CCCXV.— A Monsieur
Sar la mort de M. Aotoine le Maître, le 4 noTombre 4658.
NoiœmJbre 4658.
Je n'ai point douté que Totre bon cœur ne prit part à l'affliction qu'il a plu à Dieu de nous en\oyer^ et même que vous ne la regardassiez comme la TÔtré propre^ par un effet de votre trop grande charité pour ce qui nous regarde. On ne peut pas qu'on ne soit louché de cette perte^ parce que Dieu veut bien que nous ayons de la tendresse pour ceux qu'il a liés avec nous. Mais au reste nous ne trouvons point étrange que Dieu fasse rentrer dans le néant ce qui est sorti du même néant, comme il appartient à sa justice; quoique nous ayons plus de sujet de croire en cette rencontre qu'il a voulu par sa bonté réunir une goutte d'eau à sa source^ afin qu'elle y subsiste éter* nellement. Ce n'est donc pas un sujet d'entrer dans un abtme d'effroi^ mais plutôt dans un abtme d'admiration de la gran* deur souveraine de Dieu devant laquelle tous les hommes sont égaux, la différence qu'il y met en cette vie n'empêche pas qu'il ne les réduise à une même fin, hormis l'usage qu'ils ont fait de ses grâces qui est la seule chose qu'on doit considérer, comme elle est aussi Tunique consolation que nous avons dans notre perte.
CGGXVI.— A la sœur Angélique de Saint-Jean Amauld d'Andilly,
à Port-Royal-des-Oiamps.
Sur la doaleur de la perle de ses proches, et la réaignaiion qu'il faut avoir
à l'ordre de Dieu.
Gloire à Jésus au Très-Saint^crement I
(No^mbre 4658.)
Ma très-chère sœur. J'ai vu la lettre que vous avez écrite à ma sœur Charlotte, qui est si remplie de bons sentimens, que Je n'en demanderai point à Dieu d'autres pour vous. Vous avez raison de dire que c'est tout de les obtenir de Dieu, y ayant beaucoup de personnes qui ont ces vérités dans l'esprit, et qui n'en pratiquent jamais rien. Et je crois le contraire de
458 LBTTABS Dl LA IfilUI AGNÈS.
Tous^ et que c'est Dieu> plutôt que la seule lumière^ qui vous donne ces pensées, et qu'il vbus en donnera s'il lui platt reffet lorsqu'il le demandera de tous. Ce n'est pas que j'exige m que je détâre que vous soyes insensible lorsque Dieu tous affligera, mais seulement que vous demeuriez en silence devant Dieu, selon ce verset : Obmutui et non aperui o$ meum quoniam tu fecisti, au lieu de chercher des raisons humaines pour entretenir la nature dans sa douleur.
Il me semble, ma chère sœur, qu'il y a un grand rapport de l'affliction à l'imperfection, et que ceux qui souflTrent ce, qu'on leur ditde leurs défauts sans se troubler, sans raisonneri et sans vouloir se défendre dans leur faute, font une grande partie de ce qu'ils doivent pour en sortir; et je crois (que) comme Dieu se contente des premiers qui n'ont point de sentimens volontaires contre la volonté de Dieu qui les affligei de même ceux-ci qui n'adhèrent point volontairement à leurs imperfections^ quoiqu'ils se les imputent entièrement, Dieu ne leur impute point pour retirer d'eux ses grâces, mais seulement pour s'en servir à leur plus grand bien.
Je vous dirai, ma chère sœur, qu'il y a de certaines personnes qui veulent bien la plupart des choses que Dieu demande d'elles, et qui en exceptent néanmoins d'autres qui sont de pareille obligation, qu'elles veulent croire être trop difficiles, et contre lesquelles elles allèguent une infinité de raisons pour s'en dispenser, ce qui me fait craindre qu'elles ne rendent le bien qui est en elles tout humain; car si c'est Dieu qui le leur a fait faire, pourquoi ne croient-elles pas et n'espèrent-elles jiasquesa divine bonté leur fera faire le reste? Que si elles ne peuvent dire : Seigneur, tout mon désir eff devant vous, qu'au moins elles disent : Mon gémissement ne vous est point caché.
Or, afin que vous ne vous y trompiez pas, ma très-chère sœur, je m*explique en vous disant que j'ai fait écrire tout ceci en parabole, en faveur de la secrétaire ' qui vous est asseï proche pour trouver bon que je vous dise de ses nouvelles plus particulières.
