‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 220 sur 246 · CCCL.— A Madamo dé Fois, coadjntrice de Saintes · texte numérisé non relu

CCCL.— A Madamo dé Fois, coadjntrice de Saintes

Aq sujet de la mère Angélique el des affaires de Port-Royal.

42 juin 4661.

Les nouvelles de la mère Angélique sont mêlées de joie et de tristesse. Nous avons de la joie de ce que les médecins nous assurent qu'elle en pourra revenir; mais c'est une compassion de voir ce qu'elle souffre encore plus dans l'esprit que dans le corps, pour la peine qu'elle a de nous voir destituées de tout secours, n'ayant plus aucun de nos confesseurs, et ne sachant

en quelle main nous tomberons. Ce n'est pas nous qui avons choisi M. Bail; MH. les grands-vicaires nous l'ont donnée croyant que, de sept que la cour avoit nommés, celui-ci seroit le moins emporté. 11 ne demeure point céans; on y ya mettre un confesseur tel qu^il plaira à Dieu. Nous nous contenterons d'un seul ^ que la brièveté des confessions lui donnera moyen de satisfaire à tout. Pour ce qui est de notre sacristain^ il n'y a point lieu de penser à y toucher, sa seule occupation étant de répondre aux messes et de parer l'autel.

Je ne me moque pas, ma chère mère, de la pensée que tous avez eue qu'il faudroit faire parler au roi, et que ce fût par une personne telle que vous la dépeignez. Mais ce moyen nous manque aussi bien que tous les autres, et par une heureuse nécessité, nous nous trouvons obligées de n'espérer qu'en Dieu seul.

Les enfans qui étoient aux Ursulines sont sorties *, hormis mademoiselle de Muskri que l'on n'a pas voulu rendre, parce que Ton n'a pas ordre de monsieur son père et de madame sa mère, qui seront dans la dernière affliction de la violence que l'on a faite à mademoiselle leur fille, que nous avons élevée depuis l'âge de sept ans, et à qui ils ne désirent rien tant au monde sinon qu'elle fût religieuse céans. Il n'y a rien que les religieuses Ursulines n'aient dit à ces pauvres enfans pour leur faire dire et croire que nous étions hérétiques.

CCCLL— A Monsieur Girard, licencié de Sorbonné.

Elle accepte avec reconnaissance Toffre qu'il avait faite de venir ù Port-Ropl pour la fête du Saint-Sacrement.

Ce 4 5 juin 4 664 .

Monsieur, Puisque Dieu vous donne la pensée de vouloir

K* M. Le Juge, à qui la mère Agnès écrivit pour le supplier de Tenir confesser la veille du Saint-Sacrement.— M. Bail Je nomma confesseur avec M. Parât, pour la maison de Paris, et M. Paulon pour celle des Champs.

* Le 5 mai, le lieutenant civil avait été à Port-Royal-des-Champs, pour faire sortir les pensionnaires qui s'y trouvaient encore, et les conduire aux Ursulines du faubourg Saint-Jacques. Les parents les en retirèrent après bien des sollicitations et des peines. M>1« de Muskri y demeura près de quatre mois.

CCaiI.— A MONSIEUR DE CONTES. 501

remplir les vides de notre Ëglise en vous offrant d'accompagner Notre-Seigneur à l'entrée qu'il daigne faire dans notre monastère, j'accepte avec action de grâces la volonté que vous avez de le venir chercher au lieu où il est le plus abandonné^ pour nous instruire par votre exemple à fortifier notre foi^ pour croire qu'il nous sera plus présent dans un état où ii sembleroit qu'il nous retire ses grâces, si Ton ne nous avoit appris cette maxime^ qu'il nous aide davantage lorsqu'il nous délaisse en apparence. Je vous supplie très-humblement y Monsieur, de joindre vos prières à votre présence^ afin que nous recevions rentrée du Fils de Dieu avec un esprit conforme à sa conduite sur nous, qui sera pour participer aux humiliations dans lesquelles il a vécu sur la terre, et qu'il renouvelle tous les jours en la sainte Eucharistie, quoique l'Église en celte fête le considère dans le triomphe de l'excès de sa charité envers nous. Je suis en lui, etc.

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