LXXXIV.— A une religieuse de Port-Royal
Elle lui parle de la crainte el de l'aversion qu'on a des supérieures. — Elle raverlitd'un déJaul de cliariié, et l'exhorte à demander à Dieu l'augmentation de cette vertu.
Ma sœur. Je vous dirai une pensée que j'ai, que je ne voudrois pas dire à une autre de peur de la choquer, qui est que la crainte qu'on dit qu'on a des supérieures n'est autre chose qu'une aversion qu'on a d'elles. Mais pour se cacher à soi-même le mal qu'il y auroit en cette aversion, on l'appelle crainte, qui est une disposition qui semble être plus passive qu'active; en quoi aussi on a intention de rejeter tacitement la faute sur la supérieure qui donne sujet à cette crainte par sa trop grande sévérité. Je vous dis ceci, ma sœur, comme une expérience que j'ai faite qui me semble utile. Or, ce qui fait qu'on ne veut pas avouer qu'on a de l'aversion, ou bien que l'on manque d'amour vers elle, qui n'est quasi qu'une même chose, c'est que cela n'est pas permanent, et que pour l'ordinaire on sent de l'amour pour elle; mais comme ce nest pas un amour de charité, il vient à défaillir dans la contradiction, et la crainte succède qui est un manquement d'amour, et pour parler plus proprement