‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 77 sur 246 · LXVI.^ A la sœur Marie-Dorothée derincamation Le GoQte · texte numérisé non relu

LXVI.^ A la sœur Marie-Dorothée derincamation Le GoQte

Elle lui lémoigne sa joie de la grftce que Dieu lui a faite. — La gratitude est un don de Dieo qui eu attire plusieurs autres.

Lundi 27 février 4 645^ à 3 heures.

Ma très-chère sœur, J'ai reçu une joie sensible de ce que vous avez pris la peine de m* écrire. Car il n'y a rien qui me console tant et que j'admire plus que les effets de la grâce de Dieu dans les âmes^ lorsqu'il les fait changer d'un état en un autre d'une manière qui ne peut appartenir qu'à lui, qui attend quelquefois qi|e les choses soient arrivées au point où les créatures n'y peuvent plus rien. Il me semble^ ma sœur^ que cette rencontre qui vous a donnée comme vous dites, beaucoup de connoissance de votre foiblesse, vous doit aussi donner une merveilleuse confiance en Dieu, qui vous témoigne que vous êtes du nombre de ces âmes qui ne se blessent point quand elles tombent^ parce que Dieu met sa main dessous. Rien n'est tant capable d'abaisser une âme en elle-même^ et quand et quand de Kélever vers Dieu ; car s'il la tire à lui par ses fautes mcmes^ quefera-t-il lorsqu'elle lui sera fidèle? J*ai encore plus estimé la grâce que Dieu vous a faite de lui vouloir être reconnoissante, que celle de vous avoir assistée, la gi*atitude étant un don de Dieu qui en attire plusieurs autres. Vous l'avez établie dans un point qui sera fort agréable à Dieu, faisant la charité

1 DeSéricourt.

* Henri Arnauld, abbé de Saint-Nicolas d'Angers.

* La mère Marie-Dorotbée de llncarnation Le Conte, naquit en 4610. Elle fut élefée à Port-Royal, et donna dès son enfance de grandes ir arques de vertu. Elle prit l'habit le 25 novembre 4625, et fit profession le 7 dé- * cembre 4626. Après avoir rempli plusieurs des charges inférieures, elle fut établie en 4653 prieure de Port Roval-des-Champs, qu'elle gouverna pendant 6 ans, étant aidée et conseillée la plus grande panie de ce temps parla mère Angélique qui y demeurait. En 4660, la mère Marie de Tlncamation Le Conte fut appelée à Paris, où on lafit d'abord première sousprieure, et prieure à la 6n de 4664 . En 4664, oUe fui exilée chez les tilles

us LETTRES DE LÀ MÈRE AGRÈS.

à nos sœurs de leur être une verge veillante pour leur ayan cément k Vous vous ferez le même bien à vous-mênie en les avertissant. Tâchez de conserver la paix que pieii vous a donnée par le retranchement de toutes les réflei^ions que vous faites sur vous-même. Quand il vous revient des obscurcissemens d*csprit, souvenez-vous de Tétat où Di^u vous a mise; et encore que vous ne le sentiez plus, ne croyez pas que Dieu vous en ait privée, puisque ses dons sont sans repentir. Aux mauvais jours, souvenez- vous des bons jours^ et espérez qu'ils reviendront encore. Pour moi je ne pourrai jamais douter que Dieu ne vous aime^ car il me semble qu'il vous en donne des preuves sensibles. Ne pensez plus qu'à Taimer, ma chère sœur, et à vous réjouir en ses miséricordes. Je vous supplif très-humblement de le prier pour moi^ qui suis toute à vouy par le titre de cette nouvelle grâce qu'il vous a faite.

LXVn.— A ....

Elle loi montre la différence des bons désirs d*aTec les désirs imparfaite; et rengage à se donner à Dieu sans partage.

(7e22aoâl 4646.

Ma très-chère sœur^ Puisque vous désirez que je vous écrive sans m'avoir dit le sujet sur quoi je vous devois parler^ je prendrai votre même désir pour fondement de cette lettre^ où je désire vous faire voir combien il importe de n'avoir point de désirs qui ne soient bons non seulement en leur fin^ mais aussi en leur principe ; c'est-à-dire^ qu'il ne suffit pas pour désirer une chose que l'on en espère un bon effet, mais il faut tâcher de reconnoitre si ce désir a une bonne cause^ce qui ne peut être si Dieu n'en est l'auteur^ et qu'il ait inspiré à cette âme de désirer ce qu'elle désire; ce qui fait qu'elle peut dire à Dieu avec David : Seigneur, tous mes désirs sont devant vous, n'en ayant point qui ne viennent de vous^ et que je n'expose devant vous pour être purifiée s'il y a quelque

de la Visitation, rue Ifontorgueil. Au mois de juillet 4665, elle fut réunie avec ses sœurs à Port-Royal-des-Champs. Elle cessa d'être prieure en 4669, et mourut le 4«^ novembre 4674.

> La sœur Marie- Dorothée de rincarnalion était alors sous-maiiresae des novices.

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