^ La 9œur Marie-Aogélique de 6ainte.Tliérè»e Arunid d'AadiUy.
GGGXYIl,— A Ui KtlB BÈllta M iAWT-PACI. 450
Je salue très-bumUemeDt la mère prieure et toutes nea chères sœurs en général, particulièrement ma sœur de Ba«gnols^ et (rassure) que je suis bien f&chée de ne lui a^oir pas rendu toute l'assistance que j'aurois fait sans ma maladie.
Adieu, ma très-chère, vous savea ce que je vous suis^ oa plutôt TOUS ne le sai^ez pas, puisque je désire qu'il n'y ait que Dieu qui le sache, ne voulant pas que ce soit mon œuvre qui me lie à vous.
Sœur Catheiins-Agn&s db Saint-Paul, R. ind.
Si ma sœur de Bagnols a quelque chose de monsieur son père \ madame d'Aumont la supplie trè^humblemçnt de se souvenir de lui en donner une petite part pour le garder par
relique.
GGGXTII.— A la mère Renée de Saiat-Paol, à Sauniir.
Elle 11 eoDsole dans sa maladie; elle lui apprend la mort de M. le Maître, pour qui elle lui demande ses prières : elle Tassure de celles que toute la communauté fait pour elle.
Gloire à Jésus au Très-SaInt-Sacrement!
20 novembre 4658.
Ma très-chère sœur. Je vous suis bien obligée de croire que rinterruption de nos lettres n'a été que par Timpuissance à laquelle il a plu à Dieu de me réduire, et non par aucune diminution de la charité que je dois avoir pour vous, et que Dieu me fera la grâce de conserver inviolablement en toutes les manières qu'il me sera possible. C'est ce qui me fait avoir une grande compassion de l'état où vous êtes, qui vous met dans une si grande langueur et même dans le péril. J'espère, ma chère sœur, que Dieu vous fera la grâce de trouver la perfection de votre âme dans l'infirmité et la défaillance de votre corps, puisque notre salut étant Fœuvre de Dieu et non pas la nôtre, il Topère mieux lorsque nous avons moins le pouvoir d'y travailler, pourvu que nous voulions bien le laisser faire et qu'il se serve des moyens qu'il lui plaît de choisir, quoique
* M. Guillaume Dugué de Bagnols, maître des requêtes^ ami de Port- Royaly mort le 15 mai 1657, à Tâge de 41 ans.
nous ayons beaucoup de peine à les porter. Que s'il loi plait d'abréger yotre vie^ ce vous sera un gain , comme dit saint Paul, n'y ayant rien à désirer pour les âmes qui sont à Diea^ que de n'être pas longtemps séparées de lui, et dans les périls de TolTenser et de le perdre éternellement.
Nous avons besoin de pratiquer cette vérité dans la disposition qu'il a plu à Dieu de faire de mon neveu le Mattre, qui mourut le quatrième de ce mois. Nous nous promettions quil vivroit encore plusieurs années^ et que sa vie pourroit servir a la gloire de Dieu ; mais s'il lui a plu d'en disposer autrement, nous espérons que c'a été pour consommer sa miséricorde en lui. C'est ce que je vous supplie très-humblement de lui demander, et d'obtenir pour cela les prières de la révérende mère et de toute sa communauté.
Nous n'avons pas manqué de recommander à nos sœurs k besoin où vous êtes que Notre-Seigneur vous assiste très-particulièrement. Nous disons pour cela ces paroles de l'Evangile : Seigneur, celle que tous aimez est malade. Car il est clair qu*il vous a aimée et qu'il vous aime par les grâces qu'il vous a faites. Hais parce que Ton apporte toujours du déchet à ces mêmes grâces, c'est une miséricorde qu'il nous fait de nous donner moyen d'expier nos fautes par les souffrances qa'il nous envoie. Je crois, ma chère sœur, que les vôtres vous privent bien souvent de dire l'office divin, et ne vous permettent que de faire des prières fort courtes. Je vous en envoie une qui comprend tout, parce qu'elle est humble et toute pleine de confiance. Pourvu que Ton joigne ces deux choses, une profonde humilité en nous regardant nous-mêmes, et une parfaite confiance en regardant la bonté infinie de Dieu, c'est assex pour lui être agréable. Je le supplie, ma très-chère sœur, qu'il vous rende telle qu1l vous désire.
Je suis, ma très-chère sœur, Votre très-humble et très -affectionnée sœur et servante en Notre-Seigneur,
Sœur Agnès de Saint-Paul^R. ind.
