous, si vous ne priez vous-même, les prières des autres ne serviroient qu'à votre condamnation. le tous supplie^ ma chère sœur, de prendre pour devise au commen* cernent de cette année les paroles du prophète : Et dixi: n%tne cœpi; et qu'il ne se passe point de jour que vous ne fassies quelque petit effort pour vaincre la négligence que vousaves pour le service de Dieu.
Je suis, de tout mon cœur, entièrement à vous.
CCGY.— A la sœnr Angélique de Sainte-Agnès de Marie
de la Falaire.
Au sujet de petits recueils quVlle faisait, elle lui dit que notre aboodanee devient notre indigence quand nous donnons lieu au désir de nouTelies choses.
4 mat 4657.
Ma très-chère sœur, Je ne vous parlerai point de votre lettre de la fin de février, et je voudrois que vous eussiez presque oublié que vous m'avez écrit, pour la honte que J'ai de tous être demeurée redevable d'une réponse. Mais vous n'avez garde de manquer à vous souvenir de ce que vous m^avez envoyé, et que j'ai serré fort soigneusement jusqu'à ce que je le pusse voir, qui n'a été que depuis Pâques*.
Je me trouve empêchée à donner des titres à vos petits
1 Le 24 février 16.')7« la mère Marie dos Anges, abbesse, tomba fort malade. Elle n'était pas guérie que la inère Agnès tomba en apoplexie, le 12 mars, et pensa mourir. La mère Angélique, qui était k Port«Royal-dfS- Champs, revint h Paris le 15 mars, et elle faisait tout en Tabsence des deux mères malades.
Le 20 avril, la mère Marie de Sain le -Madeleine du Fargis tomba aaMÎ malade de la rougeole, et fut h l'exlrémité. En mars et a\Til, il y eut de (grandes maladies h Porl-Royal-des-Chanips (44 malades) et la mortalité k Piques.
[CUromU^jw de Port-Royai, ms.— }fnn. (tThrchl. 1. 1, p. 2^>7.)
CGGVK— A MAOAIIB Vli SABlJu 441
recueils, et il me semble que i^ous feriez mieux d'en composer des lettres en mettant quelques mots du sujet sur quoi on vous répond; car il y a des articles qu'on ne sait d'où cela peut sortir. Tant il y a^ ma chère sœur^ que cela est très-bon et très-beau, et je yous trouve bien riche^ tant de cette part que d'autre encore; si ce n'est que votre abondance devienne votre indigence^ comme il peut arriver quand on donne lieu au désir de nouvelles choses. Les bienheureux qui sont aussi remplis de lumière que de charité^ ne nous enseignent point en quelle manière on peut adorer Dieu plus parfaitement^ sinon en disant Amen, qui comprend tout sans rien expliquer^ et qui enferme le plus grand devoir de la créature^ qui est de consentir à tout ce que Dieu fait, et lui laisser avoir des desseinS; sans en prendre aucun, sinon de le laisser tout faire» Je dis ceci, ma très-chère sœur^ tout à fait en l'air et seulement pour vous dire quelque chose; et Je n'ai rien à vous apprendre de tout ce qui se passe ici, parce que vous savez tout. On nous menace^ on nous rassure^ on nous élève, on nous alMÛsse ; un Jour l'un, un Jour l'autre. La pratique que nous en devons faire, c*est ce que dit la belle orai^n de cette semaine : Inter mundanas varietates, ibi noêlra fixa sunt corda^ ubi, etc., afin que^ par l'instabilité des choses du monde, nos cœurs demeurent toujours attachés où est la véritable Joie ^ Nous serions heureuses, ma chère sœur^ si nous pouvions fixer nos cœurs de telle sorte qu'ils ne pussent être ébranlés de tous ceschangemens. Prions Dieu l'une pour l'autre, ma obère sœur, pour obtenir cette grâce qui nous rendra immobiles dans tous les événemens.
CGGVI.— A Madame la marqoisa de Sablé.
Elle rassure qae, si elle cherche à 8*éloigner des mœurs et de It eonduite du monde, suivant la règle , la Tériiable gratitude et la chtrité qu*eUe veut lui rendre n*y sont point intéressées.
Gloire à Jésus au Très-Saint- Sacrement I
Ce jeudi matin {fin de mai 4 657).
Ma très-chère sœur. Puisque le Saint-Esprit nous enseigne
< Collecte du iV dimnucbe après Pâques.
