‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 106 sur 205 · XXXIII.— A la sœur Catherine de Saint-Augustin · texte numérisé non relu

XXXIII.— A la sœur Catherine de Saint-Augustin

Elle l'exhorte à la prière et à l'espérance en Dieu.

Ma sœur, J'avois hier grande peine de vous voir dans la tentation. Je crus néanmoins que vous ne feriez pas ce que vous aviez dans l'esprit, espérant en Dieu qui vous a déjà plusieurs fois empêchée de tomber dans le précipice quand vous en étiez sur le bord. C'est une avance de la grâce que je me promets, fondée sur sa bonté infinie, qu'il vous fera quelque jour celle de vous retirer des autres abîmes où vous demeurez comme ensevehe sans invoquer Dieu qui vous en peut retirer d'un seul regard. Tandis que vous ne le prierez point, vous n'éprouverez pas son secours et vous ne trouverez jamais de remède à vos misères, tant à celle du [)éché qu'on ne peut éviter si Dieu n'en préserve, qu'à celle de la peine et de l'angoisse intérieure dans laquelle vous êtes continuellement. Ne laissez pas perdre le mouvement que Dieu vous donne aujourd'hui et qui est peut-être la semence de votre salut. Ayez confiance en la grâce de la fêle, qui est si abondante. Demandez au Fils de Dieu le don qu'il vient faire aux âmes d'une bonne volonté pour les rendre capables de sa paix, qui n'est autre que sa grâce; car autant qu'on a de grâce, autant l'on a de paix. C'est pourquoi je vous supplie de prendre ce verset pour pratique : Cherchez la paix et la poursuivez. Ce n'est pas que je ne sache bien que vous en êtes bien éloignée et qu'il n'y a rien en vous qui vous la puisse donner; et ce n'est pas aussi une paix tranquille que je vous supplie d'avoir, mais une paix d'espérance qui consiste à ne vous point troubler de vos misères, attendant avec patience la visite de Dieu. Sexte m'appelle.

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