XVIII.— A Madame le Maitre
Elle Texhorte à envisager ses peines comme des effets de Tamour de Dieu
pour elle.
Ce \9 mars, jour de Saint-Joseph (\ 634) .
Ma très-chère sœur^ Je vous supplie très-humblement de ne vous pas imaginer que nous nous lassions de vos plaintes, puisqu'au contraire j*aurois peine que vous ne vous plaignissiez pas, parce que je crois que cela vous soulage , et puis il faut être ce que Ton est, et exposer librement son état à Dieii et aux créatures selon qu'on le porte. 11 est vrai, ma chère sœur, que je vous souhaiterois dans la disposition de pouvoir souffrir sans être appliquée à votre souffrance, et ce seroit une manière d'endurer extrêmement pure et semblable à celle que le Fils de Dieu a eue en sa passion, en laquelle il souffroit comme n'apercevant pas ses peines, selon qu'il est dit quMl étoit comme un homme qui n'entend rien et qui n'a point de réplique en la bouche : que s'il s'est plaint à son Père sur la croix, ça été lorsqu'il ne vouloit point de secours, étant prêt de rendre son esprit et le remettre entre les mains de son Père. Et je crois, ma sœur, que cela peut être dans les âmes en suite de la résignation parfaite qu'elles ont au regard de leurs travaux, qui fait qu'elles s'y soumettent comme à Dieu, le voyant plus en eux que les travaux mêmes par lesquels Dieu établit son règne en elles, et pensant être assujetties à sa rigueur et ne porter que sa justice, elles se trouvent remplies de grâces et de miséricordes, possédant tout parce qu'elles ont renoncé à tout et se sont rendues aux privations, que Dieu convertit en jouissances.
Il me semble, ma sœur, que vous ne devez point croire que ce soit pour vos péchés que Dieu vous met où vous êtes; il vaut mieux que vous le preniez par esprit d'amour que de pénitence, et je crois que c'est pour vous rendre semblable à Jésus- Christ dans SCS délaissemens, et par cette conformité vous pardonner vos fautes et les effacer plus parfaitement que par la peine même. Elevez donc, s'il vous plait, votre esprit dans ce dessein de Dieu, plutôt que de demeurer abattue de la vue de vos péchés. Souffrez conune si vous étiez juste^ aimant
mieux donner vos peines à Tamour de Jésus-Christ que de les appliquera la satisfaction de vos fautes.
Je vous donnerai encore, sMl vous plait^ ma chère sœur^ les mêmes assurances que vous avez ici de fidèles amies qui vous offrent sans cesse à Dieu. Vous savez quelles sont les principales^ et vous avez sujet d'être contente puisque la sainte Trinité est toute à vous, et qu'elle est toujours accompagnée de tous les saints, entre lesquels saint Paul est des premiers, et sainte Agnès n'est pas des moindres.
Adieu^ chère sœur.