‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 103 sur 205 · XXVII.— A une personne · texte numérisé non relu

XXVII.— A une personne

Qui se plaignait que ce qu'elle faisait pour Dieu et pour se mortifier ne méritait pas de porter le nom de mortification, à cause des fautes qu'elle y reconnaissait.

il faut marcher simplement sans faire tant de réflexions : c'est à Jésus-Christ le second Adam d'imposer le nom à toutes choses; il voit tout ce que nous faisons, il n'y a que lui qui en connoisse les qualités et la nature; il lui en faut laisser faire le discernement pour ne nous appliquer qu'à lui et faire ce qui se présente que nous pouvons croire probablement qu'il demande de nous, et, quand c'est fait, lui remettre entre les mains sans s'en plus inquiéter; il en disposera comme il lui plaira.

XXVIII.— A la sœur Marie-Angélique de Saint-Paul de Thou de Bonœil.

Elle lui permet d'avoir communication avec une autre sœur.

Ma sœur. J'ai considéré vos raisons sur ma sœur Thérèse', qui m'ont semblé fort bonnes; mais quand il est question d'obéir à Dieu, il faut que ce soit en simplicité, sans i-aisonne-

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menl; et croyant, après une si longue épreuve, que son instinct est de Dieu, avec le témoignage de celui qui gouverne son âme, qui dit que ce seroit la faire sortir de sa voie que de la mettre dans une autre condition, il me semble que nous nous devons rendre et louer Dieu qui lui lait élire la dernière place en la noce de la religion.

Pour ce qui est de votre communication avec ma sœur Agnès, il Y a assez longtemps *|ue je vous résiste. J'ai voulu éprouver si cette inspiration venoit de Dieu, et bien que j'en doute encore, j'aime mieux me rendre et obéir à la règle qui me conunaude d avoir i)lus d indulgence (jue de rigueur. Je vous permets donc, ma sœur, de traiter avec elle pour votre consolation. Je vous promets de ne la point captiver pour ce regard, mais plutôt de lui dire qu'elle agisse avec liberté, pourvu que ce soit de celle qui tient l'esprit naturel assujetti a celui de Dieu, (jui doit lui inspirer ce qu'elle vous doit dire, ce qu'il ne pourra faire si elle ne 1 écoute; et pour l'écouter il faut être sérieuse et attentive, autrement on «lira de bonnes clioses, parce qu'on les a apprises, mais elles n'auront aucun elt'et, n'étant pas accompagnées d'esprit et de vie; ce qui a fait dire à saint Paul (|nc la h-tire Uw (piand on s'en sert par manière d'entretien. Je vous supplie de ne la point enlretenir des chantés que vous dites que Je vous rends; elles sont trop petites pour en fain* cas, et puis elle n'a pas besoin de les apprendre pour son utilité, croyant que la sienne lui fait croire que je n'en manque pas. Vous savez aussi ce que vous devez à la conununauté pour éviter le manquement d'édification (|ui arriveroil si l'on leuiarquoit des niaiseries dans votre comnmnication. Car il n'est pas de l'obéissance comme de la charité; elle ne couvre pas les fautes comme celle-là, parce qu'elle n'est pas loridcM' sui un |irinci|ie si assuré. l>a charité ne pèche point, étant toute désintéressée et (|ui ne cherche point ce qui lui est propre, mais ce «pii appartient à Jésus-Christ ; ce (|ui ne se tnnive pas t<»njours dans l'obéissance, (|ui sert bien souvent d'une iMtnorable couverture a nos inclinations. Je .«supplie Notre-S«'ijçneur de faire régner les siennes sur les vôtres.

XXIX —A la sœur Marie-Angélique de Saint-Paul. Elle lui donne quelques avis.

Ma sœur, Je ne me suis point trouvée importunée du recours que vous eûtes à nous samedi, et je n'ai point cru que ce fût une marque que vos dispositions précédentes eusseni été semblables, sacbaut bien que Ton est sujet à quelques saillies qui ne font qu'interrompre et non pas ruiner la paix dans laquelle on étoit auparavant. Il est vrai que vous vous afïoiblissez beaucoup en ces rencontres, ce qui montre que vous tenez trop fermement ce que vous possédez, et que vous n'êtes pas de ceux qui possèdent comme ne possédant point, ce qui est tout à fait nécessaire pour conserver le cœur tout entier pour Dieu, à quoi l'affection pour le prochain n'est pas contraire quand elle naît de la charité, ce qui se connoît par le dégagement avec lequel on l'aime, et le dégagement se discerne par la liberté du cœur qui ne doit point être captif d'aucune créature.

Je ne sais pourquoi vous prenez si facilement l'alarme sur la perte de ma sœur Agnès, que personne ne pense à vous ôter, et elle-même ne vous doit pas soustraire les effets de sa charité, autant de temps qu'elle le pourra faire sans se faire tort à ellemême; ce que je crois qui sera toujours, et que vous ne voudriez pas blesser sa conscience, ce qui peut néanmoins arriver en choses légères, à quoi vous ne penseriez pas, et vous devez trouver bon qu'elle y prenne garde et vous en avertisse. Car enfin, ma sœur, on ne sauroit trop veiller sur soi et retrancher les superfluités qui se glissent dans une liaison qui est bonne en soi, et qui apj)orte de bons effets pourvu que l'esprit malin n'y sursème point d'inulihtés et de petites satisfactions qui appartiennent plus aux sens qu'à la grâce qui n'est qu'esprit et vérité. Je mets de ce rang le désir que vous avez de rendre de petits services à ma sœur Agnès; je vous l'ai accordé quand vous m'en avez parlé; mais depuis, y ayant pensé devant Dieu et entendu les raisons qu'elle a de ne le pas permettre, je lui

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