‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 67 sur 246 · L.— A Monsieur Singlin · texte numérisé non relu

L.— A Monsieur Singlin

Elle le remercie de ce qu*il lui avait écril, lui fait connatlr^ ses

disposiiioDs, elc.

Vendredi à neuf heures et demie ; achevée à une heure et demie après midi.

tZ février \6i0.

Mon père, Je ne pensois pas vous donner de la peine ni vous prendre tant de temps. Pour le premier il me semble que l'esprit de Dieu vous est si présent que c'est à vous à qui il est dit : Avant que vous m'invoquiez, je dirai: me voici. Je le dis, mon père, sans intention de vous donner de la louange, mais dans l'expérience que je fais qu'à l'égard des âmes vous ne vous méprenez point à leur montrer la voie de Dieu et à reconnottre ce qu'il demande d'elles ; et vous devriez, ce me semble, avoir plus de peine à suivre les âmes qu'à les conduire; puisque l'esprit de Dieu en elles ne leur doit inspirer qu'assu-

jettissement^ et à vous direction et connoissance. Je ne m'attendois aussi qu'à trois lignes de réponse, et votre charité s'est étendue à trois pages^ de quoi je vous remercie très-humblement ; car encore que je ne les aie pas attendues ni désirées, elles ont été pourtant les bien-yenues, hormis l'appréhension que j'ai de me les rendre inutiles.

Pour ce qui est de ma confession, la remise est conforme à mon instinct qui étoit de la faire la semaine prochaine, et je n'avance que pour avoir entendu dire que vous aviez inclination de confesser les premiers jours du carême. Je ne veux pas pourtant dire que je la ferai en ce temps , car ce sera ce qu'il vous plaira ; et bien que j'eusse désiré ne point communier auparavant, je ferai néanmoins ce que vous m'ordonnez de m'en rapporter à M. D., qui est assez porté à m'en priver quand je lui propose, ce que j'avois cessé de faire depuis quelque temps, voyant que vous n'approuviez pas que je m'en retirasse si souvent Ce que je vous ai dit, mon père, qu'il ne me connoît pas, n'est pas que je veuille dire qu'il me croie plus innocente que je suis, car je pense au contraire qu'il est fort mal édifié de moi, et avec raison ; et je ne désire pas non plus qu'il me soit plus sévère, car je sais bien que je ne le pourrois porter, non-seulement par foiblesse, mais par contradiction d'esprit, trouvant à redire à tout ce qu'il fait, ou peu s'en faut, parce que je m'imagine que son procédé n'est point par conduite de grâce, mais par raison et efforts humains dans lesquels il met les âmes; et c'est ce que j'estime un joug qui charge, et ne soulage point comme fait celui de Notre-Seigneur; au lieu que les paroles de ceux qui sont dans un autre esprit opèrent ce qu'elles signifient, humiliant Tesprit si elles sont de repréhension, l'encourageant s'il est abattu, etc. Je voudrois bien ne point faire ce discernement-là, et je le condamne comme une marque de ma mauvaise disposition qui m'empêche de considérer que c'est Jésus-Christ qat confesse, voulant que cette vérité me soit sensible. Ce n'est donc pas sans raison que je me plains ; et je ne le ferois pas, si ce n'ctoil |K)ur dire la raison qui me fait désirer autre chose.

Je ne sais, mon père, comme vous avez reconnu que j'étois dans la défiance de la bonté de Dieu vers moi, car je le cache

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