CCCI.XXIV. — A MADAME DE lOlX
de la visité (jifil avoit faite, et cicniaiidé le rétablissement que le roi avoil promis, quand ils auroient pris connoissance de la maison. M. Le Tellier. à (|ni il sY'loil adressé, lui mande (ju'il a représenté an r(»i tont ce cjuil lui avoit écrit, maisijiie Sa Majesté ne vent pas présentement prendre de résolution, qu'il la dilTère jusqu'à un autre temps ' . Voilà le texte, et il me semble (jue la {jlose est aisée à faire, et que cela si^Miilie qu'on médite quelcpie nouveau dessein contre nous. Avant celte lettre, le bruit éloit tout couunun qu'on nous rendroit nos filles, ce i\m donna une grande alarme à {|uelqucs docteurs (jui s'assemblèrent jioin- aviser comment ils empeclieioient un si grand mal, que tout éloit perdu si celaarrivoit, que Port-Koyal seroit plus {.'lorieux que jamais, que les portes ne seroient pas assez grandes pour recevoir des filles, et ipie tout leur tiavail ne serviroit de rien. Mais ils se trompent, car Dieu considère les bonnes et les mauvaises volontés des lionnncs, et comme il récompense (\u bien (ju'ou a voulu faire, encore (prou n'ait pu lexéculei', de même, il punit du mal cpion n'a pas lait, (|uand on a été tout disposé a le faire et (pi'il n'y a eu (jue l'occasion (pii a mantiné.
Je ne sais si je dois regretter le péril oîi est celle chère parente, puisqu'elle est si bien disposée pour aller à Dieu. Elle auroit pu servir la religion, mais il y a toujours du hasard ipi'on ne se fasse tort a soi-même. Le plus sûr dans toutes les choses (pii arrivent, c'est de laisser faire Dieu, autant par volonté ipie par nécessité, dans la créance (juil ne fait rien que pour le mieux, (|uoi(|u'il nous j)aroisse ({uelipiefois le contraire.
Vous ne pouvez pas douter, ma tres-ciière mère, de la pitié (|ue j'ai de vous voir privée d'un confesseur à qui vous avez cuiiliance, (piand ce ne seroit (|ue pour vous rendre la pareille du ressentiment (jue vous avez eu |)our nous dans leloignemenldes nôtres, qui ne sera pas pour un peu de temps, comme il \ a apparence. Nous nous préparons au changement (jjie NOUS marquez, (pie nous croyons bien qui ne sera pas avantageux. Toutes choses nous menacent, et rien ne nous soutient
• Voyei Hi»t. des Perséc, cli. xxvi.
20 LETTUES DE LA MKHE A(;NKS.
que l'espérance de la vie éternelle qiieNotre-Seigneur proniet à ceux qui portent la croix après lui. Toutes les prières que votre charité fait pour nous nous en obtiendront la grâce, étant du nombre de celles que Dieu exauce toujours, parce que c'est la cbarité qui les anime.
CCCLXXV.— A la sœur Marie-Charlotte de Sainte-Claire Arnauld d'Andilly, à Port-Royal-des-Champs.
Sur rulililé des u(nictioiis.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
28 novembre 1661 .
Il n'y a point de doute, ma très-chère sœur, (pie la souffrance où nous sommes ne nous serve devant Dieu, puisqu'il nous fait la grâce de l'accepter et de vouloir bien qu'elle arrive connue une suite des saintes instructions que nous avons reçues, qui doivent parler leur fruit par la palience, comme Notre-Seigneur le dit en l'Evangile ; et je crois que l'on peut dire des afflictions comme de la charité, quelles couvrent les péchés, ayant le même privilège quand elles sont accompagnées de l'amour de Dieu, qui se fait reconnoître par la soumission qu'on lui rend en les voulant bien soufïk'ir. Je crois donc, ma très-chère sœur, (jue vos fêtes vous auront plus sanctifiée cette année qu'elles- n'ont point encore fait. Ce n'est pas qu'il ne faille joindre ensemble le souvenir de ses infidéhtés passées, avec la confiance que nous devons avoir dans les marques que Dieu nous donne présentement de sa miséricorde. Son Esprit- Saint peut accorder tous les deux ensemble; mais notre propre esprit est si foible qu'il n'est pas capable d'y apporter le tempérament; c'est pourquoi il faut suivre Dieu et s'appliquer entièrement à ce qu'il nous présente, en oubliant en quelque façon nos misères, pour espérer qu'elles n'empêcheront point les effets de sa bonté qui nous châtie comme ses enfans qu'il veut corriger, mais non pas perdre. C'est en cette qualité d'enfant qu'il nous dit dans l'Evangile : Quatid les sujets de crainte et d'angoisse arriveront, levez vos tètes, car votre rédemption approche. Et comme le Fils de Dieu a choisi
CCCLXXM. — A M. ARNALLD. 21
la même voie des souffrances pour nous racheler, nous sommes obligées de la croire la meilleure et la jthis propre pour nous apiilicpier le fruit de sa mort et de sa croix.
