‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 219 sur 246 · CCCXLIX.— A Madame de Foix, coadjntrice de Saintes · texte numérisé non relu

CCCXLIX.— A Madame de Foix, coadjntrice de Saintes

Elle lui donne des nouvelles de Tétai de PoruRoyal, et delà mère Angélique,

qui était malade.

29 mat 1661.

J'ai à vous demander très-humblement pardon, ma trèschère mère, de ne m'êlre point donné l'honneur de vous écrire parle dernier ordinaire; hors celui-là nous n'avons point manqué de vous donner de nos nouvelles, et je veux croire que vous les recevrez tout à la fois. Depuis la venue des grands- vicaires, il n'est rien arrivé de nouveau, sinon un peu de trêve pour nos confesseurs, qu'on nous laisse jusqu'après le Jubilé dont on fait aujourd'hui • l'ouverture, pour durer jusqu'à la Sainte-Trinité.

Pour ce qui est du supérieur ', il nous a quittées le jour de révangile du bon Pasteur *, pour témoigner qu'il l'étoit véritablement, ayant voulu cédera la violence afin d'épargner ses

1 Klle était revenue là Paris le samedi 23 avril. * 29 mai, dimanche dans Toctave de TAscension. ' M. Singiin.

^ Deuxième dinianrlie après PAques, 4»r mai.

GGCL.-^A MADAMB BB rOIX. iM

brebis, sachant que c'étoit à lui principalement à qui on en vouloit.

Vous aurea appris la sortie des novices^ à qui nous nous sommes bien gardées d'ôter l'habit, ne le pouvant en con«science. Elles le conservent chez leurs parens comme leur trésor, et Dieu leur fait la grâce de se comporter si religieusement qu'on en est fort édifié. Tout le monde, dans Paris, crie contre la violence qu'on leur a faite ; il est rrai que Ton sera surpris quelque jour d'apprendre une telle histoire.

Vous avez bien raison, ma très-chère mère, d'appréhender qu'il ne se trouve quelque mauvais esprit dans une si grande communauté; mais j'espère néanmoins de la bonté de Dieu que toutes nos sœurs se maintiendront dans la paix et dans l'union, tout ce qui est arrivé jusqu'à présent ne les ayant point ébranlées pour diminuer les sentimens qu'elles ont de la charité et de la droiture de ceux qui les ont conduites depuis si longtemps.

La mère Angélique a toujours été fort mal depuis nos dernières, sinon depuis hier qu'elle est beaucoup mieux, Dieu merci; ce qui n'empêche pas que nous ne tremblions encore que le principal accident de son mal ne se renouvelle, qui est une grande oppression, pour laquelle elle a demandé plusieurs fois les sacremens.

Elle vous salue très-humblement> et vous assure du ressentiment qu'elle a des bontés que vous avez pour elle et pour toute la maison.

Page 1