‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 44 sur 246 · XXV.— A MONSIEUR LE MAITRE · texte numérisé non relu

XXV.— A MONSIEUR LE MAITRE

de mépriflfir le mariage comme un état imparfait que saint Paul souffre à la vérité, mais qu'il persuade autant qu'il peut de ne choisir pas^ que votre témérité qui avilit la dignité de Fétat ecclésiastique par la considération des vices des particuliers, qui ne sauroient lui ravir la sainteté de la grâce, non plus que diminuer les vérités de la foi? A qui vous adresserezvous maintenant pour prononcer Tanathème contre moi, ayant tous les prélats de TEglise pour partie^ votre invective ne faisant aucune mention qu'il y en ait d'exempts de la condamnation dans laquelle vous les enveloppez tous ? Cette pièce que je puis produire contre vous n'est-elle pas capable de vous obliger à faire la paix, et à me pardonner d'avoir quelque peu passé les bornes du respect que je dois à ce que TËglise approuve, comme je vous excuse de vous être oublié de la révérence que vous devez aux dieux de la terre qui sont établis pour juger, et pour n'être jugés de personne, quoique la sainteté de leur vie ne soit pas toujkirs égale à la dignité de leur ministère? Il suffit qu'il y en ait encore plusieurs puissans en œuvres et en paroles, du nombre desquels je veux espérer que vous serez, n'y ayant rien de plus aisé que de faire d'un bon chrétien un excellent ecclésiastique, etd'un séculier qui n'a point de vices un prêtre qui aura toutes les vertus. Car quelle place pourra prendre l'ambition dans votre esprit d'où vous l'avez déjà bannie? Auriez- vous de la vanité prêchant les vérités divines, auxquelles la créature n'a aucune part, n'en ayant point eue dans les applaudisçemens où l'on vous attribue avec raison la gloire des heureux succès qui vous arrivent? Vous êtes comme ce personnage de l'Evangile à qui il ne roanquoil qu'une seule chose pour être parfait, quiétoitde suivre le Fils de Dieu : et c'est aussi ce que vous lui demandez tous les jours en vos prières, comme vous dites à la fin de votre lettre, n'ayibt pu empêcher que ce mot ne soit sorti de l'abondance de votre cœur. Continuez, mon très-cher neveu, une prière si sainte jusqu'à ce que le Fils de Dieu vous ait fait un royaume et unsacerddM en son sang. Je joindrai mes vœux aux vôtres pour cela ; et t|ttand vous posséderez cette précieuse dignité, je n'aurai garde de vous refuser l'amour que je vous dois comme à mon très-cher neveu, et la révérence

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eoinme à mon père. Cependant je serai selon la mesure des dons de Jésus-Christ,

Mon très-cher neveu^ Votre très-humble et très-affectionnée tante et servante^

Sœur Agnès de Saimt-Paul, I. R. B.

XZVI— A la mère snpérienre des Ursnlinei de Ghfttillon.

Elle lui lémoigne la compassidh qu'elle a de sa peine; et sa joie en ▼oyani 1 accomplissement des desseins de Dieu sur elle.

U juillet 4634.

Ha très-chère mère. Je combats en moi-même si je dois entrer dans la compassion de votre peine^ ou dans la joie de la complaisance que Dieu prend en l'accomplissement de ses desseins sur vous. J'accorde tous les deux ensemble^ ma chère mère^ ayant pitié de ce qàe vous souffrez^ sans vouloir néanmoins aucun changement en Tordre de la divine sapience qui doit tout assujettir à soi. Votre répugnance est votre adhérence, n'en doutez pas, puisqu'elle vient d'un principe que Dieu approuve et que Dieu fait lui-même en vous^ qui est votre humilité. 11 se contente que vous ne lui résistiez pas; et plus vous avez de peine à vous rendre, plus il prend de puissance sur vous, sachant bien que le fond est tout à lui, et que ce n'est pas que vous ne vouliez bien lui être sacrifiée si vous croyez être une hostie digne de sa sainteté. Quand vous aurez reçu les prémisses de l'Esprit par une lettre de M. de L.^ vous n*aurez plus aucune pensée que de vouloir bien être ce qu'il veut que vous soyez. Vous serez en silence quand il aura parlé, parce qu'il dit, et toutes choses sont faites; il commande, et Ton voit aussitôt en être ce qui n'en avait point. Je ne saurois assez vous confirmer, ma chère mère, les assuAnces de la donation que nous vous faisons de nous-mêmes. J'ai charge de notre communauté pour cela, et c'est un droit qui vous est si acquis en suite de ce que vous êtes à M. de L. (cVst-à-dire des meilleures de ses bonnes filles), que vous en devez jouir comme de

t M. de Langres.

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