Notre mère * vous salue très-humblement, et vous réitère
^ La mère Marie des Anges.
CGCXVIll. — A MADAIIE DB FOIX. 461
la promesse qu'elle tous a faite que la comiimnauté vous déçoit les sept pseaumes.
CCCXVIII.'A Madame de Fois, coadijatrice de Saintes. Sur la mort de Madame la marquise d*Aumont, le 4 9 décembre 4 6S8.
24 décembre 4658.
Je crois que tous n'attendez que de mauvaises nouvelles de notre parl^ ma très-cbère mère^ en suite de Textrémité où je vous mandai^ mercredi 48 de ce mois, qu'étoit notre cbère madame d'Aumont. Je vous dirai donc qu'elle mourut dès le lendemain^ a deux heures du matin, avec une parfaite connoissance» et en même temps une résignation à Dieu tout à fait admirable^ quoiqu'elle eût toujours extrêmement appréhendé la mort; mais Dieu Ta récompensée tout en un coup des bonnes œuvres que sa grâce lui avoit fait faire^ en lui donnant la plus heureuse mort qu'on eût pu désirer. Je ne doute points ma très-cbère mère^ que vous n'en soyez touchée, cette personne étant si aimable et toute de cœur pour les personnes qu'elle aimoit et qu'elle bonoroit comme vous; c'est ce qui me foit espérer que vous l'assisterez de vos prières et de celles de toute votre communauté. Je fais cette supplication très-humble à Madame, qui a tant de bonté que de prendre part à nos intérêts. Dieu a fait trois grands vides en cette maison depuis six semaines *; nous avons besoin qu'il les remplisse par lui-méme> afin que nous ne défaillions pas.
CGGXIX.~A nne religiense de Port-Royal.
L*obéÎ8sance doit être accompagnée d*une grande sîmpiicilé.
20 janvier 4S59.
Ma très chère sœur^ J'ai reçu avec consolation celle que vous
> M. Antoine le Maitre, mort le 4 novembre, et la mère Marie des Anges Suireau, abbesse de Port-Royal, morte le 1 0 décembre.
Le 43 du même mois, la mère Agnès fut élue en sa place. Elle vint à PortrRoyai-des-Gbamps au mois d*avril 4660, quatorse mois après soa élection.
482 LtTTBSS M LA HÉM AMAS.
aTei pris la peine de nous écrire. Je remercie Dien de ce qoH TOUS fait connoitre que Tobéissance doit être avec une grûde simplicité, sans discerner si Ton est capable des choses ou non, puisque, comme vous dites, nous ne pouvons rien du tout, ni pour peu, ni pour beaucoup , et qu'on n'appréhenderoit jamais rien si on étoit dans une entière indifférence du succès qui en doit arriver, pourvu que ce ne soit pas par notre faute, je veux dire en agissant par nous-mêmes contre Tordre de Dieu qui nous emploie et qui se sert de nous comme d'un instmment qui se laisse conduire, après quoi il nous laisse là slllui platt, sdns se vouloir plus servir de nous, dont il n'a aucun besoin pour faire ses œuvres. C'est ce qui doit aller au-devant de la complaisance qu*on pourroit prendre dans les emplois, considérant ce que dit saint Benoit dans la règle, en la personne du prophète : Après que fax étiileviffaiété humiKiH confus, n'y ayant point de confusion plus redoutable que de s'attribuer ce qui n'est dû qu'à Dieu.
Nous tâcherons de faire que vous ayez un petit livre de Yucupation intérieure. Cependant , ma chère sœur, écoutez bien Dieu, et il parlera dans votre cœur plus efficacement que ne peuvent faire les plus beaux écrits du monde. Mais comme il nous parle sans parole, c'est aussi dans le silence et dans la paix intérieure que nous concevons mieux ce qu'il nous dit.
Je vous supplie de me recommander aux prières des sœurs que vous voyez, et de continuer à me faire part des vôtres, puisqu'il m'a donnée à vous et à toutes celles que je dois servir en lui. C'est, ma très-chère sœur, votre très-humble servante.
GGGXX.— A Madame de Foix, coadjnUica de Saintes.
Au sujet d'un difTérend enire les parents de M">* de Foix, celleH:i ne peut leur souhaiter un plus grand bien que celui de la paix el do renoncement aux grandeurs du monde.
20 février 1659.
