LVI. -A IMi KELIGIElâE DE PORT-nOYAL. -i'M
en mauvaise liiimeur dc[)iiis hier de ee (jiie je ne trouvai pas bon r[iie vous vinssiez nie diri' honjoin : si j'eusse cru (jue vous eussiez dû vous fàcliereouime il e<f arrivi', je vousaurois soufferte auprès de moi autaut (|ue vous auriez voulu ; mais je crus vous devoir faire connoître que c'éloit un amusement <jue je n'estime |)as nue petite faute quand il ( st affecté et (ju'il vient d'une attache im|)arfaite, comme vous témoignez en avoir une pour moi. Je ne sais comme vous entendez cela, et si vous ne voyez point que c'est le contraire de l'affection solide, spirituelle et cachée que vous devez avoir pour une fiersonnequi voiis tient la place de Dieu, l'amour duquel opère séparation et retranchement de toutes choses, plutôt que satisfaction et communication dans les sens. Toutes vos peines d'esprit ne viennent (juc du refus (jue vous faites de la mortilication, voulant ardemment ce qui vous plaît, et rejetant le contraire, et cela avec des artifices et des souplesses d'esprit (jui vous cachent à vous-même la source de votre mal que vous rejetez sur autrui.
Je n'ai pas le temps de vous eu dire davantage. Donnezvous à Dieu le plus simplement et le plus tran(]uillement que vous pourrez : il ne faut que cela pour vous remettre.
LVI— A une religieuse de Port-Royal.
Quelle floil i'iri' la lioiilciir (|iio l'on ii'>sfiil de s(!s laiilts. — La ilcliance esl nue inyraliliKJi? eii\Pi> la iiii^érK-Dnlc di- Dn'ii. — Nrcessili' de la coiilianco en Dieu : aUirer ^a j^ràcc |»ar la n-Uaili- el la [trière
Il faut lâcher de se conduire, eu toutes choses, par l'instinct de la grâce et non |)ar raisonnement : c'est en celle manière que vous devez discerner ce que vous devez diii.' et ce que vous (levez sup()rimer. Voyiv l'ordinaire, il vaut mieux proposer toutes les clio.'CS dont on dunle , ( raignanl de se Irompi-r. Je ne remar(|uc point dans v<ilr<' ImIIiI (pu-Ile est celte chose (|ue vous av«'z peine â dire. Si c'est celle (pii suit de vos dissipations, Je\ousdirai, mastrin-, (|iiec'eslle graml («Miihal desâmes spiriluelles, et que c'est pour cela (pie la sainte Kcriluredil (|ue biruhnn'ruT rsl rrlui qui n'ii point pi'rhc par sa Inm/ue, cl que
celui-là est parfait. Il ne faut donc pas s'étonner si on y manque, mais il ne faut pas aussi se le pardonner : je veux dire s'y engager volontairement. Je crois qu'une bonne partie de l'angoisse que vous avez pour ce sujet vient d'amour-propre : car, si c'étoit l'amour de Dieu, il se rendroit le maître et diminueroit autant la cupidité des paroles comme il augmenteroit la charité du silence : je veux dire que, retranchant le désir de vous satisfaire, il mettroit à la place le désir de contenter Dieu et de lui plaire par la morliûcation. Pour avoir donc une douleur qui soit selon Dieu, il faut qu'elle soit tranquille et modérée, et ne donner point lieu à cet abattement d'esprit qui vient de défaut d'humilité. C'est bien fait de se servir de quelque parole de l'Écriture Sainte , pour rappeler son esprit, non que cela soit suffisant de le recueillir si Dieu n'y opère, car tous nos efforts sont vains, mais pour témoigner à Dieu qu'on fait ce que l'on peut et par pure charité, n'espérant pas que cela nous serve de rien. Un prophète dit que celui-là est bienheureux qui sème sur toutes les eaux. Semer sur l'eau, c'est faire une chose inutile; mais quand Dieu l'ordonne, on ne sauroit rien faire de mieux que de lui obéir. Je ne sais point d'autre manière d'oraison que celle que vous dites : se mettre devant Dieu à dessein de le prier et adorer en la manière qu'il lui plaira de nous en faire la grâce, et attendre son opération en nous : car saint Paul dit que nous ne savons comment il faut prier, mais que le Saint-Esprit prie en nous; c'est-à-dire, en cette partie que nous soumettons à sa direction, prenant garde qu'elle ne se remphsse d'autre chose : ce qui se fait en supprimant plutôt les distractions par désistance que par résistance, et souffrant avec amortissement d'esprit la peine de la nature qui ne sauroit durer, dans le retranchement de ses objets, sans s'ennuyer beaucoup : de quoi nous avons un exemple en l'oraison que fit Notre-Seigneur Jésus-Christ, au jardin, dans une extrême tristesse ; et l'on tient qu'il a toujours prié de la même façon toute sa vie, ayant voulu porter la peine que notre misère et indévolion nous fait ressentir en priant : ce qui nous doit servir de pénitence des fautes que nousfaisons, par lesquelles nous perdons la ferveur de la charité et méritons que Dieu nous laisse dans nos froideurs.