‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 221 sur 246 · CCCLII.— A M. de Contes, doyen de Notre-Dame, grand-vicaire · texte numérisé non relu

CCCLII.— A M. de Contes, doyen de Notre-Dame, grand-vicaire

de Paris.

Pour le prier de faire lui-même la visite ^ Port-Royal de Paris, accompagne

de M. Bail; ce qu'il accorda.

1 juUlet 4664.

Monsieur, Après avoir remercié Dieu du bon succès de votre voyage, je vous supplie très-humblement d'exercer votre charité envers cette maison qui a tant besoin de votre assistance. M. Bail nous a dit aujourd'hui que vous trouviez bon qu'il commençât la visite, et comme nous jugeons par là que c'est la multitude de vos affaires qui vous empêche d'y travailler, nous vous conjurons au moins, Monsieur, de nous faire la grâce de la commencer aussi bien que de la conclure, et de prendre s'il vous plaît jour pour cela , parce que nous n'avons pas moins sujet de désirer Fun que l'autre , et que nous voyons assez que nous ne pouvons espérer que par la On do cette visite de sortir de la peine où nous sommes depuis deux mois. Nous savons trop quelle est votre bonté pour pouvoir douter que vous n'ayez compassion de l'état où nous sommes.

bOi LBTTRBS DB LA KÉIUI AGRÈS.

oonooissant^ comme yous faites^ jusqu'à quel point Ta notre respect pouryous^ et avec combien de yérité nous sommes^ etc.

GGGLIII.— A Monseigneur Henri Amanld, éTèqne d'Angers.

EiposîtioD de la sainte Épine de Notre-Seigneur pour recommander à Diea la maison de Port-Royal. — Visite prochaine précédée de discourt menaçants.— Demande des prières de ce prélat.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Mon très-cher père. Depuis que tous ayez offert yotre sacriflce à Dieu^ où yous ayez enfermé ce que yous aimes le plus saintement, qui est yotre Église particulière, en fayeur de l'Église universelle, nous ne cessons point de recommander à Dieu son œuyre, afin qu'il en soit le défenseur, comme II en a été le principe ^

C'est pour cette intention que nous allons exposer la sainte Epine, par laquelle il a plu à Dieu de nous donner tant de fois accès à sa miséricorde, en nous délivrant des maux qui nous étoient préparés, et en nous instruisant tout ensemble que, pour honorer ses divines souffrances, il falloit s'attendre d'y avoir part, comme il arrive maintenant par sa providence, à laquelle nous désirons d'être parfaitement assujetties. Nous ferons aussi demain dire une messe du Saint-Esprit, afin qu'il lui plaise de préparer Tesprit et le cœur de la personne qui a tant besoin d'être éclairée sur des vérités qu'elle persécute, parce qu'on ne les lui découvre pas. Nous sommes sur le point de recevoir une visite *, à laquelle il y a apparence qu'on ne cherche pas noire justiflcation , puisqu'on nous signifie que nous ne sommes pas à la fin de nos maux. Notre consolation est qu'ils finiront avec notre vie, et que nous serons heureuses de satisfaire à Dieu par cette voie, n'y eu ayant point de meilleure que celle de l'humiliation et de la souffrance.

M. Bail d été à Port-Royal-des-Champs*, où il a yu toutes les

* Le 6 juillet 4661 Tévéque d* Angers avait écrit uae lettre an roi an sujet' du Formulaire.

' Elle commença le lendemain à Port-Ro? al de Paris. ' usa juin.

GGCLIU. — ^A M. l'ÉYÉQOB D'aM«IES. 503

sœurs en particulier , et témoigné beaucoup de satisfaction d'avoir trouVé leur foi pure et sans mélange, jusque-là qu'il en a fait reloge en chaire, ayant prêché le jour des saints Apôtres : ce qui n'a pas empêché qu'il n'ait dit à deux qui lui témoignoient n'avoir que des actions de grâces à rendre à Dieu de les avoir mises dans la maison, qu'elles ne seroient pas toujours si contentes, et que la persécution viendroit au dedans après avoir été au dehors. Cela n'est-il pas admirable qu'on menace des personnes en même temps qu'on les justifie? Les confesseurs disent de leur côté que nous sommes des saintes, mais qu'ils jugent*bien que nous n'en aurons que plus de mal. Que s'il étoit vrai que nous fussions des saintes, nous serions disposées à être traitées comme ont été les saints.

