LXVII.— A une religieuse de Port-Royal
Sur divers sujets.
Ma sœur. Je suis bien aise que vous m'ayez écrit sur du petit papier, car j'avois envie de vous le dire, mais j'aime mieux que cela soit venu de vous; c'est un témoignage que vous profitez de votre lecture en recherchant la vileté. Vous ne pouviez mieux faire que de réprimer le discours qui s'est fait dans votre esprit sur ce qui s'est passé; si vous eussiez continué de ne le point écouter, vous seriez maintenant en paix, et avec plus de force pour continuer cette pratique, au lieu que l'interruption vous a affoiblie et donné prise à l'ennemi. Pour réparer cela, remerciez Dieu de la grâce qu'il vous avoit donnée pour vaincre cette tentation ; et après lui avoir demandé pardon de vous en être soustraite, invoquez cette même grâce à ce qu'elle vous soit rendue, et espérez que Dieu, qui vous l'avoit donnée sans votre mérite, vous la rendra miséricordieusement. Estimez-vous heureuse de passer votre vie dans l'angoisse, pourvu que ce soit en rendant quelque combat pour Dieu dans vos tentations; encore que vous ne surmontiez pas toujours, vous faites néanmoins quelques eiforts, et Notre-Seigneur a promis le royaume des cieux à ceux qui se font violence.