XXV.—A Monsieur le Maître
Elle lai dit qu'elle ne peut sVropécher de condamner son mariage ; ei elle souhaite de le voir embrasser Tétai ecclésiastique : elle l'engage à demander à Dieu la grAce de le suivre.
De Notre-Dame de Tard, ce 22 juillet 4 634.
A ce que je vois^ vous avez bien mal observé la loi de saint Paul qui ne veut pas que le soleil se couche sur notre colère, puisque vous y avez été huit jours entiers contre une personne innocente qui ne vous a point offensé, si ce n'est que vous estimiez qu'on vous fasse injure de vous trop aimer, et d^entrer ensuite dans une sainte passion contre tout ce qui peut diminuer votre gloire. Vous examinez ma lettre sans supposer le sujet qu'elle regarde. Vous dites que je blâme le mariage en général , et je n'entre point dans cette généralité; je réponds seulement à ce que vous dites du vôtre, que je ne saurois m'empôcher de condamner^ vous regardant comme acquis à Dieu , et mis à part pour son Evangile. En cela je veux faire revivre la loi de Hoïse^ qui consacre les aînés à Dieu ; ou plutôt, c'est pour établir la loi de Jésus-Christ qui appelle tous les hommes à une vie parfaite. J'avoue que cette vocation n'est pas efficace en tous, mais je présuppose qu'elle le doit être en vous, et qu'il n'est pas possible que vous la refusiez sans vous rendre rebelle à la lumière qui vous montre les avantages de cette excellente condition, et sans être plus contraire à Jésus-Christ que Déliai, s'il y avoit eu un Déliai au monde. Voilà sur quoi j'ai fondé le zèle qui m'a fait fulminer contre les noces dont vous me parliez; je les ai réprouvées pour vous et non pas pour ceux qui ne sont pas dignes de la vie angélique, que je laisse dans leur infamie (comme vous dites vous-même) , pour désirer que vous ne vous y engagiez pas, puisque Dieu vous appelle à des choses plus saintes, comme je l'ai cru par un excès de bonne opinion que j'ai prise de vous; en quoi je m'assure que je ne serai pas trompée, et qu'enfin on ' connoitra que vous êtes comme les bons anges, qui effrayent au commencement et qui consolent à la fin. Vous avez trouvé le trésor de l'Evangile, et vous le cachez ; mais craignez-vous que je vous l'ôte? Non certes^ je vous le donnerois plutôt s'il
4t> Lettres de la mare agnes.
étoit en ma puissance^ et je le demande sans cesse pour vous à celui de qui procèdent tous les dons parfaits.
Quelle joie n*ai-je point eue après avoir développé votre énigme, et reconnu par la lumière de Dieu que sous la figure d'un mariage terrestre, vous voulez épouser la chasteté? Que ne m'avouez-Yous votre secret, puisque Jésus-Clirist m'en a donné la connoissance? Au contraire, vous voulez paroUre séducteur étant véritable, et en choisissant la meilleure part, soutenir ceux qui élisent la moindre. L'Evangile dit bien qu'il se verra des loups en vêtemens de brebis, mais il ne dit pas qu'il viendra des brebis vêtues en loups; et c'est ce que vous faites en la vôtre, où il semble d'un loup qui se jette sur un agneau (ou une Agnès); et quand on lève cett#^ peau de loup, on trouve la laine d'un mouton et la douceur d'un esprit qui ne respire que la paix sous ces apparences de guerre.
Vous avez bien raisodL mon très-cher neveu, de dire que vous espérez de la verto ae cette belle fille que vous désirez, que vous aurez plus de besoin de modération dans votre bonheur que de patience dans la misère. Saint Augustin a la même pensée quand il rappelle la mère des vraies joies. Elle est plus précieuse que toutes les richesses, et toutes les choses que l'on désire ne peuvent lui être comparées. Ses voies sont belles, et tous ses sentiers sont pacifiques. C'est une fille qui craint Dieu, de qui la beauté n'est point vaine, ni la grâce trompeuse; ce qui me fait souhaiter qu'elle vous soit donnée, et que son père vous trouve autant digne d'elle qu'elle est digne de vous.
Hais souffrirai-je en silence l'examen que vous faites de tous les points de ma lettre, sans trouver à redire à la vôtre où vous vous étendez si librement sur les péchés des prêtres, comme si l'état ecclésiastique était entièrement corrompu, et qu'il n'y en eût plus de semblables à ceux des premiers siècles qui ne se servoient des clefs du royaume de Dieu que pour avoir leur conversation es cieux. Ignorez-vous que Dieu s'en est réservé plus de sept mille qui n'ont point fléchi le genou devant Baal ? Pourquoi regardez-vous les imparfaits plutôt que les saints, dont un seul est plus recommandable qu'un million d'autres? Mon zèle n'est-il pas moins indiscret