‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 63 sur 246 · XLIV.— A Mademoiselle d'Atrien · texte numérisé non relu

XLIV.— A Mademoiselle d'Atrien

Pour lui témoigner sa joie des bonnes nouvelles qu*elle avait eues de sa santé et de son salut^ et rengager à attendre Pheure de Dieu avec autant de patience que de charité.

Ce 22 oclcbre 1638.

Ma très-chère sœur^ Vous ne sauriez être plus mal édifiée de raoi que je le suis de moi-même d'avoir lardé jusqu'à cette heure à \ous faire paroitre mes sentimens, contre la parole du Fils de Dieu qui dit : que la bouche parle de Vabondance du cœur; et cependant je me suis tue, ayant Tâme toute remplie de joie des bonnes nouvelles de voire santé et de votre salut. S'il eût plu àDieu^ après avoir opéré celdf^ci, de nous refuser l'autre pour rendre seulement les anges témoins de votre heureux retour à lui^ nous fussions pourtant demeurées obligées de le remercier infiniment dans l'espérance de ses miséricordes éternelles sur votre âme; mais de vous avoir donné deux vies tout à la fois. Tune pour lui, et l'autre que nous prétendons qui sera pour nous, c'est un sujet d'actions de grAces qui nous fait désirer qu'il soit lui-même sa louange, ne pouvant autrement satisfaire à la reconnoissance que nous lui devons. Il nous reste à demander à celui qui a rompu vos liens, qu^il brise les portes d'airain et les verrous de fer, pour rassembler en un les enfans de Dieu qui sont dispersés. Vos désirs pour cela, ma chère sœur, sont maintenant efficaces, et votre gémissement ne lui est point caché ; mais peut-être que son heure n'est point encore venue; c'est pourquoi après avoir dit : que voire règne advienne^ nous devons ajouter : que votre volonté soit faite, et l'attendre avec autant de patience que de charité. Je suis assurée de la dernière, mais je crains que vous manquiez en l'autre, qui néanmoins nous est nécessaire pour recevoir les promesses de Dieu. Je vous donne à sa divine bonté, ma chère sœur, afin que vous soyez la joie et la cou«^ ronne de celui* qui a tant souhaité de former Jésus-Christ ea

Mademoiselle d^Aquaviva d'Atrie, alors retirée dans un monastère pour se préparer à élre religieuse. L*abbc de Saint-Cyran lui a écrit plusieurs lettres. Elle est morte le 21 octobre tG76. > I/abbé de Saint-<>yran.

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