Ne diuiiiiutz rien, ma clière sœur, à la i)réparation tic cœur où vous devez être de tout offrir à Dieu. Sa providence a disposé votre éloignement de nous, jjourlui rendre votre sacriffce l»lus agréable à mesure (juil sera plus volontaire. Vous savez que Dieu remplit tous les vides, et ra\;inlage cpiil y a de se dépouiller d'une créature |>our se rwclir de Jésus-Christ, comme saint Paul nous oidoime de l'aire. Notre-Seigneur dit ()ue Ions les rhcveu.r de notre tète sont coniplés, (|ui signifient nos affections et tous les mouvemens de notre cœur; il n"a doue garde de mettre en oubli ce que vous ressentez dans notre sé|)aration, (jue vous devez tàcber d'oublier pour vous souvenir de sa double présence, la |»reinière jiar la grâce (\n'\ï donne à tous ceux qui sont à lui, et la seconde par ralUiction (|ui l'apiiroclie si [larliculièrement i\c< âmes (pii Tinvocjnent dans cet étal. Fortiliuns-nous, ma très-cbère sœur, de la promesse (ju'il nous fail, (ju/V a plu à son Père de donner le royaume à uu petit Iroujieau, ^\u[ ne veut point d'autre pasteur que lui, qui a |)lulôt souffert (ju'on lui ôlât la vie (jue de permettre (|u"on lui ravit une seule de ses brebis qu'il tient dans sa maifi, connue vous dites, et en cette main dans lai|uelle nous devons riicltre toutes nos aventures.
Prions toujours l'une pour l'autre, ma Irès-cliére sœ'ur, a\ec une véritable union d'esprit, sans donner lieu aux atlendii— seniens de la nature, ipiiesl un principe d'all'uiblissemeut.
CCCLXXVI.-A M Arnauld.
Kilt' lui ox[)ose li- Innlilc des religieuses de I'orl-iloy;il el leurs :i|i|in'heiisions un aiijcl de la signaUire du second iii:iii(]eii!eiil sur le l'ormulaire *.
2 dtcctnbrc lOCil ,
Sans attendre la réponse de la lettre (pie ma scpim' ( Angéli(pie
' A la fin d'ocUthre KlOl , les grands-vicaires de Paris ayant élé conUainls de révoquer leur premier mandement, ils en lirenl un second pour e>ii;er
de Sainl-Jcan) vous écrit, je vous dirai, Monsieur, que d'heure en heure il vient des sœurs à nous, nous conjurer pour l'amour de Dieu de vouloir changer la tête qu'elles ont signée, ou autrement qu'elles effaceront leur nom; et moi qui me trouvois portée dès le commencement à ne faire aucune induction à personne, ne trouvant pas assez de fondement pour assurer celles qui trouveroient de si grandes difficultés, je me suis trouvée obligée de leur promettre qu'on mettroit leur conscience en repos, ce qui ne se peut faire, tandis qu'on parlera de ce qui est porté par le mandement. C'est pourquoi. Monsieur, je vou^ prie de souffrir encore l'imporlunité que nous vous faisons de considérer cette nouvelle tète qui a été faite à l'instar de celle de N., et qui nous semble beaucoup plus simple, plus claire et plus sûre que la nôtre, et qui calmera res[)rit de toutes nos sœurs. Nous avons su que ce qu'on a fait au Val-de-Grâce, qui est sans doute quelque chose de pareil, a été bien reçu; et quoiqu'il ne s'ensuive pas qu'on nous fasse de même, parce qu'on cherche des prétextes pour nous opprimer, il y a tout sujet de croire qu'on ne fera pas plus pour celui-ci qui met notre conscience au large, au lieu qu'elle étoit fort gênée dans l'autre. Quoi qu'il en soit, il nous est impossible de nous servir de la première signature, et il n'y a que deux partis à prendre, ou de ne signer point du tout, ou de signer ce que nous vous envoyons, quand vous aurez jugé qu'il n'y a point de terme à changer. Je vous demande trèshumblement pardon de parler si absolument, ce que je fais, ce me semble, sans présomption, mais dans un tremblement
]a signature pure et simple du formulaire. Le 20 novembre, xxiv* dimanche après la Pentecôte, on tit à Port-Royal la lecture de ce second mandement. La mère Agnès exposa ensuite à ses religieuses les raisons de ne pas signer, et les suites que pouvait avoir ce refus ; après cet exposé, elle leur laissa la liberté de faire ce que leur conscience leur dicterait. Elle tit écrire plusieurs fois par la sœur Angélique de Saint-Jean pour consulter sur les difficultés que les religieuses éprouvaient. Le '28 novembre, elles signèrent ce second mandement des grands-vicaires, avec une télé qui expliquait leiy: signature. .Mais comme le trouble des sœurs augmentait, et que quelquesunes ne pouvaient se résoudre à signer, la mère Agnès fit écrire le 2 décembre, et elle écrivit encore elle-même ce même jour à M. Arnauld pour le consulter. (Voyez Hist. des Perséc. ch. xxix, xx.x et xxxi, el Histoire de Porl-Royal (D. Cfémencet), t. IV, p. 192.)
r.CCLXXMI. — A M. AUNAILD. 53
extrême«de tomber dans l'ignorance que vous condamnez, ((ni est celle des colombes, qui n'ont point de cœur.