Vous aurez appris mon mal, ma très-chère mère, lorsque le commence à en sortir; et ainsi ce sera bien dommage que vous en ayez de la peine sans sujet, sinon qu'étant une peîse
GGCXXI.— A MADAMI M POU. 463
de charité, vous aures le mérite de tous les mouTemens que cette vertu produit dans tous ceux qui la possèdent.
Nous ayons recommandé à Dieu, selon votre désir, le différend de messieurs vos proches; vous ne sauriez leur désirer un plus grand bien que celui de la paix ; mais pour celui de la grandeur, permettez-moi de vous dire, ma très-chère mère, que ce n'est pas chercher premièrement le royaume de Dîea pour eux, que d'avoir inclination qu'ils soient élevés sur la terre. Que si vous préférez, comme je n'en doute point, votre condHion à celle d'une reine, parce qu'elle vous rend l'épouse de Jésus-Christ pauvre et rabaissé parmi les hommes ; il me semble que ce que nous pouvons désirer pour ceux que nous aimons davantage seroit qu'ils renonçassent à la gloire du monde; que s'ils n'ont pas assez de vertu pour vivre en parfaits ehrétiens, au moins qu'ils n'eussent point d'ambition de devenir plus grands qu'ils ne sont, puisque c'est exposer leur salut qu'on ne peut faire que dans la voie étroite, qui ne souflVe point pour y marcher sûrement que l'on se charge des biens et des honneurs du monde. De sorte, machère mère, que d'en désirer pour eux, c'est quasi les vouloir exclure de la disposition la plus nécessaire pour aller à Dieu. Je n'ai garde de croine que vous ayez un dessein formé pour une chose dont vous vous plaignez vous-même, et qui n*est qu'un reste du péché originel de ceux qui sont d'une grande naissance, qui ne peuvent presque arracher de leur cœur le désir de voir leur maison florissante, sinon quand Dieu les délivre entièrement de cette vanité, pour leur faire aimer les grandeurs qui sont seules véritables et éternelles, et où on n'arrive que par Thumilité.
GCCXXI.— A Madame de Foiz, coa4i<itrice de Salatat.
Les afRictioos sont des moyens de nous rapprocher deDîeo.
Ce24>«t7ie/(4659).
J'estime que Dieu vous a fait beaucoup de grâces, ma trèschère mère, de porter comme vous avez fait l'affliction si seisible qui vous est arrivée, pourvu (|ue l'esprit regarde tou-
ÂM LETTRES DE LA MÈRE ÂGNiS.
jours Diea pour adorer ses divines ordonnances, tout le reste se doit plutôt appeler une souffrance que non pas une contradiction à ce qui lui a plu qui soit arrivé. Vous désirex beaucoup d'être plus à Dieu que vous n'êtes, et ce sont des chemins raccourcis que Dieu vous ouvre pour tous rapprocher davantage de lui par une seule occasion^ que tous ne feriei par cinquante mille autres^ n'y ayant rien qui égale ces sortes de douleurs qui déchirent le cœur, parce qu'elles sont fondées dans ce qu'il y a de plus tendre dans la nature ; c'est pourquoi le sacrifice qu'on en fait à Dieu est une preuve de la vérité et de la sincérité de Famour qu'une âme lui porte. Vous aves acquis un droit particulier^ ma chère mère^ de regarder notre Seigneur Jésus-Christ comme votre frère, qui est le nom qu^il se donne à lui-même, n'en ayant plus d'autre que lui. S'il vous fait la grâce de bien concevoir cet avantage^ vous y trouverez une consolation solide que je prie Dieu de tout mon cœur de vous donner en ce sujet, et en tous les autres où votre âme se peut trouver dans un trop grand abattement.
C'est le sujet d'une très-juste tristesse que le pervertissement de mademoiselle votre cousine; il n'y a rien qui mérite tant de regrets et de gémissemens devant Dieu que la perte avancée d'une âme, puisqu'elle est indubitable à moins que Dieu la rappelle à l'Église. Nous lui offrirons nos prières pour cela dans tout le pouvoir qu'il lui plaira de nous en donner. Plus on a d'ardeur pour cela, et plus on témoigne à Dieu qu'on préfère ses intérêts à tous les autres qui ne regardent que le monde. 11 semble que Dieu nous veuille réveiller, et nous retirer de l'application à tant de petites choses^ en nous mettant devant les yeux des sujets si importants et qui méritent toute notre attention. Je suis fort obligée à madame votre sœur d'avoir eu agréable que j'aie pris part à son affliction ; je m'intéresse encore davantage dans ie profit que je présuppose qu'elle en aura tiré, car c'est sans doute un grand coup que Dieu a frappé aux oreilles de son cœur, dont il se veut rendre absolument le maître; je serai toigours sa très-obéissante servante, et quelque chose de plus à ma très-chère mère, à qui Dieu m'a donnée d'une façon si particulière.