Demandez à Dieu, mon très-cher père, qu'il nous donne ces deux qualités dont nous n'avons encore que le désir. Nous avons une confiance entière en vos prières, ne pouvant dou* ter qu'après avoir parlé à Dieu vous ne soyez écouté de lui, quand vous lui parlerez en faveur de celles qui vous demandent très-humblement votre assistance.

La mère Angélique est toujours mal. On craint beaucoup que son enflure ne tourne en hydropisie. Elle vous salue trèshumblement, et s'offre à Dieu sans cesse pour vous.

La secrétaire, votre indigne filleule*, mais qui s'estime fort glorieuse de porter cette qualité avec celle que sa naissance lui donne, vous supplie très-humblement de recevoir les assurances qu'elle vous honore plus que jamais dans la nouvelle dignité dans laquelle vous êtes entré de défenseur de l'Église.

La mère prieure et la mère sous-prieure, qui sont ma sœur de Ligny *, votre nièce', et ma sœur Le Conte \ vous supplient très-humblement d'agréer qu'elles vous témoignent le même sentiment, et qu'elles vous supplient de les recevoir pour vos filles et vos très-humbles servantes. Nous vous regardons toutes comme notre seul et unique évêque de la persécution.

> La sieur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly. t La mère lladeleioe de Sainte- Agnès de Ligny, prieure. ' La sœur Angélique de Saint-Jean, deuxième sous-prieure. ^ La mère llarie-Dorothée de llncarnation Le Goule, première sousprieort.

GCGLIV.— A Madame de Foix, coadjntrice de Saintes.

Elle la remercie de la compassion qu*elle lui témoignait des afOictions de Port-Royal. Elle lui parte de la visite de M. Bail à Porl-Royal-des- Champs, et de celle qif il allait commencer à Paris.

^0 Juillet 4661.

Je regrette, ma très-chère mère, d'avoir si peu de conformité avec Job dans ses privations, et je me réjouis que vous soyez si dissemblable à ses amis qui se lassèrent bientôt de le consoler pour devenir ses persécuteurs, au lieu que vous n'avez point de cesse à nous plaindre devant Dieu et devant les hommes. J'espère, ma très-chère mère, que Dieu vous mesusera de la même mesure que vous mesurez les autres, et qu'il sera votre consolateur dans toutes les peines que votre charité vous donne pour nous. Je crois que le temps est encore éloigné que vous recevrez du soulagement dans la tendresse de votre affection, puisqu^on nous menace de plus grands maux que ceux que nous avons déjà éprouvés, sans en dire d'autre raison, sinon que nos ennemis nous veulent pousser à bout. Ne vous en fâchez point contre eux, ma très-chère mère, puisqu'ils sont plus dignes de compassion que d'indignation.

M. Bail a été à Port-Royal-des-Champs où il a vu toutes les sœurs, et les a fort interrogées sur leur foi, chacune en |>articulicr, dont il est demeuré fort content, et les a louées en pleine chaire de la pureté de leur foi qu'il attribue à un piiracle, supposant toujours que les confesseurs étoient hérétiques; ce qui n'a pas empêché qu'il n'ait dit à deux sœurs qui lui témoignoient être fort obligées à Dieu de les avoir mises dans la maison où elles éloicnt parfaitement contentes, qu'elles oe la seroicnt pas toujours^ parce que la persécution n'avoitété jusqu'à présent qu'au dehors, mais qu'elle viendroit au dedans. Nous ne savons ce qu'il veut dire, sinon que quelque loup entrera dans le troupeau qui n'a été jusqu'à cette heure composé que d'agnenux. Nos nouveaux confesseurs rendent des témoignages fort avantageux de la maison^ jusqu'à dire que nous sommes des saintes; à quoi ils ajoutent que nous n'en serons

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