‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 13 sur 205 · LETTRES DE LA MKRE AGNES · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MKRE AGNES

CCCXC— A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal de Paris, àP.-R.-des-Champs.

Sur la conlinuation de sa maladie. — Elle lui dit que Dieu est avec elle, par la patience el la soumission qu'il lui donne.

4 mars 1662.

Je me promets, ma chère mère, que vous voyez toujours mon cœur, encore que vous ne voyez guère souvent de mes lettres, pouvant bien manquer de loisir, mais non pas de charité et d'imion pour une personne qui m'est si intime comme vous l'êtes, et qui est aussi chère à Dieu comme il le témoigne en partageant avec vous ce qu'il a eu de plus cher au monde, qui est le calice que son Père lui avoit pré|)aré. J'admire, ma chère mère, qu'il vous le tempère par une voie si admirable, en ce qu'il ne l'abrège pas et qu'il ne l'adoucit pas, mais en prolongeant votre patience et en y versant une douceur secrète et au-dessus des sens qui vous le rend supportable, en sorte que je m'assure que vous pouvez dire d'un langage que Dieu entend, puisqu'il le forme lui-même : Il m'est bon d'être ici. Saint Pierre nesavoit ce qu'il disoit lorsqu'il prononça ces paroles, puisqu'il ne répondoit pas a l'entretien de iNotre-Seigneur avec Moïse et Elie qui ne parloient que de ses souffrances, au lieu qu'il ne pensoit qu'à prendre part à la gloire de Jésus-Christ, n'ayant pas encore entendu la voix du Père éternel qui nous commande d'écouter son Fils. Et c'est ce que vous faites en la meilleure manière qu'il se peut, puisque encore qu'il ne vous parle que de manger sa chair et boire son sang par l'impression de ses souffrances, vous ne dites pas que cette parole est dure et que vous ne sauriez la comprendre, mais vous dites plutôt qu'il a des paroles de la vie éternelle, puisque vous estimez trouver votre vie, voire bonheur et votre avantage en ce qu'il vous rend une fille de douleur, comme lui-même a été un homme de douleur.

J'avoiï^ commencé hier cette lettre pour la tenir prête s'il y avoit occasion, comme vous verrez par des caractères différons, ne pouvant pas avoir toujours les mêmes personnes. Je

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