CCCX.-— A LA MÈRE MARIE-DOROTHÉB DE l'INCARNATION
CCCX.— A la mère Marie-Dorothée de rincamation Le Conte, prieure de Port-Royal-des-Champs.
Elle la remercie de soo aiïeclion et d'une image de saiole Agnès qu'elle lui avait envoyée. — Elle salue toute la communauté de Port-Royal-des- Cbamps.
{Commeficement de janvier 4658.)
Ha très-chère mère^ Je vous remercie très-humblement de YOtre double présent. Le premier est inestimable^ puisque Yous n'en pouvez faire un plus grand à Dieu même; mais c^estaussi |K)ur l'amour de lui, que par un efiet de sa divine charité vous êtes si libérale envers moi. Vous savez bien qu'il y a longtemps que Dieu m'oblige d'avoir les mêmes sentimens pour vous; je le supplie qu'il les rende toujours plus véritables et plus dignes de Tunion que lui-même a faite de nos cœurs.
La sainte Agnès est fort dévote, mais je ne suis pas ravie de Foraison ; il me semble que ce n'est pas un excellent éloge d'appeler mère cette sainte, puisqu'on ne vieillit point en paradis, et qu'elle n'étoit pas en âge de Têtre en ce monde. Je sais bien que celui ' qui a composé l'oraison ne manqueroit pas de raisons pour se défendre ; c'est pourquoi je ne le veux pas entreprendre là-dessus : je ne laisserai pas de dire l'oraison dont je voudrois bien avoir l'effet, ayant bien besoin de ce qu'elle contient. Je pense qu'il faudra nous passer de cet embrassement que vous désirez tant, et que je crois désirer encore plus que vous, puisque je voudrois bien aller où vous étesS et que peut-être n'avez-vous guère envie de venir ici, non plus que ma sœur Angélique ', que je serai bien aise qui ne vienne point, parce que je désire plus sa santé que ma satisfaction ; mais si elle a encore sa fièvre à la Chandeleur, elle se peut bien préparer à faire un pèlerinage au mont de ^inte-
* Antoine le Maître, son neveu. (Note du manuscrit,)
* A Port-Royal-desXIbamps. H y a bien apparence que la mère Agnès n*avait pas fait le voyage de Port-Roval-des-Cbamps au mois de septembre 1657. i^ mère Marie-Doroibée de rincarnalion était venue quelques jours à Paris à la fin d'octobre.
* Ia soeur Angélique de Saînl-Jean Arnanld d*Andilly.
450 LVmiES DE LA HÈRE AGNÈS.
Geneviève qui guérit de ce inal^ parce que M. Singlin est bien résolu de ne pas attendre davantage les promesses qu'elle fait de guérir sans sortir du lieu où elle est. Je la salue trèsbumblement.
Je pense qu'il n'y a point de danger au commenœaient de cette année que je salue aussi très-humblement toutes nos obères sœurs, et que je leur souhaite la fidélité à Dieu pour recueillir le fruit de toutes les grâces qu'il répand dans notre communauté^ par le moyen de son ange* qu'il nous donne pour préparer ses voies en nos âmes.
Je suis très-humble servante de mesdemoiselles de Luynes, et de toutes leurs petites compagnes^ et particulièrement de ma chère sœur de Bagnols. Je me recommande aux prières de toutes les flUes de ma sœur Gertrude% particulièrement à ma bonne amie ma sœur Richer '. Je n'oublie pas mes deux chères novices ^ à qui j'en dirois davantage si je n'espérois leur dire de vive voix^ si Dieu exauce les désirs de plusieurs personnes. Je salue aussi nos chères postulantes.
La secrétaire est votre très-humble servante. Nous venons de recevoir les papiers ; je vous rends très-humbles grâces.
CCCXI.— A Madame Françoise de Foix, coadjutrice de Fabbaye des Bénédictines de Notre-Dame de Saintes.
Elle la console dans ses peines el lui donne divers avis.
Ce24avri7 463S.
Les saints jours m'ont empêchée de me donner l'honneur lie vous écrire, ma très^hère mère, pour vous demander des nouvelles de la santé de madame ' ; je me veux persuader qu'elles sont meilleures^ et que Dieu ne vous enverra pas d'at
* M. Singlin.
* Sœur Marguerite de Sainte Gerlrude du Pré.
' Elle était tille de M. Riclier, dont on lit la conversion en 4657 (D. Clémencel. HisL de P.-R., t. III, p. 428)
* L*tine de ces novices parait éhe la sœur Anne-Marie de Sainte-EoféBie Arnauld d'Andiliy. qui Ht profession en 4658, le 4"' mai.
