‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 45 sur 246 · XXVI.— A LA MÈBK 4tJPÉIUEURE DES URSULillES DE CHATaLON · texte numérisé non relu

XXVI.— A LA MÈBK 4tJPÉIUEURE DES URSULillES DE CHATaLON

Totre propre; el pour mon particulier, ma chère mère, qui^ Jésus-Christ, Noire-Seigneur, m'a liée àvous si étroitement que sa grâce supplée à tout le défaut de connoissance que je puis avoir de vous^vousvoyantenluid'unœildedileclion très-particulière, et ce n'est pas merveille si l'on connoit votre bonté qui se rend si visible*. Je ne désire pourtant pas que vous croyiez a mes paroles, mais que vous en tiriez des effets tels qu'il vous plaira, sans avoir égard «à mon incapacité qui pourra bien être suppléée de la parfaite volonté que j'ai de vous être assi^ettie, car il n'est rien d'impossible à la charité. C'ait assez dire sur ce sujet à une personne toute disposée à me croire^ puisqu'il est vrai qu'on juge autrui par soi-même, et qu'ayant un si bon cœur pour nous, vous ne pourriez pas douter de la fidélité des nôtres.

Nous avons des nouvelles de H. de L.' de vendredi dernier. Il nous mandoit par le précédent courrier que sa flèvre le reprenoit de temps en temps. Il faut qu'elle soit réglée puisqu'on en parle par accès. Nous ferons reproche à Paris, de ce qu'on nous en écrit qu'il se porte assez bien. C'est à nous de le conserver en nous rendant telles que Jésus-Christ ne nous puisse refuser ce que nous lui demanderons en son nom et pour la gloire de sa divine majesté.

Nous ne craignons plus ici le duc Charles qu'on dit qui a été repoussé, mais le roi de Hongrie qui veut passer en Flandre, et, s'il ne peut, il ravagera quelque province qui seroit celleci comme étant le plus à sa bienséance. L'on fait des prières en cette ville depuis trois mois; c'est notre tour dans huit jours comme étant les dernières, et nous devrions accomplir la parole de TEcriture, qui dit que la fin de l'oraison est meilleure que le commencement. Nous vous demandons les vôtres, ma mère, pour réparer notre indignité.

Je vous congratule de votre bonne fille, ma sœur Anne de la Sainte-Trinité, qui se hâte tant qu'elle peut dedevenir sainte. Je vois d'ici la joie de son cœur de vous rendre ce que vous lui avez prêté avec tant de fidélité et d'amour. Je crois qu'il fait fort bon vous voir ensemble, mais elle n'est pas raisonnable

* M. deLangres.

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qu'elle vous devance à aimer son étal plus que vous ne faites le vôtre; ils sont tous deux saints et par conséquent également aimables^ Tun d'un amour de complaisance^ et Tautee de souffrance.Je m^en allois écrire à votre bonne assistante, mais une afTaire pressée m'en a dérobé le temps. Je vous demande permission de la saluer très-humblement^ et ma chère sœur Anne de la Trinité^ sans intérêt de sa solitude, puisque Notre-Seigneur a dit qu'où il y auroit deux ou trois ensemble en son nom, il seroit au milieu d'eux. Voyez-moi, s'il vous plaît, ma chère mère, en votre compagnie et la sienne, car mon cœur ne vous quitte point, étant toute à vous pour jamais.

XZVn.— A Monsieur Amanld d'Andllly.

Elle lui donne plusieurs avis spirituels, et Texhorte à lire le NouTetu-

Testament.

Ce 42 00^4634.

Mon très-cher frère, Je ne puis attribuer qu'à votre bonne disposition le fruit que vous avez tiré de notre lettre, où un esprit moins charitable que le vôtre auroit trouvé beaucoup de défauts. S'il m'étoit permis d'avoir des désirs, ce seroit de pouvoir correspondre à votre confiance, et donner à une âme particulière comme la vôtre des choses meilleures et plus saintes; mais il faut que je souffre ma pauvreté non-seulement pour moi, mais encore pour les personnes que je voudrois être remplies de richesses, ne leur pouvant donner société qu'à ce que je suis, qui n'est pas pourtant ce que je dèvrois être. C'est pourquoi, après avoir accepté ma misère pour moi et pour autrui, je me veux séparer de la cause qui oblige Dieu de me retirer ses dons : vous nie serez un motif puissant pour cela, mon très-cher frère, désirant plus la grâce pour vous que pour moi, parce que je crois que vous en ferez un meilleur usage.

Je ne vois rien qui nous mène plus droitement à Dieu que de recevoir de sa main toutes choses et nous en servir également, ne regardant point ce qu'elles sont en elles-mêmes, mais ce que nous devons être en elles, rendant une perpétuelle fidélité à Dieu dans Tacceptatiou ou la privation des choses, toujours anéantissant nos volontés, nos désirs et nos inclina-

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