‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 46 sur 246 · XXVII.— *A MONSICtJli AKNAULD D'AMBILLY. M · texte numérisé non relu

XXVII.— *A MONSICtJli AKNAULD D'AMBILLY. M

lions bonnes et mauvaises; les mauvaises^ parce qu'elles sont contraires à Dieu ; et les bonnes^ comme n'ayant pas leur entière perfection à cause du mélange que nous faisons de nos propres instincts avec ceux de Dieu, qui ne doivent subsister qu^en lui-même, c'est-à-dire^ ne nous les rendre pas propres^ pensant qu'avec cela nous pourrons trouver Dieu qu'il faut chercher par lui-même, recevant à toute heure une nouvelle influence de grâce quijious possède et nous emporte à lui, au lieu que nous le voulons attirer à nous et mettre l'immense dans le fini. Et c'est une chose étrange que, pour rendre notre petitesse capable de Dieu^ il la faut rendre encore plus petite, afin que de ce néant Dieu en tire une capacité digne de lui. Et je crois que Ton peut prendre pour preuve de cette védté la parole de Jésus^hrist .'gut perdra son âme, il la gardera pour la vie éternelle ; ei c'est se perdre que de s'oublier et n'avoir aucun appui sur soi-même^ entrant continuellement dans l'infinité de la puissance divine pour y trouver ce que nous avons perdu en nous-mêmes ; ce qui nous met dans un état de résurrection par lequel, étant morls au péché, nous vivons à Dieu séparés de nos infirmités cl revêtus de sa force; et il n'est pas possible de faire une action de vertu qu'il ne faille entrer dans cette mort et dans cette vie, étant besoin de mourir à ia propre action pour recevoir celle de la grflce, qui veut bien notre consentement, mais non pas notre mouvement; étant plus vrai dans Tordre de la grâce que dans celui de la nature^ qu'en lui (c'esi*à-dire en Dieu), nous vivons, nous mouvons et nous sommes, et que la conservation dans la grâce est aussi continuelle que celle de l'être, n'y ayant point de moment qu'elle ne nous soit offerte ; ce qui me donne dévotion an titre que Dieu prit autrefois quand il s'appela Celui qui est. Dans le ciel les saints le louent de ce qu'il a été, qu'il est et qu'il sera. Mais en la terre il faut seulement considérer qu'il est, et tâcher de faire qu'il soit en nous dans chaque moment. Que si Ton manque de le faire en Tun^ s'efforcer que ce soit en l'autre^ sans s'arrêter au temps perdu (]ui nous feroit perdre celui que nous possédons. Je ne trouve rien si utile, mon cher frère^ que d'aller toujours, sans faire réflexion sur ce que nous avons fait. Notre*Seigneur dit expressément que celui qui

regarde derrière soi nesl pas propre au royaume de Dieu. Et il me semble que de regarder dos manquemens de la manière dont nous avons accoutumé de les voir (qui est avec confusion de notre misère en tant qu'elle humilie notre amour-propre), c'est les renouveler, et nous servir de la lumière que la grftce nous donne pour les connoitre et nous en retirer, pour nous y enfoncer encore davantage, selon que dit le Fils de Dieu : que si la lumière qui est en noi^ est ténèbres^ ces ténèbres seroni extrêmement grandes.

Et à propos de ces paroles dont j'ose me servir pour exprimer mes petites pensées, je vous supplie très-humblement, mon cher frère, que votre principale lecture de dévotion soit le Nouveau-Testament qui est vraiment le livre de vie, où l'onction de la grâce est répandue pour les âmes qui y cherchent la source de la dévotion où tous les autres livres Tont puisée. Les autres lectures se font par la capacité de notre propre esprit; mais pour celui-là, il faut que le même esprit qui Ta dicté en donne Tintelligence en l* imprimant dans les cœurs qui en sontleslivresvivans, où ces paroles qui sont esprit et vie produisent des fruits de la vie éternelle : et comme pour adhérer aux vérités de la foi, il faut que Teutendement se capture pour recevoir la doctrine qui lui est proposée, de même pour rendre le respect que nous devons à ces mêmes vérités, en ce qu'elles regardent les mœurs et le règne de la grâce, il leur faut donner entrée dans un parfait silence du cœur qui ne répugne point aux lois qu'elles voudront imposer à nos affections, leur donnant le pouvoir de délruire tout ce qui s'oppose à leur établissement. Vous vous êtes longtemps occupé de la vie de Jésus*Christ pour en découvrir les secrets et les lumières; il reste d'en ressentir les ardeurs, et de vous laisser consommer de ce feu qu'il est venu allumer en la terre. Nous en avons la fournaise sur les autels, et c'est en la présence du Saint-Sacrement qu'il se faut mettre pour écouter ces paroles divines qui sont un feu violent, dont il promet de parler aux cœurs dcsâmcs qu'il tire enla solitude, c'est-à-dire qui se séparent d'elles-mêmes, se taisant devant lui pour prêter l'oreilleà ce qu'il leur dit par des effets de sa présence en elles. Je vous renvoie à ses instructions intimes et secrètes, où l'on apprend

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la science des saints, sans qu'il soit besoin de beaucoup d'étude^ mais seulement d'une grande fidélité pour ne se point lasser d'apprendre, encore qu'on oublie souvent ce que Ton a appris. Si j'avois profité en cette école Je vous entretiendrois plus utilement; votre bonté suppléera à tout^ et me rendra digne de la continuation de notre sainte et nouvelle alliance en Tamour de Jésus-Christ.

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