XXXVI.— A la sœur Catherine de Saint-Angnstin
Sur la 'confiance aux prières des autres. — Comment on doit faire l'oraison.
Ma sœur. L'espérance que vous avez aux prières des autres me fait espérer qu'elles vous profiteront, ce qui ne peut être toutefois si vous n'y joignez les vôtres; et je vous supplie de ne point croire que vous ne le puissiez faire, car la prière que j'entends à votre égard n'est qu'une suspension ou désislance des choses mauvaises qui vous affligent l'esprit; et autant de fois que vous cesserez de les écouter tenant ferme contre elles, ce sera faire oraison, n'étant pas capable de prier d'une autre manière. L'oraison est une chose plus cachée que nous ne pensons. Tel pense prier, qui ne prie pas; et quelquefois, lorsqu'on estime ne le pouvoir faire, on le fait par un seul mouvement du cœur qui le désire, quoique tout le reste de l'àme soit révolté. Vous devez encore prier par espérance, croyant que Dieu vous peut tirer de la misère où vous êtes, bien qu'elle vous semble irrémédiable. C'est rendre honneur à Dieu, et par conséquent le prier, que de confesser qu'il est infiniment bon et que les plus grands péchés ne sont que des atomes en présence de sa miséricorde; de sorte que ce ne sont pas les péchés qui perdent les âmes, mais le refus qu'elles font d'avoir recours à Dieu et de l'invoquer comme leur libérateur.
Je fus bien marrie hier de n'avoir pas la commodité de vous faire ce billet, car les occasions de vous témoigner que Dieu me donne une charité particulière pour vous me sont bien chères. Pour ce qui est de nous parler, je vous supplie de ne point étouffer les mouvemens que Dieu vous en donnera, car je m'imagine qu'il vous l'inspire assez souvent, c'est ce qui
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VOUS doit régler en cela, sans craindre de n'être pas en assez bonne humeur pour le bien faire; il n'importe pas de paroître telle qu'on est.
XXXVII.— A la sœur Catherine de Saint-Augustin. Sur la pauvreté d'esprit, l'oraison et le silence.
Ma sœur, Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de vous ôler vos petites commodités, s'il n'y en a de superflues; mais pour les nécessaires mêmes, il est vrai<iu'il faut être toujours prête à s'en priver, et il est meilleur ipie cela se fasse dans les rencontres que de propos délibéré, puisfjue la préparation du cœur enferme l'exécution, e( l'exécution n'est pas toujours ucconipaguée d'un vrai dépouillement. La pauvreté d'esprit est la première maxime de la perfection évangélique, et la pauvreté extérieure est le moindre degré de celle-là. Tous les royaumes du monde et leur gloire est si peu de chose, (lu'elle peut être enfermée dans la petite boîte que vous eûtes peine à donner à ma sœur Marie de l'Incarnation; je veux dire qu'en la voulant retenir vous seriez aussi riche devant Dieu que si vous possédiez lout cela.
Vous ferez bien de prendre du temps pour l'oraison le soir et le matin; (juehjiie lâche (pie vous soyez par \olr(.' inlirmilé, votre oraison n'en sera pas moins bonne, vous tenant devant Oieu par le seul désir de vous reiulre présenle a lui, sans vous en retirer voloutaireuieiil.
Pour le silence, encore (|u'il soit d'une si grande obligation, il ne faut pas laisser de rentre|»reii(lie de nouveau, faisant (|uel(iue prière pour robleiiir et s'imposanl (piel(|ue peine pour y avoir mancpié. Priez Dieu (pi'il vous inspire l'un et l'autre, afin (jue vous accomplissiez ce souverain jeiine tjui sanctifie rtàine, connue l'extérieur sanctifie le corps.