‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 159 sur 205 · LETTRES ÙE LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LETTRES ÙE LA MÈRE AGNÈS

de lui-même, et pouvoir dire 0 alliludo etc., quàm incompré^

hensihiUa sunt judicia ejus ! etc.

3. — Voilà d'étranges maximes. C'est ce qui m'étonna et me fit croire que vous avez écrit par tentation ; car je ne puis comprendre qu'on dise de telles choses de sens rassis , car c'est plutôt vouloir gouverner que d'être gouvernée.

4. — C'est une erreur de croire que cette conduite condescendante où l'on vous rendroit raison des choses que l'on désire de vous vous rendroit simple. La simplicité n'est pas une chose qui aille et vienne dans l'ànie. Quand Dieu la donne, elle demeure permanente ; et ce don de Dieu suppose que l'on a travaillé de longue main à l'acquérir et à supprimer les intérêts, les passions, les réflexions, les raisonnemens, les devinemens, et qu'on ne tend qu'à une seule chose, qui est de s'accommoder à tout et trouver Dieu en toutes choses.

Ce que vous expérimentez en ces occasions est bien la même disposition que la simplicité met dans l'âme, car pour lors elle vous garantit de tout ce que je viens de dire ; mais elle ne procède pas pourtant de simpHcité, mais d'un effet de grâce qui suit l'acceptation que vous faites de votre humiliation, qui vous met dans la tranquillité et la docihté à tout ce dont il est question pour l'heure, mais à quoi il est besoin que vous ayez été aidée par conviction, et qui plus est par une conviction proportionnée à votre inclination, qui se fasse avec étendue, satisfaisant à toutes vos raisons, lesquelles étant épuisées vous vous rendez par grâce à la vérité, mais non par simphcitéqui demanderoit la suppression de tout cela, et que vous vous rendissiez à la première insinuation de la vérité, laquelle vous choque toujours si elle n'est conforme à votre sens.

5. — Je vous supplie de remarquer que ce seroit un jeu de conduire les âmes comme vous présupposez ici, en leur disant tout ce qu'on pense : c'est se rendre de pair avec elles, ce qui ne seroit pas le bien des âmes, ni de celles qui les dirigent, lesquelles n'y ont aucun droit que celui de Dieu qu'elles représentent, ce qui les oblige à une conduite grave, sérieuse, majestueuse, qui n'exclut pas pourtant la douceur et accommodement; mais par cet esprit, et non par une familiarité qui console les sens et dissipe la grâce.

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