442 LKTTRBS DE LA HÊRB ACNÉS.
qu'il ne faut pas être trop sage, il nous apprend aussi qui! ne fout pas être trop bonne^ car on peut excéder dans le bien autant que dans le mal. Hodérez-irous donc, sll vous plaît, et ne soyez pas si obligeante que de ne Youloir pas seulement aouf- /irir qu'on vous en remercie^ de peur de tomber dans injustice contre votre prochain en lui ôtant la satisfaction de n'être pas méconnoissant. Qu'ai-je donc fait qui vous fftcbe en écritantun billet par la main d'autrui^ comme une demi-aveug^ que je suis* et dans un temps où mes petites occupations ne ftie pressoient de rien? Je n'ai point prétendu» ma chère sœur^ que TOUS me dussiez aucune réponse; mais puisque vous en avez eu la pensée^ que ce ne soit pas une raison de vous empêcher de le faire que pour éviter que je vous réponde^ puisqull ta'en arrive rien^ sinon que je me satisfais en vous donnant une petite marque de ma sensibilité, pour m'opposer aux tentations que vous avez de notre dureté prétendue. Si vous l'appeliez la ' tiisUcité de Port-Royal^ je prendrois patience^ car c'est de quoi nous ne voulons pas nous défendre, et je crois même qnll ya un peu d'affectation à ne vouloir pas prétendre à la politease. Hais que voulez-vous, ma chère sœur? Nous avons une règle qui dit qu'il faut s^éloigner des mœurs et de ta conduite du monde, c'est pourquoi nous ne voulons pas IMmiter en tant de petites façons qu'il fait pour témoigner qu'il a de la tendresse. Que si nous excédons en cela, la véritable gratitude et la charité n'y sont point intéressées, et je m'assure que vous-même n'êtes point tentée de nous accuser de manquer en ces pointslà. Faisons donc, ma chère sœur, une bonne paix qui soit inaltérable, parce que nous la voulons fonder sur la justice, en vous rendant devant Dieu et devant les hommes tout ce que nous devons à une bonté comme la vôtre, que je désire qui soit encore plus grande en devenant plus sainte et plus spirituelle.
' La mère Agnès arait perdu un œil dans la grande maladie qu*elle eut M mois de mars 1657. (Voyez Ldires de la mère Angélique, t. Ill, p. 324.)
oocrn.— A LA ÈMstL ah^liqijb bb SAiimhAeiite. 443
CCGVn.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès de Marie
de la Falaire.
Il ne ftat point Touloir trop fonder set dispositions; nous ne devons posséder le bien qu*en sa source, qui est Dieu.
21 ododfv 4657.
Je commence celle-ci^ ma trës-chëre sœnr^ par où tous fi* niêsez la vMre^ étant bien aise de tous dire qne tous ne deTei point TOUS examiner snr des dispositions qn^on ne pourra peut-être jamais connottre si on les a ou non, et qu'il ert même plus à craindre qu'on ne s'imagine les aToir, que non pas de croire en être priTé. Je dis cela sur la maxime qu'A ftiudroit plutM mourir que de commettane un seul pédié Té«* niel. Je n'ai point entendu dire qu'on fût obligé à cela; mais quoi qu'il en soit^ il faut se contenter de demander à Dieu la grâce de le préférer à toutes choses, sans se tenter pour saToir s'il seroit Trai ou non, quoique nous soyons conyaincus par les occasions ordinaires que nous adhérons iort souTent au mal, quoiqu'il n'y aille que de bien moins que de la mort. Le remède à cela c'^ de recourir incessammoit à Dieu, afin qu*il nous relëTe en nous établissant de plus en plus dans cette Térité, que lui seul nous peut faire fidre le bien et éTiter le mal, et cela d'une manière ou d'une autre, je Teux dire ou foiblement ou aTec fenreur. Je crois que nous nous doTons contenter de la première manière, qui conTîent mieux à notre petitesse, au lieu que les grandes résolutions nous pourroient donner une Taine assurance, et interrompre le cri continuel que nous dcTons faire Ters Dieu, afin qu'il ait pitié de notre misère. Et c'est, ce me semble, l'explication de cette parole de saint Augustin , que je trouTe admirable : c L'humilité prie, mais elle ne promet pas; elle confesse, mais a elle ne proteste pas; » ce qui exclut tous les actes et les réso* lutions que l'on fait en soi-même en la Toe de ce que l'on doit à Dieu. Que si on se trouTe dans une disposition contraire de ne pouTdr faire aucune bonne résdution, on s'en trouMe comme si ou minquoit beaucoup en œla, tu lieu que c'est
