XLV.— A Monsieur Amanld
Sur remprisonnement de Tabbé de Saint-Cyran et Tordre donné aux scii •
taires de quitter Porl-Royal-des-Cbamps.
Ce Jeudi-Saint, %\ avril 1639.
Mon très-cher frère^il n'y a que moi à vous écrire^ H.Singlin disant présentement la messe, après laquelle il confessera comme ilafaitauparavant.LamèreAngéliquerepose,étant fort lasse des Ténèbres. Ma sœur a le cœur fort bon et vigoureux^ mais la main trop foible. Je vous dirai donc ce qui est nécessaire seulement; car s'il est jamais temps de se taire, c'est en ces jours très-saints. L'on vous envoie récrit, et Ton vous supplie très^umblement que les passage^ que vous enverrez à l'avenir soient traduits, et si vous pouviez faire le semblable de ceux que vous avez déjà donnés (desquels on est fort content), vous obligeriez beaucoup. Au reste, nous demandons à Dieu manifestement et en corps la délivrance de M. de Saint-Cyran. Jusques à présent j'avois fait des billets couverts, propler metum Judœorum; maintenant je ne crains plus rien, et je pense que c'est la parfaite charité de Dieu qui nous ôte la crainte, et que c'est-à-dire que notre rédemptionapproche. Joignez-vous à nous, mes très-chers frères, comme je ne doute point que vous ferez de tout votre cœur. Ma mèrc^ se porte tantôt bien, tantôt mal, et fort souvent si mal que nous ne savons ce qui en arrivera. Je crois que Dieu la conserve pour devenir tcujjours meilleure, car elle profite de jour en jour. Dieu merci.Ma sœur* espère d'entendre la messe le saint jour de Pâques, moyennaitt les charitables mains de ses bonnes sœurs qui feront l'office de l'ange vers Habacuc. \
* Madame Arnauld, sœur Catberine de Sainte-Félicité.
* La mère Angélique. Elle avait été fort malade vers le carême. V. LHlres de la mère Angélique, t. 4 , p. 4 50.
AdieUy mon cher frère; priez pour moi, je vous en supplie; vous ne sauriez croire combien je fais mal.