LXXXVI. — A INE RELK.IEISE DE rORT-Rl>YAL. i
nir de sa présence, le regardant comme votre médecin, et lui exposant toutes vos infirmités, comme un malade qui sent bien son mal, mais (jui ne sait pas par quel moytn il y pourra remédier et qui attend son secours du médecin, qui ne demande rien du malade, sinon qu'il dise son mal et qu'il ait envie de guérir. Et nous sommes si misérables que c'est bien souvent ce qui nous manque le plus que le désir de la santé de notre âme; c'est pourquoi il le faut demander à Dieu avant toutes cboses, étant lui cpii donne le bon désir aussi bien que les bonnes actions. Je trouve bon qu'on vous entretienne l'aprés-dinée, pourvu que ce soit de bons discours, et que de lois à autres vous fassiez des aspirations à Dieu, ou par une simple pensée, ou en disant intérieurement (|ue!(iues paroles ou des versets des psaumes. Vous direz aussi <juel>fue dizain de notre chapelet, et les sept psaumes à diverses reprises, comme je vous ai déjà dit.
C'est aujourd'hui et demain levangilc de la Transfiguration. Ce mystère nous apprend (jue c'est en l'oraison qu'on obtient la transformation du cœur, qui est ce que David appelle créer en nous un cd'ur nouveau. C'estaquoi doiltendie voire retraite, a demander a Dieu (juil change votre cœur, alin ipiil soit susceptible de ses impressions, qu'il demeure fermé aux objets des sens et ouvert seulement aux mouvemens de sa grâce, n'ayant plus de pente ni de poids (|ue pour les cboses solides et éternelles; qu'il vous fasse rejeter tout ce que vous aimez, et n'aimer plus(|ucce(|uc vous ap|>rélien(lczcontre sa parole, qui dit en 1 Lvauf^ile (jue son jou<j vsf tout plein de douceur. Je vous laisse celte sentence à méditer, et à reconnoitre que vous avez mamiué de foi jusqu'à présent, ayant cru que c'étoit une chose bien rude d être a Dicu connue il faut
LXXXVI —A une religieuse de Port-Royal.
Aimer la réprvbt'nsioo ; iuvoquir Ji;!>us-Cbrul coiiiuic le lui^dccin de nos >\iiies.
Mu Ires-chore sœur, Les fautes que vous m'uvez ccriles étant
assez éloignées, je ne vous en donnerai point de pénitence, espérant que les confessions et les communions (jue vous avez faites les auront expiées. Il reste à faire ce que M. Singlin nous a prêché, qu'il faut non-seulement faire mourir ses vices, mais les ensevelir en faisant des œuvres contraires. Ce sera en surmontant votre orgueil qui vous fait tant ressenlir quand on vous blâme de quelque chose. Il faut couvrir ce défaut de l'amour delà répréhension et du mépris. Ce n'est pas à dire que vous ayez une joie sensible quand on méprise vos œuvres, mais seulement que votre âme l'accepte, et que vous remerciez Dieu de ce que cela vous est arrivé, lui disant, à l'imitation de David : Il m'est bon, Seigneur, que vous m'ayez humiUée; et qu'ensuite vous fassiez une petite prière pour ces personnes, leur souhaitant la grâce de Dieu pour récompense du bien que vous pouvez tirer de leur procédé vers vous.
C'est une chose des plus essentielles à la religion que d'être reprise et humiliée, et c'est en quoi elle est plus opposée à la vie du monde où l'on aime les louanges et la flatterie. Vous croyez ne les pas aimer, parce que vous désirez qu'on vous traite selon la vérité ; mais cela ne suffit pas de le désirer à l'égard de quelques personnes, si on ne le trouve bon de toutes les autres de qui l'on reçoit quelque mortification dans les occasions.
Notre pensée du jeudi, c'est sur la parole de Notre-Seigneur : Les sains n'ont que faire de médecin, mais bieiiks malades. Jésus-Christ est au Saint-Sacrement pour guérir les âmes de leurs infirmités, pourvu qu'elles ne soient point volontaires. Comme un malade qui ne se veut pas guérir n'a que faire du médecin, celui qui désire la santé appelle souvent le médecin, et garde tous ses ordres. Mais il y a une chose particulière, qui est qu'il faut désirer de guérir pour faire honneur au médecin, plutôt que pour l'amour de soi-même. Et ceux qui sont dans cette pureté d'intention ne s'ennuient pas de la longueur de leurs infirmités, croyant que le médecin ne les guérit pas tout d'un coup pour rendre leur santé plus assurée, et parce qu'il aime ses malades et est bien aise qu'ils l'appellent souvent, ce qu'ils ne feroient pas s'ils se portoient fort bien. Il faut donc dire souvent à ce divin médecin : Seigneur, si vous voulez.