CCCLXXVII.— A M. Arnauld.
Elle le remercie de sa réponse à la lettre qu'elle lui avait fait écrire touchant leurs difficultés.
3 décembre 1601 .
Je suis demeurée pleinement satisfaite, Monsieur, de la réponse que vous files liierà ma sœur (Anjj^élitjue de Saint-Jean) avpc tant d'exactitude et de bonté, (jtie je suis demeurée dans la confusion de la lettre (jue je votis fis liier avec une grande j»récipilalion, ne pensant jias (jnece i\uo vous deviez répondre put apaiser mon esprit, (|ui ctoit dans une jieine extrême, croyant (|ue ce que nous avions fait engayroit notre conscience, et (|u'on ne le jiourroit diMciulre (jue par dessid)tilités dont les gens de bien ne se contenteroient [>as, et (ju'ainsi nous ferions un grand scandale. Vous avez dissipé ces troubles, et je me trouve sans ré|)li(pie. Nous voici arrivées à la crise de notre mal'; Dieu veuille (ju'elle soit poiu' la santé de nos âmes, y ayant grande apparence (|ue ce qui est temporel empirera beaucoup.
CCCLXXVIII.— A Madame la marquise de Sablé.
Elle l'assure de la part qu'elle prend à sa douleur dans la |)crti' de sou dl'^, Urljain de Laval, seigneur de Bois-Daupliin, mort le (i liécembro ICIil .
Gloire à Jésus au Tiès-Sdint-Sacremenl !
( Vers le \0 drcmbre l 'id .)
Qui ne seroit troublé , ma très-cbère sa'ur, diiu accident si «otidaiiiet (piienfeiMue des circonstances si |iarliculières, (piidevroicnl sans doute faire l'eUet dont vous parlez, envers toulis
• Le samedi .3 décembre ou porta la sij;nature à .M. le doveu, qui t>'nioi- ^na eu être satisfait; mais il «lit (|ue la courue le serait pas. Cepeudanl les r< li^ii'uses de l'urt-Hoyal se disposèrent à lout soullrir plutôt (|ue de rien faire (|ui put hiesser leur conscience. (//i.s/. dct l'irsrc, cli. wxiii.j
'2i LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
les personnes que cet exemple regarde de si près ! yous en recueillez le fruit la [)reinière, ma très-chère sœur, en tirant une conclusion si salutaire de ne désirer plus autre chose qu'une sainte {)réi)aralion à la mort. Vous ne sauriez mieux conunencer qu'eu faisant un sacrifice à Dieu (jui vous coûte tant, et que vous ne sauriez lui offrir sans vous y joindre vousmême, puisqu'il comprend une partie de vous. Il y a une consolation particulière à prendre pour ceux qui meurent dans l'Eglise, puisqu'on i)eut toujours espérer pour eux, étant soitis du monde par la même porte par où le baptême les avoit fait entrer.
Que ne vous pouvons-nous tenir ici, ma très- chère sœur, pour être toujours auprès de vous pour vous témoigner par des effets et non par des paroles ce que nous souffrons de votre douleur! Ne meltezdoncpas, s'il vous plaît, en doute que nous ne soyons dans la dis|)Osition de vous tenir la |)arole que nous vous avons dontiée, si on nous laisse la liberté de l'exécuter. Nous verrons bientôt de quelle manière on recevra notre signature ^ Ma sœur Angélique vous en mande le particulier, mais je vous supplie très-humblement que ce soit pour vous seule. Nous faisons servir pour toutes choses la peine que nous pouvons avoir du succès de nos affaires; je l'offre à Dieu, ma très-chère sœur, pour lui demander qu'il soit votre consolation dans votre perte, et qu'il reçoive dans le sein de sa miséricorde celui qu'il vous ôte.
GCCLXXIX.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Elle lui annonce qu'elle n'est plus abbesse de Port-Royal, et que la mère Madeleine de Sainte-Agnès de Ligny a été élue à sa place.
1 4 décembre i 661 .
Ne vous y méprenez plus, ma très-chère mère, en écrivant à l'abbesse de Port-Royal, puisque ce ne sera pas votre intention de vous adresser à une personne qui vous est inconnue , mais à la mère Agnès de Saint-Paul, qui sera plus que jamais
' Du second mandement des grands-vlcaires du cardinal de Relz.
CCr.LXXX.— A lA Ml.UK M \RIF.-nOR0THÉE DE L INCARNATIdN. -2^
votre très-humble et très-obéissante servante. Cette énigme est bien aisée à comprendre, puisque nous étions à la fin de noire triennat, ce (jui nous a oblitîées de faire une nouvelle élection, dans la(|uelle nous avons choisi une excellente fille qui étoit notre |»rieurej et qui s'appelle Madeleine de Sainte-Agnès de Ligny '. Mais j'ai à vous assurer que cette nouvellt; abbesse ne veut point être la mienne, et qu'elle me laisse tellement dans moi-même , que je ne pourrai rentrer dans le ventre de n)a mère; ce qui veut dire que les lettres que vous me ferez Ihouneur de m'écrire tomberont toujours dans mes mains et celles de ma secrétaire, de même que celles que nous vous écrivons iront inunédialement aux vôtres.
