XLI.— A Monsieur Amanld d'AndiUy
Sur la mort de Madame de la Boderie, belle-mère de M. d*Andilly.
De notre monastère de Notre-Dame de Port-Roycd,
Le 26 novembre 4635.
Mon très-cher frère^ J'ai désiré de vous rendre mes trèshumbles devoirs à mon arrivée en ce monastère attendant ce qui arriveroit de la suspension en laquelle vous étiez, et s'il plairoit à Dieu de mettre des paroles de joie en ma bouche pour la conservation de cette chère dame S ou de douleur pour sa perte. J'apprends que son conseil divin nous oblige à celle-ci, quUl veut continuer sur vous une voie d'affliction et de souffrance^ et que la fin de l'une soit le commencement de l'autre. Que faut-il dire à cela, mon bon frère^ sinon que nous le voulons bien puisque son bon plaisir est tel? non quMl aime nos douleurs parce qu'elles sont douloureuses, mais pour le bon effet qu'elles ont de nous porter à lui, où quand toutes choses nous manquent, nous trouvons notre vraie et unique consola-
> Madame de la Boderie^ femme de beaucoup de mérite et de vertu, mère de madame d^Andill y, mourut le 25 novembre à Pomponne, où M. d'Andilly venàk d*arriver de rarmée.
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tion. Je vous dis^ mon très-cher frère^ ce que yous tailet, tt il Taut tnieux que je fasse ce que je vous ai dît tant de fois» qui est que la part que je prends à vos intérêts m'oblige de les avoir présens devant Dieu comme les miens propres, pour invoquer sur vous la force de sa grâce, à ce qu'elle vous soutienne dans vos abatteinens^ et vous donne vie par la mort qu'elle opère en vous en tant de rencontres différentes. Il me reste à vous assurer que je veux être partout» en tout temps et en toutes choses»
Mon très-cher frère.
Votre bonne sœur et très-obéissante servante»
Sœur Agnès de Saint-Paul.
Indigne religieose benurdine.
XLIL— A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran.
Elle lui rend compte de ses dispositions.
Mercredi, à quatre heures du matin (4636).
Mon père» Dans FafQiction où j'étois hier en la vue de ma faute» je ne peux faire autre chose que d'avoir recours à Dieu pour le supplier de me donner le moyen de la réparer. J'ai cru qu'il ne falloit pas différer davantage à retirer ma parole. Je fus trouver M. de P. à qui je dis que j'avois pensé à ce qu'elle m'avoit dit, et que cela ne se pouvoit pour beaucoup de raisons. Elle me répondit fort doucement que j^étois libre de faire ce qu'il me plairoit^ que cette pensée étoit venue d'elle seule, et qu'elle n'en avoit encore rien mandé à la dame. Je la priai de ne lui en point parler, et la remerciai de ce qu'elle ne Tavoit point encore fait» et me retirai là-dessus, bien soulagée de voir le mal arrêté dans ses suites. Je ne me crois pas pourtant moins coupable devant Dieu, que je supplie recevoir ma pénitence, et qu'elle me serve de préservation pour ne plus retomber en de pareilles fautes, et de destruction de la racine qui les produit. Je vous supplie très-humblement» mon père, de me traiter selon l'étendue de la lumière que Dieu vous donne de mes plaies, qui me sont bien souvent inconnues , mais non pas insensibles» car mon cœur me reprend bien souvent quand ma raison m'excuse. J'expérimente que Dieu