XIX.— A MONSIEUR ARNAULD D^ANDILLY
chis le mol au hasard de la vaine gloire qui me poursuit d'être sœur d'un excellent poëte. Pour vous qui êtes fondé sur la pierre, ces applaudissemens vous seront un surcroit d'humilité, puisqu'il est nécessaire que cette œuvre pour être bonne soit de Dieu et non de vous, de sorte que son prix est votre perte, mais une perte heureuse où la gloire de Jésus-Christ est votre gain.
Au reste, mon trè&<;her frère, quand sera-ce que nous apprendrons un peu plus particulièrement de vos nouvelles ? Je n'en sais point de meilleur moyen que de nous envoyer notre abbé^ qui nous promet tous les ans un voyage qu'il n'accomplit point. Je pense que tout le courage et la générosité reposent dans le cœur des filles qui se laissent mener en des terres nouvelles sans regretter leur pays et leurs connaissances, tandis que ceux qui devroient aller prêcher la foi aux Indes^ consultent des années pour quitter Paris. Je désire cette visite, mais j'en veux bien aussi être privée si Dieu me la refuse; je suis contente des choses selon que je me trouve; je sats abonder, je sais amsi souffrir la disette. Ces paroles ne m'appartiennent pas, mais l'usage m'en est permis; et pourquoi n'imiterai-je pas saint Paul, puisqu'il nous est commandé d'être parfaits comme notre Père céleste? Je désire encore la communication de ce bon frère pour vous faire savoir que la Bourgogne m'a été favorable pour mettre mon esprit en liberté, n'ayant plus rien à perdre ni à gagner, mon retour ou ma demeure m' étant une même chose, et par conséquent toutes les autres rencontres qui me pourront arriver. Je vous dis de mes nouvelles sans y penser, en désirant d'apprendre des vôtres, que je veux deviner en attendant^ et me persuader qu'elles sont très-bonnes, sachant que vous êtes du nombre de ceux à qui toutes choses tournent à bien par la vertu de l'amour de Dieu qui rend utile aux élus tout ce qui leur arrive de bien et de mal. Nous avons un petit catalogue de votre famille où je compte cinq filles et trois garçons; je commence par les filles parce que vous y avez commencé et que le nombre excède^
< Henri Arnauldy alors abbé de Saint-Nicolas d*ADgers, et depuis évéque de ceue ville.
encore que les flls doivent avoir le droit d'aînesse, et qu'ils sont maintenant; comme je crois, de grands personnages. Je les présente souvent à Notre-Seigneur pour en faire des sujets de sa miséricorde et de dignes enfans d'un si bon père. Je vous demande permission de leur ramentevoir qu'ils ont des tantes à Dijon qui les aiment très-chèrement, ne pouvant manquer à ce devoir sans m'éloigner de l'obligation que j'ai d'être, Mon très-cher frère.
Voire bonne sœur.
Sœur Agnès de Saint-Paul. I. R. B.
Obligez-moi, s'il vous plait, de présenter mes très-humbles recommandations à madame de la Boderie, et d'assurer ma très-chère sœur de mon très-humble service.