Je ne sais si ce changement ne sera point l'image d'un autre qui vous donnera itlus de peine s'il arrive que non pas celuici, que je désire (jui vous réjouisse, pour l'avantage qu'y trouve une personne de qui vous désirez tant la satisfaction, comme je désire celle de ma très-chère mère, dans les choses les plus saintes et les plus utiles à son salut.
CCCLXXX. — A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal de Paris -.
On Tavail envoyée à Purt-H(iy;il-dt's('.liami»s à cause de la maladie de la mère Marie de Sainle-Madeleine du Fargis, qui en élan prieure.
i 9 décembre < 66 1 .
Je ne vous dirai (pi'un petit mot, ma très-chère mère, qui est (|ue la charité de Jésus-Chiist me presse de vous aimer de y)lus eu |>Ius, parce i\ue vous l'aimez, et (|ue j'ai connu par cette dernière action que vous le craignez véritablement de cette crainte rjui est précédée de la charité, et qui la rend encore plus i>ure [)arce qu'elle a surmonté tout ce qu'elle a cru qui pouvoit dé|)laire a Dieu, qu'il est bien aisé d'aimer quand il n'y a point d'ennemis (|ui nous en empêchent, mais (lu'il est dillicilc de [»rélérer à des choses (ju'on croit si justes
' Ceue élection se fil le 12 déceniltre. * Dfpuis le 1 l déceiniire l(i(',1.
fî(i LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
et si nécessaires pour aller à lui. Et y avoit-ii rien de plus juste et de plusdiyne du Verbe de Dieu que de demeurer dans le sein de son Père? et cependant il en est sorti en quelque façon pour prendre noire nature avec des rabaisseniens incom|)réliensibles. Que vous êtes heureuse, ma chère, de ce qu'il vous fait goûter quelquefois ces vérités d'une manière qui vous emporte et qui vous oblige de lui tout donner ce qu'il demande de vous, comme je me sens obligée ensuile d'être plus liée à voire âme que je n'ai jamais été.
CCCLXXXL— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
La reconnaissance attire de nouvelles grâces de Dieu. — Désuiléressement qu'il faut avoir dans la réception des fllles.
{Vers la fin de 1661 .)
Je ne croirois jamais, ma très-chère mère, qu'il pût être vrai que mes lettres vous apportassent de la consolation spirituelle si vous ne me le disiez. Car pour vous donner extérieurement de la satisfaction, je le crois aisément, sachant que la bonté que vous avez pour les personnes que vous daignez aimer vous rend agréable tout ce (jui vient d'elles. Que si le premier effet que vous me marquez est si inconnu, il sera bien plus vrai que vous recevez plusieurs grâces de Dieu que vous ne connoissez pas, et qu'encore qu'il faille toujours aspirer à celles qu'on n'a pas encore, ce seroit néanmoins les lui demander mal et d'une façon qui ne mériteroit pas d'être exaucée, si l'on ne commencoit par l'action de grâces de ce qu'on a déjà reçu, n'y ayant rien qui plaise plus à Dieu que cette reconnoissance, ni qui attire davantage de nouvelles faveurs, selon ce qu'il dit dans l'Evangile, qu'il donnera à celui qui a déjà, c'est-à-dire, à celui (jui n'est point ingrat de ce qu'on lui a déjà donné, et qu'il ôlera à celui qui na rien. parce qu'il est méconnoissant de ce qu'il possède. Cela n'empêche pas, ma très-chère mère, qu'on ne reconnoisse sa misère et son indigence ; comme un pauvre ne laisse [>as de demander, encore qu'on lui ait déjà fait l'aumône, mais il demande avec confiance à celui de qui il l'a reçue, et il lui
CrCLXXXl. — A MADAME DE FOIX. "27
allègue la libéralité dont il a usé envers lui comme un molit de lui en faire une nouvelle; et cependant ce nVst pas une chose assurée qu'une personne riche soit touchée de celte raison ; au contraire bien souvent on reproche aux pauvres le bfen qu'on leur a fait, et l'on prend de là sujet de ne leur en plus faire, encore que leur besoin ne soit pas moindre (ju'il l'étoit auparavant. Mais Dieu ne se plaint jamais de ce (pi'on lui demande, parce qu'il se plaît à donner, pourvu (ju'on estime ses bienfaits, et qu'on l'en remercie autant qu'il le mérite, parce qu'il ne peut pas u'èlre point jaloux «le sa gloire qui exige de nous des reconnoissances continuelles, après quoi il est permis de lui demander toujours davanlage, puisque ses dons ne iieuvenl être é|)uisés.