CCCXIIl.^A LA SCEUR FRANÇOISE DE SAINTE-THÉIÈSK. 46S
ÇQGXXII.«-(A la sœur Françoiie de Sainto-Thérèse Maignard
de Bernières*.)
A une tœur qui était malade de la petite-Térole, et à cause de cela séparée
de la commuDauté, (TUre du ms.)
3 octobre 4 659.
Ma trë&-cbère sœur, Je ne tous ai encoi*e rendu des visites qu'en esprit^ croyant que l'excès de voire mal ne vous permeltoit pas de recevoir de la consolation d'un billet; mais à présent que vous vous portez mieux^ je vous ai voulu assurer par celui-ci que vous êtes plus dans notre pensée et dans celle de toutes nos sœurs que vous n'y étiez lorsque nous vous voyons de nos yeux, parce que nous devons suivre Dieu qui vous regarde si particulièrement en vous faisant part de sa croix^ et par les douleurs de votre corps, et par la séparation où il vous met de toutes les choses que vous pourriez légitimement désirer. Ce sera par cette voie que vous serez plus disposée à célébrer la fête de votre saint patron % que Dieu a honoré particulièrement par l'impression de ses sacrés stigmates. Priez-le, ma chère sœur, qu'il offre les vôtres à Dieu^ afin que quand elles cesseront dans votre corps, elles passent dans votre esprit, pour y porter toute votre vie Timage de Notre-Seigneur Jésus* Christ crucifié. C'est ce qui fait que vous ne passerez pas cette fête sans communier, puisque l'essence de ce mystère consiste à nous souvenir de la mort du Fils de Dieu, et à nous y rendre conformes. Je le supplie de tout mon cœur qu'il vous en fasse la grâce et qu'il vous inspire de vous souvenir de moi en sa présence.
Sœur CATHBRniE-ÂGNfts DE Saint-Paul, R. ind.
Je salue vos infirmières, auxquelles Notre-Seigneur dira : C'est vous qui avez persévéré avec moi en mes afflictions, puisqu'il honore tant les affligés que de vouloir qu'on les regarde comme lui-même.
' Elle fit profession le 49 mars 4658. Elle est morte seos-prieiire le 14 avril 4706.
* Saint François d* Assise, le i octobre.
l66 LETTRES DE LÀ MÈRE AGNES.
QGGUnt. - (A la sdhir Fi^ançoise de Sàiaiè-Thirèse HfligutÂ
de Bernidres.)
Dans Ift même maladie.
[Vers le 45 octobre 4659.)
Je ne puis laisser passer la fête de votre sainte patronne sans vous aller visiter^ et sans vous faire un présent de sa parti qui sont les saintes paroles dont elle faisoit sa devise : Ou souffrir, ou mourir. Dieu vous a donné Tun et Tautre en ajoutant à vos maux la mort de vos meilleurs désirs^ qui est la privation de ce qui donne la vie à nos âmes. Hais ne croyes pas^ ma chère sœur, que Dieu n^ail que cette singulière et divine voie pour se communiquer à votre âme, puisque TÉvan* gile nous assure que tout ce qui est dans le Verbe est vie et source dévie. L'Évangile des Dix vierges nous apprend qu'il faut aller au devant de TËpoux et de TÉpouse. L'Époux est le Fils de Dieu^ et l'Épouse est Thumanité sainte^ qui ne fait qu'une même chose; et nous ne saurions être dans une meilleure disposition pour l'attendre, qu'en nous unissant et conformant à lui par la souffrance, qui est la seule marque de Tamour que nous lui portons, et qu'il récompense du même amour. Il s'offrit hier une occasion de faire un nouveau présent à Notre- Seigneur par la séparation de votre bonne infirmière. Je ne doute pas que yous n'aimiez bien celle que nous vous avons envoyée^ puisqu'elle aime Dieu aussi bien que l'autre et qu'elle vous consolera et vous fortifiera pour passer le reste de votre exil^ que vous pouvez regarder^ si vous voulez , comme celui que les saints martyrs souffroient pour la foi^ puisque Dieu ne regarde pas les choses extérieures, mais la disposition du cœur avec laquelle on les accepte.