‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 10 sur 205 · LETTRES DE LA MKRE AGNES · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MKRE AGNES

eûtétablipoursupérieurdans notre monastère un ecclésiastique d'unecréance non suspecte, en la place <le M. Singlin : après quoi nous pourrions recevoir en toute liberté, et prendre suivant notre institution les filles (jui se présenteroient pour être pensionnaires ou novices. Il y a longtemps que nous aurions pu vous supplier de nous remettre dans l'état où le roi a voulu que nous fussions remises aussitôt qu'on auroit exécuté le changement qui s'est fait dans ce monastère il y a déjà plusieurs mois; mais la peine que vous avez voulu prendre de faire la visite de cette maison avec tant de soin et d'exactitude, nous a portées à différer à vous en parler jusqu'à ce que vous l'eussiez entièrement achevée, afin qu'ayant reconnu notre innocence et la pureté de notre foi, vous fussiez encore plus persuadé de la justice de notre rétabUssement que le roi a remis entièrement à votre autorité, sa piété lui ayant bien fait connoître que Dieu avoit attaché ces sortes d'affaires à la puissance de FÉghse. C'est pourquoi, Monsieur, n'y ayant aucun sujet de douter que Sa Majesté ne trouve bon que nous reprenions nos pensionnaires et nos novices, selon la parole royale qu'elle a daigné nous en donner, nous nous tenons encore plus assurées que vous lagréerez, par la connoissance plus particuUère que vous avez de l'état de ce monastère. Ainsi, Monsieur, nous n'attendons que votre ordre pour leur donner l'entrée qu'elles désirent depuis tant de temps avec tant d'ardeur, et pour faire cesser les larmes qu'elles n'ont pas cessé de répandre depuis une si rude séparation. Elles attribueront leur bonheur à la piété de Sa Majesté, comme elles n'ont attribué leur disgrâce qu'à son zèle; et nous nous trouverons obligées de redoubler nos vœux pour sa prospérité, et de vous en témoigner aussi. Monsieur , notre reconnoissance auprès de Dieu par les prières que nous lui offrirons toute notre vie, afin qu'il vous comble de ses bénédictions et de ses grâces. Je suis, Monsieur, votre, etc.

CCCLXXII.— A M. Le Tellier.

Sur le même sujet.

9 octobre 1601.

Monseigneur, Après avoir donné tant de marques de notre

CCCLXXH. — A M. LE TELLIER. 45

profond respect pour les ordres du roi, par l'exacte obéissance que nous avons rendue à tous ceux qui nous ont été donnés de sa part depuis (jnelques mois, il me semble ([ue ce seroil avoir moins d'estime de sa bonté que de sa puissance, si nous diiîérions encore de l'implorer, ayant entre les mains les gages qu'il lui a plu de nous donner de celle douceur qui lui est si naturelle. Car vous pouvez vous souvenir, Monseigneur, que dans le temps même (jue l'on avoil lâché davantage d'aigrir Sa Majesté contre nous, elle ne dédaigna pas de nous engager sa parole dont vous fûtes alors le dépositaire, nous ayant lait savoir par la lettre (juc vous me fîtes Ihonneur de m ecrire le 0 de mai, i\ue son intention ttoil très-éloignée de vouloir détruire et supprimer cette maison en nous interdisant pour toujours d'y recevoir des fdles; m.iis (jue dès (|ue les supérieurs (jui la gouvernoient s'en seroient retirés, et (juc messieurs les grands-vicaires, ou ceux qu'ils y auroient établis, auroient pris connoissance de noire conduite, Sa Majesté nous peiineltroil de reprendre des tilles connue auparavant pour être pensionnaires et novices. Je n'entre pas en doute, Monseigneur, que nous n'ayons sujet de nous appuyer sur cette promesse si juste; et n'osant pas détourner Sa Majesté des grandes et importantes occupations qu'elle se donne pour le bonheur de ses [)eu|»les, nous avons cru que vous auriez la bonté de l'en faire souvenir, et de la visite si exacte qui nous >ientd être faite, et que je ne crois pas qui puisse être désavantageuse à celte maison, puisque les ordonnances (|ui y ont été faites ne présupposent point que nous ayons été redressées ni dans la foi ni dans les mœurs. Tout cela doit persuader Sa Majesté de l'innocence de ses servantes, et lui donner lieu de jeter un de ses regards lavorablessurtanldelillesallligées,qui n'ayant plus de part à tout ce (jui se passe dans le monde (pie celle de |»rier Dieu, et de le faire particulièrement pour la gloire et la prospérité de toul(.' la maison royale, ne «lemandeut point d autre faveur (pu! la libi-rté de s'y euq)l()yer ilaiis la trampiillité el le repos de la solitude, el à pouvoir continuer une succession de personnes qui, étant entièrement dévouées au service de Dieu, à <pii elles rendent aux pieds «les autels une adoration continuelle, le seront aussi, par une nouvelle obligalion, a celui de