Je ne suis pas à désirer (pie Dieu donne à vutie maison des secours temporels autant qu'il est besoin pour y maintenir l'esprit de Dieu ; mais je n'ai osé désirer (|ue ce fût |)ar le moyeu dequehiue fille riche, parce (|u'il est toujours à ci'aiudre qu'on examine moms leur vocation que celle des autres, et qu'ainsi on lui vende à trop bon marché la grâce de la relij:ion, qui ne se peut acheter avec tous les biens du monde, et (pie de pauvres tilles, (pii (jnt la vertu (|u'il faut, méritent de recevoii*. Dieu nous en a ôté de qui les parents auroient donné beaucoup; mais nous n'y avons point de regret, n'étant pas des sujets extraordinaires, mais seulement du commun, et que nous eussions eu peur (pii n'eussent tiré de l'avantage de ce (ju'on aurait donné en h.'ur considération ; et pour preuve que le bien fait plus de tort (|ue de prolîl, nous n'aurions jamais osé proposer aux parents de vous en donner de celleslà, parce (ju'ils se seroient offensés qu'on leur eût seuleuK ut parlé de les éloigner d'eux. Il faut, ma tres-chère mère, relever votre espérance en Dieu, en ne la faisant i»oinl dépendre de cette sorte de secours dans lequel la plupart des religions mettent leur conliance, puis(jue Dieu a une inliiiilé de moyens [lour vous tirer de la nécessité où vous êtes, sans se servir de celui-là (jui est si dangereux et (|iji |iorte avec soi plus de malheur (pu; de bénédiction, ayant été dans tous les .«siècles si expressém(Mil (b'feiidti par TK^lise de rien exiger de celles (|u'on reçoit. Mais cela est lellemcul oublié (|u'ou n'en
fait plus aucun scrupule, encore que les conciles appellent simonie les pactions que l'on fait en de telles occasions.
Je n'aurois pas pensé, ma très-chère mère, à vous i)arler de cela, s'il n'étoit venu à jjropos ; mais je suis bien aise de l'avoir fait, croyant que vous n'avez peut-être jamais entendu parler de ces défeuses de l'Eglise, de quoi nous ne savions rien que depuis peu d'années, encore que Dieu ait fait la grâce à feu notre mère ' de la prévenir sur ce point, en sorte quelle n'a jamais eu égard, pour recevoir une fille, si elle avoit du bien ou non. Je me tiens toutassurée, ma très-chère mère, que la liberté que je prends de vous dire tout ceci, ne vous sera point désagréable, puisque vous aimez la vérité en toutes choses. C'en est une très-constante que je serai toujours, avec tout le resj)ect possible, ma très-chère mère, entièrement à vous.
CCCLXXXII.— A Madame la marquise de Sablé.
Elle lui renouvelle ses souhaits, et lui témoigne ses dispositions à l'égard des persécutions dont on les menaçait.
ler janvier 1662.
Si je pouvois avoir de plus grands souhaits pour votre âme, ma très-chère sœur, que ceux que j'ai eus les autres années, je les voudrois redoubler en celle-ci pour anticiper tout ce que je devrois faire dans les années où je n'en aurai peut-être pas le moyen. Je demande à Dieu qu'il grave dans votre cœur et dans le mien le désir et l'amour des années éternelles, afin que le bonheur de celles-là couvre les ennuis et les peines de celles que nous devons passer en la terre. C'est dans ce saint jour que Dieu m'a rendue fidèle en me faisant chrétienne. Que si ma foi s'étoit fortifiée à proportion de mon âge, elle ne pourroil être ébranlée par aucim événcuiient. Vous savez, ma très-chère sœur, ceux qui nous menacent; et vous nous plaignez en même temps avec grande raison dans la vue de notre foiblesse. Mais s'il plaît à Dieu d'èlre pour nous et avec nous, ne serez-vous pas bien aise que nous ayons l'honneur et
* La mère Angélique.
CCCLXXXIIl. — A LA MERE MAUIE-DOUO l HEK l>E I. INCAUNAl l(i>. 'i'J
la grâce de suivre Jésus-Christ dans ses liimiilialions et ses soulTrances, puisque les siennes doivent sanctifier les nôtres, et leur donner une fin aussi glorieuse qu'elles auront été pénibles "? Si vous aviez le i)Ouvoir de nous délivrer, et que nous honorant de votre amitié comme vous faites, vous prissiez néanmoins la résolution de nous laisser souffrir, ne devroiton pas conclure que vous y découvririez plus d'avantages pour nous, (|ue de nous procurer la [)aix ? C'est le raisonnement que nous devons faire au regard de la providence de Dieu, et qui nous oblige de regarder tout ce qui vient et arrivera, comme des suites du choix (ju'il aura fait de ce (jui nous est plus utile.
Mais il vous faut réjouir d'une autre part, ma très-chère sœur, de ce qu'un Sauveur se présente à vous, qiii entre déjà en payement du [)ri\ de votre salut. Nous aurions sujet d'aller à lui a>ec cuuliauce, si nous avions poui- lui l'amour qui est dû à une charité infinie comme esila sienne. Il a misée feu sacré dans le cn-urde la sainte Vierge, et il veut (|ue nous passions vers elle pour nous eullammer, celle divine .Mei"e étant si rem|)lie de grâces, qu'elle en répand sur tous ceux qui rapprochent; et il n'y a point à craindre (jue son sein soit trop étroit pour nous y recevoir, puisqu'il a pu contenir celui (jui enferme toutes choses. Ce sont les bénédictious du Fils et de la Mère que je vous souhaite avec autant d'ardeur (jue je désire d'élre toute ma vie.
