LIV.— A une religieuse de Port-Royal
Au sujel (le ses ini|icrfeclions. — Il faut joindre le silence iolérieur au silence exlérie.ir.
Je suis de votre seutinuMil, ma tres-chere suiir, d'être bien aise (|ue votre imperfection ait été connue à .^f. Singlin, et «pie vous ayez eucctre expérimenté celle fois, (pie lors(pie vous avez eu dépit de «pielque ( liose, eela ne jiasse pas aisément, et qu'après bien du temps vous eu êtes aussi touchée que la première fois. Il ne laul point d'aulie preuve (|ue vous avez T. 11. i8
manqué au parloir que celle-là, de ne pouvoir souffrir la répréhension qui vous en est faite; car si \ous étiez dans la lumière et la pratique de la mortification a\ec laquelle on y doit être, vous croiriez toujours avoir failli , car le Saint- Esprit nous apprend que celui qui n'offense point par sa langue est parfait ; ce qui vous doit assurer que vous y manquez toujours, et qu'il y a à redire à toutes les manières dont vous y parlez. Jamais je n'ai eu plus d'espérance que vous ferez quelque chose de bon, que depuis que vous avez embrassé le silence, car parler et pécher en vous sont une même chose ; mais il faut une continuelle assistance de la grâce pour y persévérer et pour y joindre le silence intérieur qui mortifie les passions et tient rame dans l'immobilité, ne désirant rien et ne cherchant rien que Dieu, qui doit remplir le cœur avant que de gouverner la langue: autrement ce seroit un silence purement extérieur, s'il n'empêche les discours de l'esprit, qui sont encore plus nuisibles que les paroles quand ils sont volontaires.
Pour ce qui est de communier sans vous confesser, les fautes que vous me marquez ne sont pas pour vous en empêcher en elles-mêmes, si ce n'est que vous vous y trouviez attachée, comme je crois que vous êtes à vos plaintes, car vous ne faites autre chose que murmurer dès que l'on vous contrarie; peut-être n'est-ce que par promptitude et que, réprimant les paroles comme vous ferez dorénavant en ne parlant plus, Dieu vous fera la grâce de supprimer aussi le mouvement intérieur. Ce que je pense qui vous doit avoir plus indisposée à la communion, c'est le refus que vous fîtes hier d'aller à confesse, 011 il y avoit je pense autant de fantaisie que d'infirmité. Vous savez mieux que moi ce qui en est. Si vous vous trouvez innocente pour ce regard, vous pouvez communier; sinon vous ferez bien de vous en abstenir , quoique vous deviez avoir une extrême confusion d'en être privée aujourd'hui, et qu'au lieu d'être assise à la table de voire Père pour manger le pain des enfans, vous soyez comme la Cananée ramassant les miettes qui sont les fruits de la pénitence.