LI.— A la^sœur Madeleine de Sainte-Agnès de Ligny
La victijirt» sur la tenlalion consiste à demeurer fermes, après même qu'elle nous a surmontés.
Ma sœur. Je crois que Dieu vous a donné la main et que vous n'êtes plus dans l'état que vous me représentez, et je ne puis croire que vous y ayez été volontairement, mais par une surprise de votre ennemi, contre lequel vous n'êtes pas assez forte en la foi, pour ne vous point étonner des chutes qu'il vous fait faire; car c'est en cela que consiste la victoire de la
1 Novice à la maison du Saint-Sacrement le 16 septembre 1636, elle fil profession à Porl-Royal, le o aoùl 1640. Après avoir rempli plusieurs charges, elle fut élue abbesse le 12 décembre 1661 . Elle est morte le 1 1 mai 167u, âgée de soixante ans.
LU. — A LA SCELR MARIE DE LA NATIVITÉ -i34
tentation, que de demeurer fermes après qu'il nous a surmontés, sachant que Notre-Seigneur sera toujours le plus fort, et qu'il ne manquera pas de nous assister pour peu que nous ayons ivcour» à lui. Ce (jue vous appelez malice, je crois que c'est seulement un relâchement et tout ensemble une cessation du secours de Dieu, hors lequel tout le bien nous quitte, et tout le mal nous approche et nous assiéjj;e, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de se lever et de dissiper tous ses ennemis. C'est en ces rencontres où il faut dire : // m'est bon. Seigneur, que vous m'ayez humilié, jus(|u'a manciuer à la fidélité cjue nous lui devons, car c'est ce qui nous conduit au véritable anéantissement de nous-mêmes, rcconnoissant si sensiblement que nous ne sonmies capables (jue de mal. Je supplie Notre-Seigneur (ju'il vous vivifie après vous avoir corrigée et enseignée plus qu'auparavant (|ue toute votre subsistance n'est qu'en lui. Noussu[»plierons M. Siuyliu de vous donner du temps. Adieu, ma sœur.
LU— A la sœur Marie de la Nativité.
Elle refuse de lui parler, jusqu'il ce qu'elle voie du cliangement dans ïa conduite.
Ma très-chère sœur, J'ai fait ce que vous avez désiré de moi. Je me suis mise devant Dieu, à ce qu'il lui plût de m'inspirer sa sainte volonté sur la proposition cpio vous me faili s par votre billet. En suite de ma |>i ière, il m'est souvenu de la parole (pie Nolre-Seignein- dit en l'KvanL'ile, (|ue nous rrmirons compte au jugement de Dieu de toutes les paroles oiseuses que nous aurons dites. J'ai fuis celte sentence pour une règle que je ne vous devois pas parler, parce (|iic lotit ce (pie je vous dis ne sert qu'à contenler la curiosité de votre es|)rit, sans que cela fasse aucun elfet i)our la correction de vos mœurs, qui est la tin à cpioi doivent tendre toutes les bonnes pensées «pic nous avons, et toutes les bonnes paroles qu'on non? dit. Quand je saurai par le cliangement de votre vie que vous voulez vous convertir a Dieu, je serai toujours prèle à vous Servir. Ce s«;ra lors, (pie vous ne demandere/. plus comme il
i3"l LETTRES DE LA MÈRE AGNÉS.
se faut iiriir à Dieu et se tenir devant lui d'une manière suréminente; mais vous vous mettrez au rang des âmes pénitentes qui craignent les jugemens de Dieu, connoissant la multitude et la gravité de leurs péchés, et la transgression quelles ont faite de toutes ses lois et des vœux à quoi elles se sont engagées. Je ne sais comme vous osez alléguer la charité de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, duquel vous faites si peu d'état que de ne vous mettre en aucune peine d'acquérir les dispositions nécessaires pour y participer; ce qui nous est une marque que Dieu s'est retiré de vous, car comme il aime ceu\(iui l'aiment, il méprise ceuxqui le méprisent, et l'Ecriture- Sainte dit que personne ne pourra corriger celui qui est méprisé de Dieu. C'est pourquoi je conclus que je ne dois pas vous parler, jusqu'à ce que vous ayez commencé à bien faire selon les règles de votre profession.
LUI.— A la sœur Antoinette de Sainte-Foi le Roi'.
Elle l'e.vhoile à niorlitier conlinuellemenl ses défauts, el à pratiquer l'aclion de grâces, la prière fréquente, et la joie spirituelle des miséricordes de Dieu.
Ma très-chère sœur. Je n'ai pu jusqu'à présent vous témoigner (juc j"ai reçu avec affection celle que vous avez pris la peine de nous écrire. Je me souviens souvent de vous pour vous offrir à Dieu, et le supplier de vous affermir dans la volonté qu'il vous a donnée de dépendre de sa providence et de sa grâce, sans désirer aucune assurance de la part des créatures. Mais vous savez, ma chère sœur, que ce n'est pas tout, et que pour recueillir le fruit d'un état qui est fort avantageux en lui-même, il faut y ajouter une mortification continuelle des défauts qui vous ont réduite dans la condition oïi vous êtes; car encore que ce soit un bien que d'y être, c'est néanmoins un mal que de ne vous être pas rendue digne que Dieu accomplît en vous la première grâce qu'd vous avoit faite. Et il me semble que lavue decette infidélité vous devroit rendre plus
' Foslulanle couverse; elle est morte le 3 avril 1 657, à l'âge de trente aus.