‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 212 sur 246 · CCCXXVI.— A Madame de Foix, coadjairice de Saintes · texte numérisé non relu

CCCXXVI.— A Madame de Foix, coadjairice de Saintes

Sur la visite de M. le lieutenanl civil dans la maison de M. de Bernières,

au Chesnai ; et sur divers sujets.

C'est bien à tort, ma très-chère mère, que vous m^accusez d'indifiërence pour votre regard, faute de savoir que je fais profession d'ignorer ce qui se passe hors le monastère s*il n*a quelque relation au dedans; et néanmoins, par merveille, ce que vous me mandez qui est arrivé dans notre clôture m'est aussi inconnu, n'ayant point eu l'honneur d'être visitée de personne pour chercher des imprimés. Il est bien vrai que M. le lieutenant civil, H. le procureur du roi, avec des commissaires et exempts, ont été au Chesnai, qui est une maison de H. de Rernières, où il faisoit élever ses en fans avec quelques

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autres. Ils ordonnèrent qu'ils sortiroient tous^ selon l'ordon*^ nance qui a été faite de supprimer tous les nouveaux collégei#« Ils allèrent aussi à Port- Royal des Champs^ pour s'assurer s'ft n'y ayoit plus d^enfaos. N'en ayant point trouvé, leur \isite s# passa en civilités envers mon frère d'Andilly e|^ la mère prieure', qu'ils demandèrent au parloir pour lui faire compliment. Cet exploit a été un surcroît d'affaires à M. Singlin pour placer tous ces pauvres enfans^ car toutes les difflcoRés viennent fondre sur lui^ c'est pourquoi il trouve toujours moins de temps pour vous satisfaire comme je l'en prie souvent.

J'espère, ma très-chère mère, qu'en l'honneur de la victoire que le Fils de Dieu remporte sur les démons en ce saint temps, il assujettira à sa grâce Tesprit de votre malade pour ne pas désirer ce qu'il n'est pas expédient de lui permettre pour son bien propre et pour l'exemple des autres. 11 est vrai que c'est un fâcheux métier d'avoir toujours à contredire; mais quand Dieu appelle à cette guerre, il la fautautant aimer que la paix, parce que tôt ou lard Ton en recueille des fruits de bénédiction; au lieu que la condescendance trop molle ne produit que des désordres et des mécontentemens, parce que la nature qui n'est jamais rassasiée se portant toujours à de nouvelles licences, on est enfin obligé de les réprimer^ ce qui donne plus de peine que si l'on avoit toujours été dans une exacte discipline.

Vous faites contre l'Evangile, ma très-chère mère, d'entrer dans de si grandes peines pour la prévoyance que vous avez f de Tavenir. Notre-Seigneur, en nous défendant de penser au lendemain, nous avertit en même temps qu'il ne nous donne sa grâce que de jour en jour comme notfe'jpain quotidien ; c'est pourquoi on n'a garde que l'on ne se trwive trop foible quand ce secours n'est pas encore arrivé. Encore si c'étoit que vous manquassiez d'exercice pour le présent, on pourroit attribuer

^ Oo peut Toîr quelques détails sur les écoles de Porl-Royal et leur destructioD, dans V Histoire de Port-Royal, par D. Clémeocet, t. IV, p. 24, et dans celle de M. Besoigoe, t. IV, p. 396.

* La mère Marie de Sainle-MadeJeiDe du Furgis. Elle était venue à Port- Royal-des-Champs le 6 mai 4659, et le 3 janTier4660 elle en fut établie prieure.

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pes prophéties au désir de souffrir; mais comme Nôtre-Seigneur a dit qu'à chaque jour suffit sa misère, }\ ne faut pas^ s'il ^ous plaît, raugmenter eq s'imagj]i4nt qu'il viendra dçsjom^ guf seront encore pires que ceux-ci.

J'aime beaucoup le bas sentiment que \ous avez de vousnoéme^ m^is il faut, s'U vous plaît, y joindre une espérance inébranlable que Dieu achèycra son œuvre en vous, puisque vous n'op pouvez douter sans offenser sa bonté infinie qui le porte à vous regarder si particulièrement; et il n'y aura que ce ferme appui que vous aurez en elle qui vous fera tout yaincre et tout entreprendre ce qu'il demandera de vous.

CGCXXVn.— A Monsieiur de Sévignét.

Au sujet des excuses qu'il lui ayait faîtes d*élre Tenu àPort-Royal-des-Chani»

sans la voir, elle étant abbesse *.

[Vers avrU 4660.)

Monsieur, J'étois demeurée 4ans Tédification et le ressenti^ ipent 4e la gr^ que vous m'aviez faite de me laisser dans la place où je dois êlre, qui est le tombeau d^une personne qui 4oit être morte à tout. Hais il semble que vous me vouliez faire changer d'opinion par celle que vous m'avez fait Tbouneur de m'écrira, en vous mettant du nombre des personnes qui se repentent d'avoir bien fait, et qui, au lieu de demeurer daps le repos de leur conscience, font des réflexions superflues pour trouver à redire à ce qui est bon. C'est pourquoi^ Monsieur, je me tiens à la bonne action que vous avez faite^ et je TOUS regarde en cette rencontre comme étant aussi innocent

< If. Réné-Bernard Rainauld, marquis de Sévigné. Au eommenceineiit de raunée 4660, à Page de 50 ans, voulant renoncer au monde , il choisit pour se retirer Port-Royal de Paris, où il se 6t hâlir un corps de logis dans la cour du dehors. Il y vivait dans le repos; mais ce calme fut bientôt troublé par les bouleversements qui arrivèrent dans ce monastère depuis 4661 jusqu*à la paix de TÊglise^ en 4669. H Quitta alors sa maison de Paris pour se joindre aux solitaires, à Port-Royal- des-Champs. Il y est mort le 46 mars 4676, dans sa 66« année.

* I^ mAre Agnès fit le voyage de Port-Royal-des^Champs au mois d'anil

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