‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 130 sur 205 · LV.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LV.— A une religieuse de Port-Royal

Sur la simplicité el pauvreté reli|,Meuse. — Elle lui ilii comment elle se doit conduire au parloir, aliu de n'y poinl offenser Dieu.

Je suis bien aise (jiie vous ressentiez votre faute, car il est ■vrai (ju'elle est grande, ayant son principe dans la vanité et affeclion (jue vous avez à tout ce (juc vous faites, qui est une ctio,-e tout à lait éloignée de la siuiplicilé et pauvreté religieuses, ensuite de laquelle nous ne devons aimer que les choses qui n'ont ni forme ni beauté, comme il est dit de Notre- Seigueur. Cette attache au contraire vous a déjà fait faire beaucoup de fautes, et vous en fait commettre tous les jours, c'est pounpioi vous devez demander à Dieu qu'il vous 1 oie par sa grâce, sans laquelle vous vous séduisez toujours vousmême en cela. La pénitence que vous devez faire de ces fautesla, c'est de vous meltie devant Dieu, et demeurer un peu de temps en silence avec confusion de vous laisser dominer à une imperfcclion si éloitiuéedc votre étal, (jui vous oblige d'aimer la vilelé et de ne prendre aueune satisfaction en vos ouvrages, et ne partir point des pieds de Notre-Seigneurque vous n'ayez reçu (jticlque assistance pour vaincre celte tentation. Car il la laul appeler ainsi ; et selon la grandeur de la faute, vous ajouterez iju Miserere, on un Pater, ou quelque prostration devant Dieu; el faisant ainsi ]iour chacimc de vos fautes, vous vous |)Ouvez confesser sans craindre rimpéuitencc-.

Pour ce qui est du parloir, je sais bien (pTon est assez empêché comme s'en défendre; mais il faut |iourlant trouver mo^en de le faire. Dès (ju'ou enlre, il faut prier la lierce de prendre gai de quand il y aura une demie heiiie; et cpiaud elle est passée, dire bien lionnélemenl : N. nous n'avons licence (jue pour une demie heure; el s'ils fout grande instance, dirt^ (jue vous allez donc demander licence; et layaiil obtemic, on y p»;u lélre encore une deuue-heure, et non plu.'^. Pour voire mere, vous y pouvez être une heure sans rien dire, mais après cela il faut demamler congé; et surtout bien demander à Dieu devant cpie d'y entrer, que votre conversation soit dans un

esprit religieux et mortifié, car vous avez un air qui ressent le monde. Cela sera fort bien de prier N. de ne vous point faire de nouvelles connoissances, et de divertir plutôt celles que vous avez déjà de venir vous voir; pourvu que vous le fassiez comme vous dites de bonne façon. Mais je ne sais comme vous entendez cette bonne façon, car ce ne doit pas être d'une façon résolue, entendue, et faisant la retirée et la renfermée ; mais d'une façon fort liumble et modérée, lui représentant que cela vous divertit beaucoup et vous fait tort; et cela opportunément et sans trop d'inslance.

La manière qu'il faut observer pour le parloir afin de n'y point offenser Dieu, c'est avant que d'y entrer de demander à Dieu la discrétion de son esprit, et faire cela à genoux hors la porte l'espace d'un'AvE. Etant entrée, avant que de parler faire le signe de la croix sur sa bouche et dire : Pone, Domine, custodiam oh meo ; puis parier modestement et succintement, ne faisant que répondre à ce que l'on vous dit, sans avancer aucun discours. 11 ne faut point s'engager à faire des histoires. Enfin, il ne faut point tant exagérer le désir que vous avez de ne voir personne, puisqu'on ne peut pas vous en exempter; mais il faut convertir ce désir en celui d'y aller comme si vous n'y alliez pas, c'est-à-dire y prenant si peu de part qu'il ne vous en reste rien, elqueceuxqui vous voient connoissent parvotre modestie, que vous portez partout l'amour de la solitude et du silence, et que c'est pour cela que vous parlez peu, et non par suffisance et comme se voulant mettre au-dessus d'eux, ou comme si leur compagnie vous étoit à charge; ce qui leur dorineroit sujet de croire que vous êtes plus superbe que silencieuse. Si vous êtes à Dieu comme il faut, il vous préservera de tomber dans ce dédain, comme aussi d'excéder en complaisance.

Vous vous plaignez beaucoup de vous-même, et avec cela il ne semble pas que vous vous donniez le fort, autant qu'il seroit nécessaire pour vous anéantir devant Dieu dans l'aveu que tout votre mal vient de vous, et que les occasions qui vous font faire les fautes n'auroient pas ce pouvoir si vous étiez dans la vérité et dans la droiture de laquelle vous ne voulez pas seulement entendre parler. Par exemple, vous êtes

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