CCCXII.— A Madame de FpIz, coa^jntrice de Saintes
CommeDt il faot s'occuper devant Dieu pendant Poraison. — Sentiment de Tabbé de Saint-Cyran sur les écrits, qu*on ne doit pas produire sans use mission de Dieu.
23 juin 1658.
Je suis, ma très-chère mère, dans une profonde admiratioo
GGCXll.— A MADAME DE FOiX. 453
des longues oraisons que tous faites quand yous êtes en retraite; je ne m'étonne pas si les pensées vous manquent pendant quatre heures de temps; et à moins que d'être ravi en extase^ il me semble qu'on ne peut pas persévérer tout ce temps-là. Nous vous enverrons par le premier messager deux autres livres du père Carré. Encore que ces bons livres fournissent beaucoup de matières pour s'occuper devant Dieu^ cela ne dure guère si Dieu ne touche d'ailleurs; c'est pourquoi je ne sais point d'autre remède quand on se trouve à sec que de demeurer dans, le silence devant Dieu^ dans deux objets bien contraires qui sont^ ce qu'il est et ce que nous sommes ; ce qui dit tous nos besoins, tous nos désirs et toutes nos espérances, qui ne peuvent être fondés que dans son infinie miséricorde, dans lesquels je tâche de m'aiTermir de plus en plus.
Je crois, ma très-chère mère, que vous n'avez point besoin d'autre pratique pour renouveler votre profession que de vous réjouir de quoi Dieu vous fait la grftce de l'aimer de plus en plus, et de l'étendre plus avant que vous n'aviez peut-élre intention quand vous la fîtes. Pour peu que l'on avance dans le désir d'être à Dieu, c'est toujours un témoignage qu'on n^a pas reçu la grâce en vain.
Pour ce qui est des ouvrages de nos Messieurs, la providence de Dieu les oblige de cacher ce talent en terre; c'est pourquoi nous ne sommes pas prêtes de vous en envoyer ; ce seroit élever de nouveaux troubles, au lieu que nous avons mis toute l'espérance de notre repos dans le silence. Les paroles de l'Évangile sont bien souvent fort obscures, faute d'une bonne traduction ; mais elles sont toujours néanmoins les paroles de la vie éternelle, qui touchent autant les cœurs que si elles étoient fort intelligibles. Feu H. deSaint-Cyran disoit qu'on ne devoit jamais écrire sans une particulière mission de Dieu ; et ces personnes en ont une pour se taire, à quoi ils se soumettent bien volontiers, parce qu'il y a toujours plus de sûreté que non pasà se produire.
454 unnrRBs db la Miu âwèa.
CCSGXm.^A Madame d'Aamont, à Port-Rc^aMaa-Chaaq^.
Elle lui écrit le jour de sa naissance el de la fête de saint Jean-Baptiste.— Nous recevons tons de la plénitude de la miséricorde de JésiB-Gkriil grâce poar grftoe.
Gloire à Jésos an Trës-Saint-Sacrementl
Lundi au $cir (24 juin 4658).
Ma très-chère sœur. Vous avez eu un terrible temps Tespaoe d'une heure. J'ai bien peur que cette disgrâce soit arrivée i Jouy, et que ces messieurs aient essuyé cette grosse pluie. Nous avions appréhendé le chaud, et tous avez eu un autre ennemi à combattre. Dieu veuille que vous soyez arrivée à bon port après tous vos maux !
Je vous ai embrassée ce soir, ma très-chère sœur, à votre entrée au monde, et j'ai prié Dieu qu'après la grâce de la renaissance qu'il vous a donnée, il vous fasse arriver à cette régénération éternelle pour laquelle il vous a créée et aillée en sa sainte maison. Vous avez reçu la première grâce sans y avoir rien contribué, mais Dieu vous veut donner part à la seconde en vous faisant coopérer à Tœuvre de votre sanctification, après laquelle il couronnera ses dons en vous sans vous, c'est-àndire, beaucoup au delà de vos mérites, puisque nous n'en aurions point s'il ne nous les avoit donnés; de sorte qu'on nous devroit tous appeler Jean et Jeanne, qui signifie grâce, puisque nous recevons de la plénitude de la miséricorde de Jésus-Christ grâce pour grâce, et la gloire éternelle ensuite de la grâce qu'il nous donne dans le temps. Et c'est le si^et de la grande joie de ce jour, où nous voyons naître celui qui nous assure quMl y en a un autre au milieu de nous qui nous baptise au Saint-Esprit , en consumant nos péchés dans le feu de son amour. Je lui demande encore, ma chère sœur, qu'il vous remplisse de la joie spirituelle que l'Eglise demande en ce jour, afin qu'elle dissipe toute sorte de tristesse qui n'est point celle dont parle saint Paul, qui opère une pénitence stable à salut ; et il semble que l'Eglise les joint aujourd'hui en nous proposant un saint qui a été le prince de la
CGCXIV.— A LA SOHIR FRANÇ<HSK*L0I}18B M SAlfrnMUllE. 455
pénitence après Jésus-Christy et qui d'ailleurs a été tout comblé de joie de la présence du Fils de Dieu.
