XXV. — A LA MÈRE SINGLIN
OÙ nous devons tellement dépendre de ce mystère et porter l'image de cet homme nouveau, que nous ne suivions plus les mouvemens corrompus du vieil homme . et qu'au lieu de consulter ce que notre raison et notre inclination désirent, nous considérions ce que le Fils de Dieu a fait et l'exemple qu'il nous a donné de nous humilier, de nous rahaisser. de nous anéantir, d'entrer dans la iiénitence et la mortification qu'il a emhrassée dès sa naissance. Le délaissement où il se trouve en entiant au monde nous doit être une consolation quand on se trouve délaissé et destitué de secours et de conduite. Et de même (pie Noire-Seigneur, (|uoiqu'i 1 fût souvent abandonné des créatures, éloit toujours subsistant dans la divinité et en la compagnie du Père Kternel, comme il dit lui-même, que celui qui l' avait envoyé éloit avec lui et ne l'avoil point laissé seul ; de même une âme religieuse que Dieu appelle à cet état, comme vous avez sujet de croire, ma chère sœur, (pu; Dieu vous y a conduite, n'est jamais abandonnée de sa protection divine lorsqu'elle tâche à faire les choses (pii lui sont agréables, comme sont toutes les actions de la religion (|ue nous ne pouvons douter (|ui ne soient la volonté de Dieu à notre égard, ri celle volonté notre sanriifiralion, comme saint Paul nous en assure. Que si c'est une cIkjsc plus douce et plus satisfaisante de recevoir une conduite plus particulière (pii forme l'intérieuret ()ui fortilie l'àme en lui donnant secours dans ses besoins, ce n'est pas néanmoins toujours ce qui fait avancer davantage, puisqn'il y a danger (ju'ou ne se repose dans la cn-ature, au lieu d'aller à Dieu par une voie plus courte et plus sûre, (jui est celle de la foi, qui fait (|ue les âmes ne disent plus, je suis à Paul, et moi à Apollon, mais jr suia à Jésus-Christ (jui est notre voie, noire vérité et notre vie. C'est la être viaiment spirituelle, ma chère sœur, puis(|ue cens qui n'adhèrent qu'à Dieu sont un même esprit avec lui. Hue si sa divine majesté vous lait celte grâce, vos ténèbres se changeront eu lunueies; et au lieu que vous vous trouvez éloignée de Dieu, vous sentirez sa présence dans le fond de votre C(riu', «pii vous fera expérimenter retlcl de li promesse ([iiil nous fait dauslKcriture Sainte lors(ju'il dit : .{upnnivoitt (jue vous m'invoquiez, je dirai : .Me voiri.
Je VOUS assurerai, ma chère sœur, de la charité de notre bon père ; c'est lui qui a \oulu que je vous aie écrit pendant TAvent : que s'il vous pouvoit rendre quelque assistance, il le feroit avec joie. J'espère que Dieu, qui le feroit par lui, le fera encore mieux par soi-même, si vous le cherchez en simphcité de cœur, c'est-à-dire que vous ne cherchiez que lui et par luimême.
Je suis en son amour et celui de la sainte Vierge qui possède seule Jésus-Christ en la terre durant ce temps, etc.
XXVl— A
Réponse à une leUre pour autoriser le pouvoir que nos constitutions donnent à Tabbesse. (Titre du manuscrit.)
Je n'aurois eu garde de juger, ma très-chère sœur, que cet article de nos constitutions que vous m'avez mandé, qui étoit si parfait qu'il falloit être ange pour le pratiquer, fiit celui de la réception des filles, parce que la mère les peut admettre dans la maison sans en parler aux sœurs, qu'elle ne tire point les voix pour donner l'hahit, ne faisant que demander l'avis des sœurs qui le lui donnent en particulier, et de ce qu'elle peut renvoyer une novice sans en rien dire à la communauté. Vous nous proposez beaucoup d'inconvéniens qui peuvent arriver de cette autorité de la mère, lesquels ne me semblent pas de grande conséquence, puisque le seul mal important qui seroit d'admettre à la profession n'y est pas, les sœurs en pouvant disposer par la liberté de leurs sulTrages, ce qui arrêteroit tout court une mère qui seroit capable d introduire des personnes incapables et indignes, sachant qu'elle ne les pourroit pas faire demeurer. Mais comme tous vos raisonnemens sont tous fondés sur ce que l'on peut avoir une mauvaise supérieure, je vous supplie de me dire si une communauté, qui est si dépourvue de sagesse et de grâce que de faire un si mauvais choix, aura plus de lumière et d'esprit de Dieu pour prendre part au gouvernement. Saint Benoît, en donnant un plein pouvoir à l'abbé, présuppose qu'on élira le meilleur et le plus éclairé