444 LBTTIUBS DE LA MEBB AGNÈS.
notre partage de n'avoir rien du tout de bon^ qu'à mesure que Dieu nous le donne; ce qui nous oblige à toujours prier pour obtenir quelque effet de sa miséricorde, et à confesser toujours que nous ne méritons point de rien avoir. Et c'est pourquoi ces mêmes paroles nous défendent de promettre et de protester^ parce que cela n'appartient pas à notre état de pauvreté et d'impuissance. Il me semble, ma chère sœur^ que cette instruction se doit appliquer à toutes choses^ et qu'il est inutile de faire des réflexions sur ce que nous n'avons pas, puisque nous devons être assurées que tout nous manque* Au lieu de cela, il se faut toujours humilier; je veux dire, accepter notre misère et la souffrir avec patience, comme un bon pauvre qui ne se plaint point et qui est toujours à la porte d'un riche pour attendre son secours. Il faut encore remarquer que les choses spirituelles sont imperceptibles, et que les passions au contraire sont fort sensibles, ce qui n'empêche pas que ce qui est le plus foible, ne soit quelquefois le plus fort, et que ce que Ton ne sent point surmonte ce qui nous parolt davantage. Mais je reviens au même principe que nous ne nous devons point fier à cela, et que nous ne devons posséder le bien qu'en sa source, qui est Dieu, lequel nous en fait quelle part il lui plait, sans nous faire connoitre si elle est grande ou petite. C'est pourquoi nous devons avoir dévotion à ces paroles de l'Ëcriture-Sainte, qui nous dit si souvent qu'il faut adhérer à Dieu: cette adhérence nous faisant participera ses biens, comme l'adhérence à nous-mêmes, nous remplit de tous maux. H faut ajouter à ces mouvemens intérieurs la vigilance à nous garder de tout mal, et pour cela il ne faut ni science ni subtilité, mais seulement de la simplicité pour fuir tout ce qui a apparence de mal, au lieu qu'il faut de la prudence pour discerner les choses de l'esprit, selon ce que dit saint Paul : Soyez sages dans le bien et simples dans le mai Et au contraire on s'arrête trop peu à discerner et à considérer le bien, et l'on examine trop si le mal est grand ou petit, s* il est peu ou beaucoup défendu, et s'il n'y a point de prétexte de le pouvoir faire sans blesser sa conscience. 11 faut tâcher d'étudier le bien et d'ignorer le mal, je veux dire de bien pensera tous les moyens par lesquels nous pouvons pratiquer le bien,
CCCVIIl.— A l'NE RELIGIEVSE DE L'aBBATE DB TARD. 445
et ne penser qu'à fuir le mal lorsque l'occasion se présente de le faire.
Je ne réponds points ma chère sœur, en particulier, an manque de dévotion et de foi dont vous vous plaignez^ puisque ce sont vos actions qui montrent le contraire^ et qu'elles le font en effets quoiqu'il y ait beaucoup de mélange d'imperfection qu'il faut tâcher de purifier.
Pour ce qui est de vos sentimens sur le sujet de notre institut, Je voudrois que nous fussions si accablées des dons de Dieu, que nous ne nous en puissions Jamais relever ; mais il faut que cet anéanti ssement et cette humilité ne nous apportent potned^con/uston, comme dit saint Paul. Je crois que TOUS comprenez bien cette parole, n'être point confuse, c'està-dire n'avoir |)oint cette frayeur et ce trouble qui éloigne de Dieu, mais plutôt une confiance qui nous approche de lui, qui n'est fondée que sur la même bonté et charité qu'il a pour nous.
Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.
CCCYin.— (A nne religieuse de l'abbaye de Tard, à D^on.)
Sur It sortie de M}^* de Roannès enlevée de Port-Royal par des ordres
supérieurs *.
Ce 6 novembre 4657.
Il est certain, ma très-chère mère, que Dieu ne laisse point ignorer aux âmes qui sont à lui les choses qui ne lui agréent pas, comme notre trop fréquent entretien. Quelle apparence d'appréhender qu'un silence de quinze jours puisse diminuer une amitié qu'une séparation de vingt années n'a point altérée! Je me prévaux donc de votre bonne disposition pour vous demander deux semaines au lieu d'une, sans préjudice de ce qui pourra arriver qui méritera de rompre la règle, comme
* W^* CharloUe Gouftier, appelée mademoiselle de Roannès, entra à Port-Royal au commencement de juillet 4 ô.i?, dans le dessein d'y être religieuse. Elle fut contrainte d'en sortir le samedi 3 novembre 4657. Dans la suite, le 29 avril 4667, elle épousa le duc de k Feuillade. Elle est morte le 43 février 4683. (Voyei Besoigne, Hist, de P.-R,, 1. 1, p. 389.— ilrttwi dTer., 4740, p. 304.)
iA6 LITTBIS DB LA MÈXg AGViS.
