LXXXIV. — A UNE REI.K.IEISE DE PORT-ROYAL
une petite haine ou aversion dans le temps que la contradiction dure. Et croyez, ma sœur, qu'on hait plus souvent le prochain et même les supérieure? (|uon ne pense, et que cela est peu aperçu encore qu'il soit hien réel. Je vous dis ceci pour me soulager l'esprit en ce point, ayant peine de ce que quehjuefois on fait passer ces indispositions pour des choses innocentes, à quoi l'on pense ne pouvoir remédier; et cependant ce sont des manquemens essentiels contre la charité, l'humilité, la simplicité, le renoncement de soi-même.
Il est vrai qu'il y a dans la conduite de cette maison quelque petit air de domination, mais par un principe tout différent qui est pour n'avoir pas un€ charité cérémonieuse et étudiée quf est en elfel une (mlitesse spirituelle, qui rend la conduite suave aux sens, mais sèche à l'esprit, qui rend l'humain pour l'humain. Ce qui paroît en cela un air d'autorité n'est souvent qu'im défaut de patience a prendre un plus long circuit pour dire les choses d'une manière i\m plairoit davantage. Mais toujours en faut-il revenir la, et ces sortes de procédures circonspectes sont plus ;i l'avantage des supérieures, qui se rendent par ce moyen irrépréhen>il)le?, (juc des inférieures, qui .ne trouvent jamais la vertu (jue dans la morliticaliou.
Cela se fait pour l'ordinaire, et c'est à quoi l'on tend; ce n'est que la tentation (|ui le l'ait ignorer.
Ce n'est pas que je n'avoue (juil y ait assez de quoi faire ce jugement; mais c'est par des raisons humaines, et non par le consentement de !a conscience : je veux dire qu'il pourroit y avoir telle supérieure de (jui la conscience pern)ellruit de juger cela, non pour s'y arrêter, car c'est toujours péché, mais seulement pour en faire le discernement. 11 n'y a point de raison d'avoir cette pensée de lui. Je crois (jue c'est une peine <pie Dieu vous a infligée.
Je suis bien aise que vous ayez cette vue qui est très-vraie; témoin ce (jui vous arriva mardi à vè|ires, qui fut un vrai défaut fie charité, mais plutôt une animosilé à laipieile il ne rnan(iue <|ue la diuée |ioiu' être un grand mal. La lui sans la cliarité est un joug insupporlahle; c'est poiu'(|U(ti, pour ne pas sentir sa pcsautein-, il faut ih niand(.-r à Dieu son amoiM',(]ui est le seul conunandement de la loi nouvelle, et lui dire : Da quod
jubés, el jubé quod vis, avec ceci : Auge in nobis carilalem. La véritable charité ne paroît que dans la charité; el cependant on n'aime dordinaire que jusqu'à ce qu'il faille soutTrir. Je vous dis il y a quelque temps que vous naviez point de charité pour les sœurs, et que je le connoissois bien aux rapports que vous me faisiez d'elles, au moins aux ternies dont vous usiez. Je ne voulus pas vous en dire d'exemples pour ne pas donner lieu à vos répliques; j'avois celui-ci présent quand vous me dites que ma sœur... étoit tout étalée dans sa cellule, avec LUI geste conforme qui signifioit que vous l'aviez condamnée pour cette action-là, au lieu de la lui avoir pardonnée.
De quoi parlez-vous ? la charité de Dieu est répandue en son cœur par le Saint-Esprit. 11 est vrai que vous le pouvez dire sans crainte, ce qu'il est ayant détruit ce que vous étiez.