‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 222 sur 246 · GGGLV.— A MADAME DE FOIX · texte numérisé non relu

GGGLV.— A MADAME DE FOIX

que plus mal traitées^ parce que l'on en yeut encore plus à nos confesseurs qu'à notre foi, croyant quils sont causes qu'on nous préfère aux autres. L'on nous va faire yne yisite en forme' ; priez Dieu, ma très-chère mère, qu'il nous fasse éviter les pièges qu'on nous tend. Je suis tout à fait mortifiée de vous mander des nouvelles qui vous fâcheront ; mais puisque vous êtes si bonne que de vouloir pleurer avec celles qui pleurent, il ne faut pas vous priver de la joie que vous aurez de compatir aux affligées.

La mère Angélique est toujours de même; Ton craint beaucoup que lliydropisie se forme tout à fait, elle est déjà bien commencée. Elle nous console dans la ferme espérance que Diçu nous délivrera, ce qu'elle nous dit souvent. Cette chère mère vous salue très-humblement.

CGGLY.— A Madame de Foiz, coadjntrice de Saintes.

Elle lui fait part des marques de la prolection de Dieu qu'elles ont reçues, au milieu des mauvais traitements qu*elles éprouvent de la part des hommes.

Ce a juiUet ^6S^ .

Après avoir longtemps compati, ma très-chère mère, aux mauvais traitemens que nous avons reçus des hommes, il faut, s'il vous plaît, que vous preniez part aux faveurs que Dieu nous fait en rendant témoignage qu'il est avec nous, en ce que son doigt divin y opère des merveilles, comme vous verrez dans la relation que je vous envoie ; ce qui arriva le lendemain qu'on commença la visite que Ton nous fait, en laquelle on nous a déclaré, en plein chapitre, que nous étions soupçonnées d'hérésie*. Cette insulte fit répandre beaucoup de larmes à celles à qui elle s'adressoit; et je crois que c'est pour

1 Le mardi 44 juillet, M. le doyen, accompagné de M. Bail, vint faire ro.nverture de la visite 2i Port-Royal de Paris; le scrutin fut achevé le 26 juillet.— Le 22 août, ils allèrent à Port-Royal-des-Giamps coiuinuer la visite. Ils en firent la conclusion générale le '2 septembre suivant.

* La mère Agnès parle ici du discours de 11. Bail à Fouverture de la visite^ discours plein d*aigreur, de dureté, de prévention, de calomnies, d*injures et de menaces.

806 LUtîKES DB LA BÈRE AGNÈS.

)e9 essuyer > que la bonté de Dieu nous a youlu donner des marques de sa protection. Il faut pourtant tous dire, que nous fie sommes pas tout à fait livrées à celui qui nous a parlé si injùrleusetDent^ mais qu'il est modéré par M. le doyen, grandticaire, qui adoucit les choses par sa sagesse.

Nous ne tous enverrons pas la lettre dont vous parlez, qui nous a été écrite depuis notre persécution. Je suis dans Tétonnement que vous ayez ouï parler de cela, ne sachant pas moi-même que cela eût été plus loin que trois personnes à qui nous Tavions fait voir; et Je vous la refuse hardiment, étant assurée que vous êtes trop bonne pour vous fftcber contre moi sur ce sujet, puisqu'il y va de notre conscience de ne pas faire notre panégyrique nous-mêmes *en produisant les louanges que l'on nous donne, sans que nous les ayons méritées.

La mère Angélique est toujours enflée, mais sans flèvre ni oppression. Elle a vu les visiteurs, à qui elle a parlé avec la vigueur et la force d'une personne qui se porte bien ^

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