XXIX. — A LA SŒLIl MARIE-ANGÉLIQLE DE SAINT-PALL
ai promis que cela ne seroit plus, espérant que vous vous soumettriez aussi volontiers en cela à ses sentimens, comme en tout le reste; et même que ce vous seroit un sujet de joie et d'édification de voir son exactitude à s'éloigner de ce (jui lui est avantageux. Et je vous supplie, ma sœur, que cela soil ainsi et de ne vous pas butter à ce point, sous prétexte, comme vous dites, d'éviter lindisposition qui vous en arrivera; car c'en est une plus grande de ne vouloir pas désister, et vous donneriez sujet à ce que vous craignez tant, qui est qu'on vous accuse dallache, qui paroit autant en une chose inditrérente comme en une importante. Nous avons affaire à un ennemi qui est esprit, et à qui la moindre petite fente peut donner entrée; et dans l'évangile de celte semaine il est dit que le cœur qui reçoit la divine semence doit être 60/1 el Irèsbon : bon en s'abstenant du mal, et très-bon en se privant des choses mêmes (jui pourroient être licites.
Kntin. ma sa-ur, ne mêlez [loinl dans un commerce spirituel utile à votre àine, et qui vous porte à Dieu plus sincèrement que vous n'avez point encore fait, des bagatelles d'enfans, qui est le nom (juc je donne à ces |)elites caresses et soins si tendres et si alléctifs de la santé d'une personne que vous ne devez regarder que des yeux de l'esprit, comme vous faites votre bon ange, |)iiis(|ue vous dé>irez (ju'elle vous en soil un second; et conhez-vous (jue la divine l'rovidence Vdus la conservera dans l'abandon que vous lui en ferez et la connoissance qu'elle a de votre besoin.
il est vrai, ma sœur, que j'ai sujet de me louer de l'amendeuient que vous avez apporté à votre chant depuis ce (jue nous vous en avons dit, n'axant |ioint remar<|ué (jue vous ayez voulu conduir(; le chu'ur ni contrarier pci.-onne, sinon rarement et pour peu de tenqis ; mais vous vous êtes tue bien souvent, el il me sombloit (jue c'éloit par mauvaise humeur; néanmoins, connue cela ne rej:arde <|ue vous, je veux dire que votre conscience, i\\\\ peut être |dus innocente en cela qu'on ne croit, je ne vous en dis rien, remellanl à votre sincérité d'en reniar- (jiier le défaut el d y apporter le remède.
Pour ce qui est de ma su'ur Isabelle, je desirerois qu(^ vous fuss'e/ indiUerente quelles aides on vous donne : chacune doit r. Il eo
faire ce qui lui est commis sans prendre garde aux autres, sinon ma sœur Agnès qui doit avoir lœil sur toutes. Vous faites un jugement contre la charité de croire que cette sœur tous observe; et puis, que craignez-vouS;, ma sœur^, en faisant bien? Car, pour ce qui est de votre parler à ma sœur Agnès, je crois que personne ne doute que vous n'en ayez licence, et l'on est obligé de le présupposer en vous le voyant faire. Il est vrai que je vous ai promis de vous défendre vers les sœurs en ce point; et je crois que je n'aurai pas besoin de le faire, leur simplicité les empêchant de s'ap[)liqucr aux dispositions d'autrui.
Il ne me reste qu'à vous assurer, ma sœur, que je ne crains point la longueur de vos biîlets, non plus que votre entretien quand vous le désirerez, étant obligée de dire avec saint Paul que je me dépenserai très-volontiers pour votre âme, que je supplie Notre-Seigneur de fortifier de son divin Esprit.