‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 71 sur 246 · LVI.— A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran · texte numérisé non relu

LVI.— A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran

La mère Agnès écrivit celte lettre dans une grave maladie qu*e11e eut en 4642, pour faire ses derniers adieux à Tabbé de Sainl-Cyran et lui témoigner son désir d*aller vers Dieu.

Le jour de la minle Octave, à cinq heures du soir, 26 juin 4642.

Mon père. Je me suis servi jusqu'à cette heure de l'entremise de la charité de M. Singlin pour vous rendre les trèshumbles actions de grâces que je dois à la vôtre, qui m'est une vive image de celle de Dieu ; et étant peu spirituelle comme je suis, j'ai sujet de dire que l'expression que vous faites de ce que vous êtes aux âmes à qui vous ne devez rien que par une pure charité, m'a été d'un grand secours pour concevoir quelque chose de celle de Dieu qui m'a soutenu dans d'extrêmes défaillances. Je n'ai plus maintenant de pensée que Je dois retourner à la vie, il me semble que Dieu me fait la grâce de vouloir bien aller à lui de bon cœur, quoique dans la vue que je lui suis redevable en tout, et ne lui ai rendu que des ingratitudes infinies. Je vous ai entendu dire que vous avez plus d'union avec les morts qu'avec les vivans; je me réjouis

106 LBTTIŒS DE LA MÈRB A6NÈS.

d*être en ce rang pour vous être plus proportionnée. Je crois, mon père^ que tous n^aurez pas désagréable que je vous recommande la maison, et quMl vous plaise d^y conserver le don inestimable que vous y avez fait de M. Singlin. Nous avons reçu des assistances de lui qui surpassent toutes paroles. Il y a deux sœurs auprès de nous^ qui sont mes sœurs de Hauroi ^ et de Bulloyer *, qui ont pris d'étranges peines pour me soulager. Je vous supplie iiès-humblement de prier Dieu pour elles en récompense. Je ne voue dis rien de la mère Angélique, parce que je ne suis à vous que par elle. Je lui laisse ma place afin que la sienne soit double. Dieu s'est servi d'elle en tous les temps de ma vie pour me mettre dans la vérité et la charité. Adieu^ mon père ; je me prosterne à vos pieds pour recevoir votre sainte bénédiction.

Page 1