je fais aujourd'hui pour vous donner parla noire affliction de la sortie de H*^* de Roannès , qu'on nous rairit samedi dernier avec des yiolences extrêmes, madame sa mère n'ayant Toulu écouter aucune raison ni aucune prière de sa part On ne sauroit représenter la douleur de cette bonne demoiselle^ qui auroit sans doute fléchi madame sa mère, sans une sœur qu'elle a religieuse bénédictines qui se trouva à cette belle action. Elle est en cette ville au retour des eaux de Bourbon, qui animoit cette dame à se rendre inexorable. Elle demanda pour toute grâce, ne pouvant rien obtenir, qu'on la laiartl passer sa fête céans qui éloit le lendemain, ayant nom Charlotte*; ce que la religieuse ne voulut jamais permettre, n'ayant autre parole à dire, sinon : 11 faut que vous sortiez tout i cette heure. Cette pauvre fille fit des cris étranges à ce dernier refus ; et il lui échappa de dire : Que je suis malheureuse d'avoir une telle sœur! Elles avoient amené avec elles un exempt qui avoit apporté la lettre de cachet il y a trois mois qu'on étoit prêt de la rendre entre les mains de madame sa mère, selon le commandement du roi, quand elle la viendroit quérir; mais on avoit garde de passer cette action sans nous faire insulte.
Madame d'Aumont parla audit exempt , comme il falloit, fort sagement maïs généreusement. Mademoiselle de Roannès l'envoya vilement pour la défendre, car elle est fort sa bonne amie. Elle dit tout le fait à la religieuse, non pas en face, mais elle l'entendit bien. Elle dit que toutes les personnes sages trouveroientbien à redire qu'une religieuse se trouvât présente quand on retiroit une fille de religion par violence. Il répondit que c'étoit par un bon naturel^ et qu'elle étoit bonne sœur. A quoi madame d'Aumont répondit que si c'étoit la marque d'une bonne sœur, que ce n'étoit pas celle d'nne bonne religieuse. Cette dame s'offensa de cela, mais elle le méritoit bien.
Nous avons été dans la douleur jusqu'à hier, vingt-quatre
* De Ftbbaye de Notre- Dame de Soissons.
* Ëunt à Port-Roytl, W^* de Rotnnès avait pris le nom de flH|piir Chm lottedelaPasaîoii.
CCCYIII.— A OSB RSUOlBOftB DB h'àMktE DB TAID. 447
heures aprèsj qu'elle nous envoya uoe demoiselle qui a été sa gouvernante pour nous dire de ses nouvelles qui sont de consolation, étant si ferme, si sage et si touchée, qu'ils ne savent tous que dircu Elle envoya quérir ses bréviaires et ses livres de lecture. Bile ne veut voir qui que ce soit, que ceux qui aiment la maison et qui pleurent avec elle la persécution qu'on lui a faite. Elle a déclaré à madame sa mère qu'elle ne seroit jamais autre que religieuse; et pour preuve, elle se décoiffa devant elle, pour lui montrer qu'elle n'avoit plus de cheveux. Elle a fait ce coup-là sans Tavis de personne, en pleine nuit, la veille qu'on la vint quérir, craignant que cela n'arrivât. Elle me dit le lendemain au matin qu'elle avoit eu un si furieux instinct de faire cela qu'dle n'y avoit pu résister, et que son bon ange et elle n'avoient guère arrêté à le faire. Il en fallut rire, car il n'y avoit plus de remède. Je vous dis un échantillon de tout, ma très-chère mère, afin que vous ne soyez point trop touchée de douleur; le principal est qu'elle est constante. Monsieur Singlin en a été ému jusqu'aux larmes; néanmoins il est tout consolé de sa disposition; il dit qu'elle est merveilleusement avancée en quatre mois. Il lui a dit qu'il ne craignoit pas qu'elle s*affoibl!t, mais qu'elle prit garde de ne se pas irriter.
Vous voyez par cette histoire. H., que nos persécutions ne sont pas toujours dans la seule appréhension. Je prends celle-ci comme le contre-poids de notre visite < que nous ne saurions payer. Je vous Fai racontée pour vous réjouir, mais non pas pour
vous donnersujet d'y faireuneréflexionsidisproportionnéeque celle qui vous est tombée dans l'esprit. Je crois bien que vous n'aurez pas une semblable personne ; mais on se passe bien à moins, et notre bon Dieu qui fait tout en poids et en mesure nons donne une personne pent*ébre unique pour nous soutenir dans un état de malédiction qui n'a point son pareil dans l'Église. Du reste, vous ne manquez point de lumière et de bonnes maximes pour les choses spiritudles, et vous avez
^ M. Singlin fit la visite de la maison de Port-Royal dé Paris pendant les mois de septembre et d*octobre 4657, et de celle de Port-Royal*des- Champs pendant les mois de norembre et décembre.
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Tonction qui tous apprend tontes choses^ c'est pourquoi Totre pauvreté en pourroit enrichir plusieurs.
Je vous recommande de tout mon cœur ma chère sceur exilée, et je supplie très-humblement les trois coatens que TOUS me mandez qui ont tant de charité que de n'en point manquer pour nous, qui sommes l'objet de la haine de tous les déyots du temps, de youloir offrir à Dieu cette bonne fille, afin qull la soutienne et qu'elle ne s'aigrisse point.