‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 14 sur 205 · CCCXC. — A LA MÈRE MARIE- DOROTHÉE DE L'iNCARNATION. il · texte numérisé non relu

CCCXC. — A LA MÈRE MARIE- DOROTHÉE DE L'iNCARNATION. il

VOUS dirai aujourd'hui que c'est vous principalement qui pouvez dire après Notre-Seif^^neiir : Celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne m'a point laissé seul, etc. Car vous avez [)our vous un article de loi (jui nous oblige de croire ces paroles : Cum ipso sum in tribulatione ; et la suite qui n'est pas moins croyable : Eripiam eum et glorificabo eum. Et c'est ce qu'il fait déjà en vous délivrant de l'inquiétude, de la peine, de la plainte, de l'impatience, pour mettre à la place la i)aix, la douceur desprit et l'acceptation de tant de maux que vous n'auriez jamais cru pouvoir seulement toucher du bout du doigt, ne croyant pas qu'il y eût en vous, ou plutôt (pie Dieu y dût mettre tant de trésors de bonne volonté, de soumission et d'abandonnement entre ses mains, comme une cire ramollie par la chaleur de la charité, qui reçoit tel cachet qu'il lui plaît de marquer sur elle.

Votre étal me fait (juasi croire, comme une personne qui juge bien des choses nous le vient de mander, que nous n'aurons pas la couronne de dispersion, c'est ainsi qu'il l'appelle, ni d'autres maux aussi violents, puis(ju'ayanl mis l'espérance du srdut de votre âme dans la persécution, vous en recueillez le fruil par avance, par une autre souffrance qui est encore plus rude, selon la parole de celrii qui ment toujours, mais k qui Dieu a fait dire une fois la vérité, en disant que l'homme donnera peau pour peau, et que si Dieu frappoit son serviteur en sa chair, il ne pourroit continuer de le bénir : ce qui étoit vrai en ce (jue la nature ne peut agir contre elle-même ; mais la grâce merveilleuse et miraculeuse de Jésus-Christ fait que non-seulement on ne se |)laint pas, mais que l'on se glorifie de ses infirmités et de ses maladies.

Je vous en dis tro|), ma chère mère, |)Ourune fois, et néanmoins il n'y en auroit pas encore assez, si je ne vous disois en finissant rpie je suis entièrement à vous, et (pie ce n'est pas seulement comme ou le dit a (juehpies personnes, mais d'une manière qui ne s'exprime point |)ar des paroles; Dieu y mette, s'il lui plaît, sa vérité et sa charité qui en soit le motif et le lien indissoluble.

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