Votre très-obéissanle servante.
CCCLXXXIIl— A la mère Marie-Dorotliée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal de Paris, qui était alors à P. R. -des Champs.
La vie de Ions les justes osl iiiélanyoe de joie el de liislesse : les jours que nous passons diiis la douleur nous sont les plus salutaires.
G janvier 1662.
Si la grâce (pie Dieu doniui (|uelqu('fois, ma très-chère mère, éloil toujours |>réseute, il seroit bien aisé, comme dit saint l*aul; de se glorilier dans lesaffliclions , n'y ayant rien (pie la foi approuve davantage (|ue de se voir dans la conformité avec Jésus. Mais il arrive souvent (|ue cette lumière s'obscurcit el
nous laisse dans les angoisses, ce qui nous fait trouver infiniment plus pénible ce qui nous étoit ai^réable auparavant, non pas d'un agrément sensible, mais au moins d'une paix d'esprit qui vaut mieux que toutes les autres consolations. Et il a plu à Dieu, comme nous le disons dans notre office, que la vie de tous les justes, et celle de Jésus-Christ même, selon l'apparence seulement puisqu'il étoit immuable en son état divin, fût mélang^ée de ces deux états différents de joie et de tristesse, comme les mystères de sa vie le marquent. Je vous dirai, ma trèschère mère, que j'en parle i)ar expérience ; et quoique l'usage que j'en fais soit très-imparfait, je ne laisse pas de me trouver obligée de dire que les jours (jue je passe dans la douleur, me sont plus salutaires (jue ceux où mon esprit est plus ouvert pour goûter les vérités qui font comprendre le besoin qu'on a de vivre dans rafflicliou et la privation de toutes les choses dans lesciuelles les sens trouvent du repos. Les bruits mêmes qui courent de nos afi'aires sont fort différents; il y a des jours qu'on ne parle que de ravages terribles, et d'autres jours ils sont fort modérés. La dernière des menaces qu'on nous fait n'est pas fort à craindre, puisque c'est...* Jugez, ma chère, si cela ne seroit pas bien doux; mais c'est une de nos pratiques de n'ajouter point de foi à tout ce qu'on nous dit, croyant qu'il n'y a rien si incertain ({ue le jugement que l'on fera de nous.
Dieu m'oblige par le sort qui m'est venu de lui offrir un cœur vide; c'est à (juoi je veux travailler, dans l'espérance qu'en ne faisant qu'attendre les effets de sa volonté, je trouverai le remède à toutes les inquiétudes qui tourmentent notre cœur par la dissipation de tant de pensées qui nous agitent. Quel bonheur nous seroit-ce, ma chère mère, si nous pouvions concevoir l'avantage que nous avons d'oser nous joindre à l'adoration des saints rois qui ne se sont pas présentés devant le Fils de Dieu les mains vides! au lieu que nous l'avons fait le plus souvent, toutes nos œuvres de justice ou de miséricorde étant semblables, comme parle l'Écriture, à la nuée du matin, ou à la rosée qui ne fait que passer, ce (jui n'est pas de même
' Cela est en chiffres que je ne sais plus. (Note du manuscril.)
CCCLXXXiV. — A MADAME DE KMX. 3l
des souffrances qui ont de la solidité et de la réalité, parce (jue notre amour-propre ne les gâte point.
Je n'ai eu aucune i)eine à lire votre lettre; elle étoit si bien écrite rpie je Ji'ai point eu besoin de luncllos. Je lai mise au feu après l'avoir lue et relue, afin qu'elle fût consumée en toute manière, sans qu'il en restât rien que ce que je dois en conserver dans mon cœur.
CCCLXXXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur lo miracle opéré sur la sa-ur Catherine de Sainle-Suzanne Champagne, religieuse de I^url-Royal.
8 janvier IG(i2.
Puisqu'il y a déjà longtemps, ma très-chère mère, que vous n'apprenez de nous que des choses qui aftligent votre cœur, jtarce qu'il est tout rempli de bonlé [lour ce (pii nous regarde, il est juste que je vous apprenne une nouvelle qui vous donnera de la joi<;. Je vous dirai donc (ju'il y a (jualorze mois passés qu'une de nos sœurs ' étoit réduite a ne pouvoir du tout se soutenir sur ses pieds, ce (jui lui a fait passer une partie de ce temps au lil, ou bien dans une chaise où elle ne pouvoit se tenir qu'en ayant une de ses jambes haute, qui étoit celle sur la(|uelle elle ne pouvoit en tout se soutenir, de sorte (jue l'autre lui étoit pre5(|iie iiuitile (pioi(|iielle n'y eût pas de douleur ni d'impuissance d'être dessus. Les médecins n'appeloient pas ce mal une paralysie, parce qu'elle sentoil grande douleur à celle jaudje, ce (pii lient plutôt du rhumatisme. Depuis ces (juatorze mois, il l'a toujours fallu portei' a l'église ou au parloir, ce que l'on (il encore le jour des Hois; elle l'ut plus mal ce jour-la que de coutume, à cause (ju'clle voidut (ju'on la menât aussi a Vêpres, tellement ({u'elle deineiuvi si fatiguée (lu'elle passa pres(|ue toute la nuit sans dormir. Le malin elle se lit lever pour se mettre dans sa cliaise, où étant demeurée iseule
' La Mi-ur C.aùierine de .Saiiile-Su/.aiino Clianipagne. Née en lO.Ki, elle prit riiahil de novice à Porl-Hdval le S aoùl Kiifi, cl (il profession le 11 «•«lolire iiuû. Kllc fui nuétie miranileus«'nieiil le 7 janvier 1062. Elle est niorle le <(> mars KiKI), àgéu de i'.l ans el demi.
