‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 114 sur 205 · XLII. — A LA SOEUR ANGÉLIQUE DE SAIlSTE-Af.NÈS · texte numérisé non relu

XLII. — A LA SOEUR ANGÉLIQUE DE SAIlSTE-Af.NÈS

et non agissante ; on dit qu'elle se perd, quoiqu'elle ne se perde pas, mais se conserve et se perfeclionne.

Voilà, ma sœur, ce (jue j'ai cru vous devoir dire pour mexpliquer et navoir point parlé en l'air; car le plus souvent après qu'on a dit ceci ou cela, on en demeure là sans savoir comme il s'y faut prendre, parce que les personnes à qui l'on parle n'ont pas assez d'Iiumililé pour demander comme il faut faire, et pour rendre compte de ce qu'elles y fout. Com* mciicez donc, ma sœur, par la sincérilé et faites état que vous ne lavez point encore telle qu'il faut. Il n'y a qu'une seule chose, ce me semble, capable défaire taire l'esprit, qui est le désir de se soumettre et d'amortir son propre jugement; et connue cela ne se fait pas tout d'un coup, il faut en attendant que Dieu nous donne la vraie simplicité, le suspendre sans cesse et le retirer des applications qu'il veut avoir sur les choses.

Il me semble qu'il faut traiter toutes sortes de répugnances d'ime )nême façon, autant celles (jui sont conformes à la raison (jue celle? (\u'\ la choquent. Je veux dire «ju'il y a des répuguances daus les((ueiles on se convainc soi-même qu'on a tort, et il y en a d'autres que la raison favorise. Or, je voudrois (ju'on ne fît point de dillérence de ces deux sortes de répuguances, mais qu'on s'opposât à l'une et à l'autre, faisant état (jue ce n'est point assez de ne demander pas ce <|ui ne nous appartient point, mais (juil ne faut pas non plus exiger ce qui nous est dû. Saint Hernard ajtpelle cela une justice si étroite, qu'aussitôt qu'on tourne le pied, on tombe dans la fosse du |iéché.

Je désiie de; tout mon cœnr que Dieu vous fa<;se la grâce (|uc vous désirez, ma chère sumu-, de n'aimer (jue lui, et de n'avoir de joie et de consolation que celle-là : ce qui demande un n;trancli('ment de toutes les choses sujjeillues dans lesquelles ramour-jjrojtre se divertit , surtout un j)arfait sileu( e (jui donne la mort à la vaine joie; car où il n'y a point de jfaroU's, il n'y a i>ninl d'alfeetion, f)uis<jM'on ne la témoigne (jne jiar le moyen des discours (ju'on en fait, soit inlerieuiemenl avec soi-même, «cil extérieurement avec quehju'un

Je suis tout à vous, mn chère sœur.

il G LKTTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

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