dO LETTRES DE LA MERE AGNES.

Sa Majesté. C'est ce que nous espérons delà justice de Sa Majesté et de la protection dont il vous plaît de nous honorer, qui m'obligera avec toute cette maison de vous en témoigner ma reconnoissance auprès de Dieu, comme étant avec toute sorte de respect , etc.

CCCLXXIII.— A la mère Renée de" Saint-Paul, à Saumur.

Sur la niorl de la mère Angélique, Elle lui apprend celle de la sœur Euphéinie Pascal, et lui donne des nouvelles des allaires de Port Royal.

Gloire à Jésus au Très-Sain l-Sacrement!

22 octobre 1661.

Ma très-chère mère , J'aurois prié quelques-unes de nos sœurs de suppléer pour moi à la réponse que je dois à deux de vos lettres du 16 et du 29 d'août, si ce n'eût été l'espérance que j'avois de jour en jour de m'en acquitter moi-même, ne pouvant m'imaginer que je serois si longtemps sans pouvoir trouver le loisir; et cependant je vous puis assurer, ma chère mère, qu'il s'est toujours présenté des choses si pressantes, que je n'ai pu éviter de les prétérer à celle-ci, quoiqu'elle me tînt bien au cœur , ayant beaucoup d'inclination à vous remercier très-humblement, comme je fais, de vous être jointe à nous avec tant de charité pour pleurer ensemble la perte inconcevable que nous avons faite de notre chère mère, dont le temps peut avoir diminué la douleur sensible, mais non pas celle qui nous demeurera toujours dans le fond du cœur , de n'avoir plus avec nous une personne qui étoit le principal appui que nous eussions en la terre.

Depuis cette privation, qui tiendra toujours le premier lieu de toutes, nous avons fait une seconde perle qui nous a beaucoup affligées, c'est la mort de ma chère sœur de Sainte-Euphémie, qui étoit sous-prieure et maîtresse des novices à Port-Royal-des-Champs, et que nous regardions comme une personne qui devoit quelque jour remplir les premières places. Nous avons eu en même temps la peur de perdre la mère prieure, qui est ma sœur Marie de Sainte-Madeleine, et nous ne sommes pas encore hors d'appréhension que la grande

CCCLWllI.- A LA MKUE IlÉ.NtE DE SAIM-1'ALL. 17

maladie qui lui a commencé il y a trois mois, et dans laquelle elle est retombée depuis six semaines, nel'emporle enfin. Jugez après cela, ma chère sœur, où nous en serions, et le besoin que nous avons que Uieunous regarde en sa miséricorde, comme je vous supplie Irès-luimblement de lui demander. Je fais en toute humilité mes excuses à la révérende mère prieure de ce que je ne me donne pas Thonneur de lui écrire pour recommander à ses prières celte chère défunte, et encore une seconde qui est morte huit jours a|)rès, qui étoit une sœur converse, la plus parfaite, connue je crois, danscette condition; c'est ma so'ur Marie-Geneviève ', (|ue vous n'avez peut-être pas vue, ayant presque toujours été à Port-Uoyal-des-Champs.