32 LEllHES DK LA M1:KE AGNES.
pendant la grand'messe, elle eut pensée de se lever, ayant dans l'esprit que Dieu la voudroit peut-être guérir ensuite d'une neuvaine qu'on avoit achevée le jour d'auparavant à son intenlion. Elle marcha donc dans sa chambre et se mita genoux à l'élévation de la messe, ce qu'elle ne pouvoit du tout faire depuis son mal, non pas même en communiant. La messe achevée, elle me vint trouver à notre chambre, où je demeurai autant siu'prise que vous le pouvez croire. Nous allâmes ensemble entendre la messe où elle lit toutes les cérémonies; et pour faire une action de grâces à Dieu plus authentique, nous allâmes à la crèche ', où je ne la menai pas, mais ce fut elle qui me conduisit, en me donnant la main comme l'on fait toujours quand il faut monter ou descendre. Toutes les sœurs s'étant trouvées au chœur pour y dire grâces au retour du réfectoire, elles chantèrent une prière daclion de grâces à Dieu avec un merveilleux étonnement. Ce qu'étant fait, notre malade guérie monta les quarante marches qu'elle avoit descendues sans en être hors d'haleine, et le reste du jour elle alla plusieurs fois au parloir pour des amis de la maison qui vouloient voir cette merveille. Aujourd'hui elle a été de son pied communier et s'est prosternée et relevée toute seule, selon notre coutume de le faire avant la communion ^
Demeurerez-vous pas d'accord, ma très-chère mère, que Dieu nous permet de croire, après un si grand effet de sa misé-
1 Pendant les quarante jours, depuis Noël jusqu'à la Purificaiion, on faisait tous les ans à Fort- Royal une représentation de la Crklw, dans l'une des ailes du chœur, où il y avait de grandes tigures de cire au naturel qui représentaient l'Enfant Jé^us, la sainte Vierge et saiui Joseph; et tous les jours on y allait après Vêpres, clianler un s;ilul, pour adorer ce mystère et invoquerla sainte Vierge par Tiiilercession de laquelle nous espérons avoir part aux grâces que Jésus-Christ nous apporte. (Voyez la lettre de la mère Angélique de Saint-Jean, rapportée par M. Besoigne, Histoire de Port- RoxjaL t. Il, p. 501.)
■ 2 Philippe Champagne, père de la sœur Catherine Suzanne, pour témoigner sa reconnaissance et conserver la n.émoire de ce miracle, til un grand tableau, qu'il donna à la maison, où il avait peint la mère Agnès et sa lille faisant la neuvaine. Ce tableau l'ut donné à M. le cardinal de Noailles, qui le demanda parce que c'était une très- belle pièce; il l'avait mis dans sa maison de Contl3ns.(J/eHiO)r('s dT/rcc/i/, t. 111, p. 2o'J, el Addition au Xécrologe.) Ce tableau est acliiellement au musée du Louvre, dans la grande galerie n" 83.
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ricorde qu'il est avec nous, et (jn'il veut aussi être pour nous. Que si ce n'est pas par une protection visible, nous ne pouvons douter (pr'il ne nous fortilie inlérieurenient dans tout ce qu'il lui jilaira qui nous arrive. Aidez-nous, je vous en sup|)lie trèshuuii)k'ment, à le remercier du nouveau courage (ju'il nous donue pour ne rieu taire qui lui r^oit désagréable.
C'est la fille miraculée qui me sert de secrétaire dans celleci, parce que ma sœur Angélique de Sainte-Tliérèse est au l>arloir. Elle se donnera l'honneur de vous écrire et vous enverra la tète de notre signature que tant de personnes nous J^res^eut de changer, pour nous délivrer des menaces qu'on nous lait, parce (jue nous n'obéissons pas aveuglément sans rien discerner sur ce que l'on nous ordonne. Une de nos sœurs, ayant i)ris pour une approbation de Dieu la merveille qu'il a faite, dit a linstant qu'il valoit mieux se laisser mettre en pièces que de changer ce qu'on avoit l'ait; de quoi toutes les autres sœurs sont demeurées d'accord.
CCCLXXXV.— A M. de Sévigné.
Au sujet des billets qu'elle lui avait envoyés, et sur l'évangile du dimanche dans l'octave de l'ÉpipLanie.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
{) janvier (niG2).
