‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 138 sur 205 · LX. — A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LX. — A une religieuse de Port-Royal

Dans quel espril il laul désirer l'ussislance spirituelle de ceii\ qui nutH cunduiseiil à Dieu.

J'ai été bien aise de l'éclaircii^semeut cjue ^ou.s me donne/. J'en uvois besoin pour m'ùt» r de la peine oii je suis, croyant que vous êtes attachée a moi. et que votre uatiue s'y cherche. Ce n'est pas (|ue je ne connoisse bien (juil y a autre cli()>e, et que c'est Dieu (jui a fait ce que vous avez pour moi ; mais je crains (juayant coumiencé par l'esprit, vous u'acheNit/ parla chaw. Kl que ce mot ne vous choque pas, s'il \ous plaît; car

tout ce qui n'est point par l'Esprit de Dieu est chair, et les aflections les plus épurées que la grâce ne forme pas sont charnelles. Je présuppose donc qu'en même temps que Dieu vous a liée à nous par son Esprit, votre esprit propre y a voulu prendre part, et a formé une autre union (jui a des effets et des prétentions différentes de l'autre. Celle que Dieu a faite est toute spirituelle, et plus intérieure qu'extérieure, qui désire quelque assistance dans l'ordre de Dieu et pour le seul besoin, se re[iosant (plus) sur sa bonne volonté à dépendre de la conduite, que sur la conduite même qui n'est pas tant nécessaire aux âmes pour les diriger, que pour les mettre dans la dépendance, soumission et simplicité. Et lorsque leur conscience leur rend témoignage quelles sont dans cette disposition au regard de celles qui les doivent conduire, elles se doivent mettre en repos, croyant que Dieu ne leur manquera pas, et qu'il les fera assister quand il sera temps. Ce qui n'exclut pas qu'on ne doive demander à parler quand il en sera besoin; mais il ne faut pas croire facilement que les besoins s'étendent à de longs discours. Quand on a déclaré succinctement ce que Ton est, et reçu réponse, il faut attendre le reste de Dieu, qui nous renvoie aux créatures pour pratiquer l'humilité et la dépendance, après quoi c'est à lui seul de rendre les conduites utiles, et moins on y cherche, et plus on y trouve. Il faut être dans la dévotion du Centenier, qui ne demandoit qu'une seule parole.

Je ne dis pas C('ci pour ma décharge, mais parce qu'il me semble que vous manquez en ce point, voulant trop dire, et qu'on vous dise aussi beaucoup. Je veux dire que vous vous mettez en peine de dire des choses qui se doivent plutôt oublier, comme sont celles qui vous passenten l'esprit quand vous êtes en tentation; et vous voulez aussi qu'on vous donne des remèdes pour ces choses qui n'en ont point d'autre que la patience et la diversion, traitant avec Dieu d'autres choses qui étoutfent celles-là.

Il faut que je vous confesse que c'est pour vous faire la guerre que je vous dis souvent que vous voulez que je sois votre bonne amie, car il est vrai que cela ne doit point aller de la sorte, et que je vous serois plus préjudiciable qu'utile si

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VOUS nous regardiez ainsi. C'esl pourquoi je m'abstiens de vous en faire reproche. Saint Paul nous avertit d'aimer Noire-Seigneur Jésus-Christ sans corruption .combien plus devons-nous craindre en aimant les créalnrcs. (jiii sont contagieuses d'elK'Smêmes. Or, tout cela n'est rien quand on ne s'en trouble i>as; car qui est-ce qui n'a point d'amonr-propre, et qui ne s'en trouve prévenu dans les choses mêmes où l'on voudroil (pi'il y eût moins de i»art? Mais il faut invotpier le saint amour de Dieu conlie celui-là, et présumer de sa bonté qu'il fera triompher le sien du nôtre. C'est une parole de saint Paul : Grâces à Dieu qui triomphe toujours de nous en Jésus-Christ.

LXI— A une religieuse de Port-Royal.

Sur la souffrance et la maladie.

Vous dites uu(j parole excellente, ma chère sœur, qu'il faut suivre Dieu. La pratique de cette vérité vous rendra sainte, puis(|ue Dieu vous mène par hi chemin jibis assuré jjour la sanclilication, (|ui est celui de la souffrance. Il n'y a qu'a l'embrasser, et elle vous tiendra lieu de toutes choses, car la patience est l'œuvre parfaite. Que si Dieu ajoute aux peines du corps celles de l'esprit par la privation des choses (jui vous donneroient soulagement, c'est pour pcrfectioniKT l'ouvrage, et vous rendre intérieurement cl extérieurement un objet de sa miséricorde, qui est le soutien des aflligés, comme vous le serez de la maison ' ou vous èles, si vous vous donnez parfaitement a Dieu pour raccomplissem«nl de ses «lesseins sur vous; car il semble qu'd vous ait clioi>ie pour tirer de vous plus que de tontes h s autres, vous réduisant à une vie plus anslère et plus solitaire que celle (pii se trouve a suivre une comnmnautéoù lu travail est suivi du n pos, au lieu qu'une malade n'en trouve point a l'heure cpielle en auroit besoin. C'est donc vous que je regarde, ma chère sœur, comme la plus pàti^sanle, et par conséquent la plus favorisée du Fils de Dieu, et a qui il

I Elle éloil H la loaitua du SaiouSacremeni. (A'o(« du muniucnl.)

fera expérimenter la vertu de sa croix, si vous la portez de bon cœur; mai? il faut pour cela qu'il en crée un nouveau en vous, car celui que la nature nous a donné ne veut point enlendrc parler de souffrir, ce lui est une parole dure el qu'il ne peut comprendre, encore qu'elle soit esprit et vie aux disciples de Jésus-Christ. Je le supplie, ma chère sœur, puisiiue vous êtes de ce nombre, que vous soyez de ceux à qui il doit dire qu'il leur a disposé un royaume, parce qu'ils ont persévéré avec lui dans ses tentalions.

LXIL— A une religieuse de Port-Royal.

Sur la sainte communion : elle lui donne quelques avis — Ne pas se troublei (le ses défauts : moyens d'en sortir.

Il est vrai que j'ai toujours de la peine, quand je vous parle de la sainte communion, de la manière dont vous me répondez qui est dans le cachenieut. Ce n'est pas que je m'attende que vous me deviez dire les sujets pourquoi vous ne la faites pas, car étant le fond de voire conscience, il suffît que vous le disiez au confesseur, si vous n'avez un instinct particulier de faire plus. Ce (jue vous êtes obligée de faire à quelque supérieure que ce soit, c'est de lui dire toutes les fois que vous ne communiez pas aux jours ordonnés. Pour moi je vous ai demandé si vous le faisiez tous les huit jours, et si l'omission venoit de l'ordre de votre confesseur, parceque je sais la tentation que vous avez de vous en retirer par vous-même, qui ne peut être bonne en façon quelconque, mais une nouvelle faute que vous ajoutez aux autres, lesquelles vous devez dire en la manière la plus exprimante que vous pourrez ; et puis vous laisser juger, et si l'on vous conseille de communier, n'écouter aucune de vos raisons, mais perdre votre àme dans l'obéissance et confiance en Dieu, qui vous trouvera mieux disposée et mieux préparée par cette démission de votre jugement et propre volonté, que vous ne le deviendrez jamais par les privations à quoi vous aspirez. Quand vous commettriez des fautes des choses dont vous me parlez, ce n'est pas d'une communion en autre, et c'est à faire à ceux qui vous dirigent

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