XVII.— A LA MÉRB SUPÉRIEURE DES URSULINES DE GHATILLON. Stl
Mes sœurs Angélique^ et Marie* vous remercient Irès-humblement de votre souvenir^ et se donnent à vous de tout leur cœur. Je vous supplie que mes chères sœurs Marie de la Trinité % Louise de Sainte-PraxèdeS Madeleine de Saint* Alexis*, et Catherine de Saint-Paul % trouvent ici mon très-humblesalut.
XVIL— A la Mère supérieure des Ursulines de Ghâtillon.
An sujet de quelques affaires. Elle lui parle de la sanlé de Tévéque de Langres , et la remercie de la charité qu'elle a pour elle.
49 mars 4634.
Ma très-chère mère^ Vous n'avez jguère de respect à la Providence divine d'avoir troublé son ordre^ n'attendant pas que nous eussions votre dépôt pour nous rembourser de la grosse somme que nous avions mise pour vous. Nous avons donc reçu les 30 livres par M. le curé, qui ne nous a point fait Thonneur de nous visiter, et je ne sais s'il est encore à la ville. Pour les 400 livres^ ceux qui vous les doivent ne se pressent pas trop; nous n'en avons entendu aucune nouvelle. Aussitôt que nous les aurons reçus je vous en donnerai avis, afln qu^il puisse incontinent vous aller trouver, car je crois que vous n'en serez point incommodée.
Il faut vous dire des nouvelles de notre saint père ''; les plus récentes sont de jeudi dernier. Il se porte bien, Dieu merci ; néanmoins avec quelque menace de fièvre quarte. S*il continue à se bien porter, il ne lui en faudra pas savoir gré, mais à Dieu seul, car ce n^est pas par son soin ni sa prévoyance, ayant
1 Sœur Angélique de Saiule-Àgnès de Marie de la Falaire.
* Sœtir Marie de Sainte-Claire Ârnauld.
s Sœur Marguerite-Agnès de la Trinité Mauroi. Elle est morte le 48 ociobre 4644.
^ Sœor Louise de Sainte-Praxède de Lamoignon. Elle est morte le 4 9 janTÎer 1638.
* ScBur Madeleine de Saint-Àlexis de la Grange. Elle est morle le 3 OGtotNre 4644.
* Sœur Catherine de Saint-Paul Goulas.
7 Zamet, évéque de Langres, qui alors aimait les religieuses de Port^ Royal. Il en devint Tennemi par jalousie contre Tabbé de Saint-Cyran. L*abbaye du Tard était dans son diocèse.
fait le carême dès la septuagésime^ sans considérer que celui de l'Eglise rincommode beaucoup. Je pense que Jésus-Christ ne souffrira jamais à ses saints d'avoir de la charité pour euxmêmes^ non plus qu'il n'en a point eu pour conserver une vie divine comme étoit la sienne; et avec cela il faut souffrir que H. de Langres s'applique à une vie cbétive comme la mienne, et quil me commande d*en avoir grand soin ; à quoi je réponds que la parole du Fils de Dieu est bien nécessaire à ce propos : Faites ce qu'ih vous disent, mais ne faites pas selon leurs œuvres.
Et vous, ma mère, par imitationqui vous mettez en alarme de peur que je ne meure, il paroit bien que la charité et la raison n'ont point de commerce ensemble, parce que Tune est aveugle et l'autre voit trop clair; mais il vaut mieux être borgne en la vie que d'avoir deux yeux et être privé de bonté et d'amour pour une misérable créature que la seule charité divine vous convie d'aimer. Sachez donc, sMl vous platt^ que je me porte bien à votre très-humble service, néanmoins privée de la plupart des exercices par pure obéissance, ne connoissant point le besoin que l'on dit que j'ai de m'en dispenser, mais je me suis résolue de m'exposer au justement de Dieu plutôt que de jamais contredire, et je verrai devant lui s'il fait si bon obéir comme l'on dit.
Au reste, ma chère mère, votre bonté n'oublie pas mon âme par les précieuses communications que vous nous donnez. Je vous en rends un million d'actions de grâces qui ne sont rien au prix de ce que je vous dois. Vous nous gratiQez si souvent de quelque chose, que je les oublie les unes pour les autres, non à les ressentir, mais à vous en remercier, qui n'est pas ce que vous prétendez, mais seulement d'honorer la libéralité divine, qui donne à tous et ne reçoit de pei*sonne; mais elle veut les i)ersonnes mêmes, et je me donne aussi à vous, ma chère et bonne mère, de toute l'étendue de ma puissance.
Sœur Agnès de Saint-Paul.
Ha sœur Jeanne de Saint-Joseph vous salue très-humblement et encore mieux que je ne puis dire. Permettez-nous , s'il vous platt, d'embrasser la mère assistante et ma sœur Marie Aimée de Jésus.