Pour VOUS ôter tout sujet de doute, je vous assurerai une troisième fois, mon cher frère, que c'est Dieu (jui envoie sa main d'en haut pour tirer les billels qui vous arrivent, et que ce n'est point une autre sœur que la votre qui vous les tire, a[très avoir invoi(ué Dieu alin ipie le sort vous soit heureux. Cela supposé, admirez tant qu'il vous plaira le rapport «ju'ils ont à votre disposition. La vérité est une, et de queltpie manière (pj'elle puisse être tigurée, on y trouve toujours de cpiui a|)pliquer à soi-même quand on est i»révenu du désir de pio- (iterde tout.
J'aïuois un remercîment à vous faire, si je ne troiivc»is |tlus juste de le changer en un reproche de nous a\oir voulu éblouir par l'éclat de voire vermeil doré, qui auroil été une
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bienséance à des personnes qni n'auroient pas résolu comme nous de renoncer aux assorlimens. Ce n'est pas que votre dévotion et votre charité ne méritent que je vous en rende grâces très-humbles, et que je ne sois édiliée de ce que votre ferveur n'est pas moindre dans l'église la moins ornée de Paris, que si elle étoil magnifique; en quoi votre étoile a eu de la conformité avec celle de Jésus-Christ, de s'être arrêtée sur un lieu petit et pauvre, pour nous obliger de récompenser celte petitesse de l'étendue de nos cœurs pour y recevoir le Fils de Dieu, qui n"a voulu être adoré que [)ar des âmes royales qui n'ont pas voulu rien admettre dans leur cœur qui lut audessous de celui qui remplit le ciel et la terre. J'espère que vous trouverez aujourd'hui Jésus-Christ dans ce petit temple, après l'avoir cherché plusieurs années, et qu'il ne vous dira \ms: Pourquoi me cherchez-vous, puisqu'il est lui-même l'auteur de cette recherche. Il ne parle pas aux néophytes comme aux âmes parfaites, approuvant dans les uns ce qu'il semble reprendre dans les autres par un mystère qui nous est inconnu. Je le supplie, mon cher frère, qu'en oubliant ce qui est dû à sa grandeur, qui ne devroit point avoir d'autre temple que le plus saint qui soit de toute la terre, il condescende par sa charité à demeurer avec vous et avec nous, comme dans la grotte de Bethléem ou dans la petite maison de Nazareth.
CCCLXXXVL— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes. Sur l'évaDgile du ii° dimanche après l'Épipliaiiie.
45 janvier '1662.
Je me veux donner l'honneur de vous écrire, ma très-chère mère, parce que je serois criminelle d'y manquer, voyant que votre bouté vous fait tant souhaiter de nos nouvelles; mais cette obéissance ne me donne pas pourtant de ({uoi vous entretenir, si je ne vous disque Notre-Seigneur fait aujourd'hui un miracle qui durera autant que l'Eglise, puisqu'il n'est que la ligure de celui qu'il luit tous les jours a l'autel, et d'un auU'e encore plus invisible et plus caché qui est le changement qu'il opère dans les cœurs, en changeant nos foiblesses en la vigueur
CCCLXXXVII. — A LA MÈRE MARIE-DOROTUÉE DE l'INCARNATION. 35
et en la force de sa grâce. Mais, ma très-chère mère, il faut auparavant que les urnes aient été remplies d'eau jusqu'au haut; c'est pourquoi il y a plusieurs mois qu'on nous en verse tous les jours, et je ne sais s il y eu a encore assez pour faire que Notre-Seigneur chan^^e l'eau de nosaitliclionsau vin de la paix et de la joie au Saint-Esprit ; au moins devons-nous espérer que cela arrivera quelque jour, et (ju'après avoir bu dans le torrent, nous relèverons la tète de notre es[)érance, que nous tenons encore baissée dans le doute si nous ne serons point submergées de tant de fléaux.
CCCLXXXVII.— Ala mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal de Paris, à P.-R.-des-Champs.
Au sujet de sa maladie. — .\fin que notre mort soit heureuse, il faut qu'elle soit précédée de plusieurs morts spirituelles.
18 janvier 1662.
Vous nous avez mis fort en peine, ma très-chère, par votre maladie, et nous respirâmes un peu hier au soir d'apprendre (pie vous éti<.'z mieux. Dieu veuille que cela continue, comme l'espèce de votre malle fait espérer, puisque quand les fluxions commencent à lâcher, c'est signe quelles ne passeront pas plus outre. Cependant, vous avez eu sujet de luire un sacriflce de votre vie et de toutes les circonstances pénibles (jui suivent l'état oîi nous sommes; (,'t puisque la mort ne peut être heureuse si elle n'est précédée de plusieurs sortes de morts myslicpies et spirituelles, c'est à quoi ces rencontres nous servent et découvrent le fond de notre cœur pour connoîlre s'il est l>nparéà donner tout à Dieu, sans en excepter les choses qui ^<iM|jlentles])lus nécessaires et les plus justes.
Il sendile (jue vous ayez guéri la mère prieure ' à vos dépens, et il faut aussi (pi'elle vous guérisse; mais je désire (jue ce soit Fans ([u'il lui en coule rien, et (pie vous ayez toutes deux de la snnté, non pas pour en être pltis à votre aise, mais pour souffrir d'autres maux qui servent aux autres aussi bien (pi'à
I La mère Marie de Sainte-Madeleine du Karj^is, t|ui avait été nialado à l'cxtrémilé.