* L*abbesse de Saintes était tante de la coadjutrice et se nomntii aaisi Fran(;oise de Foix. Klle t'sl morte le 4 9 avril 1666, Agée de 83 ans. Voyez Moréri.
C0CX1.-*A HADAlfl DB FOU. 451
fliction de ce cAté-là^ quMl ne vous y ait préparée auparavant en donnant plus de force à votre tendresse^ et moins d'appréhension de ce qui peut arriver ensuite^ qui pourroit être autant utile à vous-même qu'aux autres^ pour vous abandonner davantage à Dieu qui remédie à nos propres besoins à proportion que Ton désire d'aider à ceux des autres. J'ai meilleure opinion que vous^ ma très-chère mère, de ce que vous fîtes Tannée passée au mois de mars^ où Dieu jeta des semences dans votre ftme * qui lui rapporteront avec sa grftce de meil-leurs fruits que vous ne pensez. Je vous dirai seulement que Je fonde toute mon espérance pour les autres et pour moimême sur ce que Notre-Seigneur dit, que le royaume de$ deux umffte violence, et que le$ violens le ravissent. Je me persuade que vos plus grandes peines sont à souffrir le silence de H. Singlin, et certes j'en suis tout à fait mortifiée, et Je n'en puis donner d'autre raison, outre celle du non-*pouvoir où Dieu le met pour cela, sinon que Dieu veut éprouver la grande fermeté que vous avez à désirer sa conduite. Je ne sais si l'indigence que vous en avez, ne vaut point mieux que l'abondance que vous pourriez recevoir d'un autre auquel Dieu ne vous auroît pas engagée comme il a fait à lui. Dieu a ses temps pour toutes choses, et peut-être qu'après la privation vous regagnerez tout ce que vous avez perdu.
Pour ce qui est de votre postulante, je vous dirai la pratique que H. N. nous a donnée sur cela, qui est que quand une fille a dix-huit ans elle doit jeûner aussi bien que si elle en avoit vingt et un, l'intention de l'Église étant que tous ceux qui peuvent jeûner jeûnent; et de même on les peut dispenser quand elles en ont un véritable besoin, soit qu'elles aient l'âge ordinaire où la coutume oblige de jeûner, ou qu'elles ne l'aient pas. Mais pour ce qui est de conserver leurs forces pour mieux chanter, vous avez fort bien jugé que ce n'étoit pas une raison canonique. On s'accoutumera à trouver en vous une conduite moins relâchée que le commun, et je m'assure que l'on en reUrera plus d'édification que de frayeur.
' Elle avait écrit alors ï la mère Angélique, qui lui répondit le 24 mars. (Vojes LeUr$ê 4e la mère AngêHque, t.ITI, p. 366.]
Pour Yotre office, on nous a dit qu'il valoit mieux le diCTérer jusqu'à six Iieures du matin que de le dire le soir; et je crois qu'on peut aussi aller jusqu'à sept, principalement rhiver qu'il n'est pas encore jour, quoiqu'il vaille encore mieux le dire tu lit que de le différer, lorsqu'on ne peut faire autrement, parce qu'on prend des remèdes, et qu'on en a un Yéritabie besoin. Je pense aussi que vous poui^ez parler pour la direction, aux'heures du silence et de Tofflce, à celles qui nepour^ roient pas y assister. C'est une chose si importante et si utile d'aider aux âmes, que M. Singlin dit qu'il faut s'y rendre aussi attentive qu'à l'office divin ; et, en effet, quand on s'y comporte comme il faut, on se trouve aussi recueillie au sortir de là que si on venoit de faire l'oraison ; et celles qui communiquent en doivent être de même. J'espère, ma très-chère mère, que vous aurez bénédiction pour cet emploi, et qu'ayant Dieu dans le cœur comme vous l'avez, vous le ferez goâter aux autres qui sont bien disposées. 11 est vrai qu'il y a bien de la différence entre désirer la vertu et la pratiquer; parce qu'elle est aimable en elle-même et pénible à l'égard de nooi qui répugnons naturellement à tout ce qui est bon. Mais quand Dieu nous fait la grâce de nous vouloir faire un peu de violence, nous trouvons tant de douceur dans la mortification par la paix de conscience qu'elle nous apporte, que nous avons un grand courage à persévérer.
Je recommande Irès-humblement à vos prières et (à celles) de votre noviciat deux de nos sœurs qui feront profession le premier jour de mai, qui est le jour auquel j'ai eu la bénédiction de la faire il y a quarante-six ans, ce qui nie fait vous supplier très-humblement de me joindre à celles-cî, afin que ce soit le jour où je puisse être une véritable religieuse.