La révérende mère, qui verra celte lettre devant vous, la regardera, s'il lui plaît, conmie si elle s'adressoità elle-même, et y recevra les assurances de mes très-humbles respects et du désir que j'ai que sa charité se souvienne de moi devant Hieu. Je lui otîre une petite croix qui est faite de celle (|ue feu notre mère portoit sur son scapulaire; il y en a aussi une pour vous, pour satisfaire votre dévotion d'avoir quelque chose qui ail été à elle.

J'envoie aussi la lettre (jue nous avons écrite au roi dès le commencement de nos atl'aires , (pii n'a point eu d'autre succès, sinon (ju'on nous a traitées de|)uis pliisecclésiaslitjuement, en nous envoyant messieurs les grands-vicaires, à la place de M. le lieutenant civil. La visite a été commencée en ce monastère le 1-2 juillet et poursuivie dans toutes les deux maisons jus- (|u'au-2 deseptembrcqu'elletut coiicIikî.Lcs messieuis(|ui l'ont faite eu ont témoigné une entière satistaction qu ils ont dessein de faire connoître a la cour, et d'obtenir pom- nous le rétablissement de tout ce (jui a été renveisé, je veux dire le retour de nos lilles. Maispoui- ce (|ui est d<; nos confesseurs et de M. Singlin, notre supérieur, ce n'est pas une chose à espérer si tôt, et Dieu veut nous faire acheter cette grâce avec plus de larmes et de gémisscmens (pie nous n'en avons encore eus l)Our ce regard ; (|iioi(|uerou devroitèlreconvaincu du fruit de

• ' Marie de Saiiilr-Gciieviève Riclier, profes>c coiiverfcC, niurle le t i oclobre.

^8 LEllKES 1)K LA MÈRE AGNÈS.

leur bonne conduite par la paix et runion de la communauté^ qui a été admirée par ceux qui l'ont connue par l'examen trèsexact qu'ils ont fait à la visite, et qu'ils ont témoigné en disant que nous n'avions qu'à conserver l'union que nous avions toutes ensemble, que c'éloit notre trésor et notre force, et qu'avec cela rien ne nous pourroit nuire.

Voilà, ma cbère mère, un abrégé de l'état où nous sommes, dont vous savez des particularités que je ne vous aurois pas dites, quoiqu'elles soient assez remarquables, je veux dire des portes que l'on a fait murer, ce qui fait paroître d'étranges soupçons. Tout ce qui nous im|)orte davantage, c'est de faire l'usage que Dieu nous demande de toutes ces épreuves. Aous avons besoin pour cela d'une assistance particulière de la grâce, que je vous supplie très-humblement de lui demander pour nous, ou plutôt de continuer de le faire, étant assurée que vous avez eu la bouté de n'y pas manquer depuis le temps que nous sommes dans l'affliction; ce que je désire reconnoître par la même voie, en priant Dieu qu'il vous comble de ses bénédictions, et toute la maison sainte où vous êtes.

Je demeure, ma très-chère mère, votre très-humble et trèsobéissante servante en Jésus-Christ.

Sœur Catherine- Agkès de Saikt-Pall, Rs^ indigne.

CCCLXXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Elle lui dit la réponse que M. Le Tellier avait faite à M. le doyen, qui l'avait prié de s'employer auprès du roi pour obtenir le rétablissement de Port-Royal.

Ce 6 novembre 4 661.

Je suis, ma très-chère mère, dans une extrême honte de ne répondre à l'une de vos lettres qu'après en avoir reçu une seconde, et encore que ce soit dans un temps où l'honneur que vous me faites de m'écrire soit plus considérable, étant encore toute malade, pendant que je me porte bien, si ce n'est qu'on puisse appeler maladie une multitude d'affaires et de soins à quoi je ne suis pas capable de satisfaire, en y joignant de plus une attente d(i maux qui nous sont prophétisés par la réponse que M. le doyen a reçue de la cour, où il avoit rendu compte

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