Je me suis aujourd'hui exposée à Dieu pour recevoir Teffet des prières de M. Singlin que vous m'aurez procurées^ avec les vôtres et celles de nos sœurs qui auront eu la bonté de se souvenir de nous; mais j'éprouve ce que c'est d'une volonté rebelle qui s'oppose à tous les effets de grftce qu^on désire de lui obtenir de Dieu, si ce n'est que les mêmes prières brisent sa dureté. Je vous vais donner le boi^our, ma très-chère sœur, ^ n'ayant achevé qu'aujourd'hui cette lettre que je commençai hier au soir^ et que j^ai reprise à plus de si\ fois. Je salue de nouveau toutes nos chères sœurs, et j'achève en vous suppliant très-humblement de ne pas oublier que je suis entièrement à vous, et votre très-humble servante.
CCCXIV.— A la sœur Françoite-Lovise de Sainte-Claire le Camus
de Bnloyer*.
Sur la mort de madame de Bulover, sa mère, nommée sœar Marie de Sainte-Naulie de Rubentel, le 29 juillet 4658.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement I
Ce 48 ootU (4658).
Ma très-chère sœur, Si j'avois eu plus de force je vous aurois plus tôt témoigné que vous m'avez été très-présente dans votre affliction. Vous aurez éprouvé dans cette occasion un des fruits de l'état saint où Dieu vous a appelée^ qui est de rendre notre foi plus forte que nos senlimens. La foi \ous attache à Dieu^ et les sens à la créature ; c'est pourquoi vous auriez été presque inconsolable dans le monde^ parce que cette attache sensible étoit dominante en vous; mais la grâce de votre vocation Payant beaucoup amortie^ vous aurez été soulagée dans les vues que la foi nous donne que nous devons perdre toutes choses et nous-mêmes pour nous retrouver en Dieu. J(; crois bien que vous n'avez pu penser à rien pendant voire
« Cette sœur fit profession le 29 août 4655. Elle est morte le 47 mai
450 «; LETTRES Di LA MÈRE AGNÈS.
grande afflictîoh ; mais cependant Dieu n'a pas laissé de Toir dans votre cœur les bonnes semences de résignation à sa sainte volonté que lui-même y a mises, et il en attend les effets quand vous aurez plus de liberté de les produire.
Prenez garde^ ma chère sœur^ de ne vous rendre pas ingénieuse à entretenir votre douleur par des réflexions sur des choses passées; ce n^est pas cela que la défunte attend de vous; elle désire que vous soyez tout appliquée à Dieu, et non pas à elle, puisqu'en l'étant à celui qu'elle aime uniquement, vous ferez autant pour elle que pour vous, puisqu'elle ne peut avmr d'autre désir que celui-là, que Dieu possède tous les cœurs. Elle vous demande encore que vous soyez une vraie religieuse, et que vous ayez intention de continuer de l'être pour elle qui en a eu un désir sincère, quoiqu'elle n'ait pas eu la liberté de l'exécuter; et je ne doute point que Dieu n'ait vu, au travers des apparences contraires, ce premier dessein dans le fond de son cœur; au lieu que, sous les apparences extérieures de religion qui paroii'sent en nous, nous devons craindre qu'il ne trouve pas toutes les choses essentielles au dedans de nous. C'est pourquoi nous devons toujours gémir en sa présence, craignant que la sainteté de notre état ne couvre nos défauts, au lieu que Thumiliation que Dieu envoie à certaines âmes couvre leurs vertus. Pensons sérieusement^ ma chère sceur, à nous convertir à Dieu, autant dans l'intérieur que dans l'extérieur ; celui-ci se fait par les observances, et le premier par le recueillement qui sanctifie toutes nos actions. Vouseo avez un motif particulier dans la perle que vous avez faite, considérant que celle personne qui vous étoit si chère est devenue toute spirituelle et que vous devez lui ressembler. Je vous supplie de le demander à Dieu pour moi, qui désire de tout mon cœur qu'il vous fasse aussi cette grâce et'toutes les autres dont nous avons besoin pour lui être agréables.
Je suis en son amour,
Ma très-chère sœur, Votre très- humble et très-adeclionnée sœur et servante en Jésus-Christ,
Sœur Ag>és de Saiist-Pail, U^ ind.
CGGXV.— A 1I0M8IWR 4^7