‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 172 sur 205 · LXXXVII.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LXXXVII.— A une religieuse de Port-Royal

Danger de s'appuyer sur la créature; réflexions sur ces paroles : Venez

a moi, etc.

Ma très-chère sœur, Je loue Dieu de ce qu'il vous fait éprouver que la prière est le remède aux difficultés qui .se rencontrent dans l'exercice de la vertu. Cela nous fait voir que nous no serons pas excusés devant Dieu (juand nous aurons laissé à faire le bien par notre foiblesse , puisque la foi nous apprend (jiie Dieu peut tout, cl qu'il se communi(iue à ceux qui ont recours à lui cl ne s'appuient pas, connue dit l Écriture, sur un bras de chair. Je crains toujours ce défa»il-là pour vous, et votre lettre m'en donne sujet, où vous exagérez trop la joie que vous avez de no? Ictlrcs. ie vous supplie, ma chère sœur, modérez-vous en cela, et craignez que Dieu n'approuve pas tant de sensibilités pour une créature. J'avois été en doute h cause de cela si je vous devois écrite, craignant de jeter de l'huile sur le feu. Néanmoins, je me suis rendue à l'ordre de Dieu (jui m'oblige, étant séparée de vous, de vous 'émoigner que je ne vous oublie pas ; et vous devez de votre part regarder cela eu Dieu, (jui remplit toujours les vides et ne laisse point sans récompense ce (|u'on lait [>our lui : c'est pourcjuoi il n'y a j)oinl de quoi s'émerveiller si je contribue à l'ellét de ses promesses.

Notre pensée du jeinli sera sur les paroles de l'Evangile : Venez à moi vous qui êtes travaillés et chargés, et je vous réfectioutterni. Onaud Notie-Seigneur dit à saint Matthieu: Suivezmoi, il lui dil tout le reste, il le déchargea de ses péchés, el le réfection na de son amour, car c'est le plus grand travail de ràuHMpie d'être privée; de l'amour de Dieu, (jui est le souverain bien, la ^ouv('rain(' juslid; et la souver.iine paix, ("est dans le Saint- Sacrement que nous trouvons cette divine réfection, pourvu fiuc nous y allions vides de tout nuire désir ettle tout

autre amour, en demandant à Dieu la grâce de se détacher de tous les autres. Priez saint Matthieu de vous ohtenir l'attention aux mouvemens de la grâce, de peur que celui que vous laisserez passer sans vous en apercevoir ne fût le principe de toutes les autres grâces que Dieu vous voudroit faire; comme en saint Matthieu cette parole du Fils de Dieu étoit le moment de son élection.

Adieu, ma très-chère sœur, je suis tout à vous, pourvu que vous soyez tout à Dieu.

LXXXVIII.— A une religieuse de Port-Royal.

Ma très-chère sœur, M. Singlin fut hier à Port-Royal-des- Champs, d'où il ne revint qu'à l'heure au soir, et présentement il s'en retourne à la ville; il faut que vous vous confessiez à M. de R... pour communier en l'honneur de saint Matthieu, à ce qu'il vous obtienne une véritable et constante conversion à Dieu, et l'établissement de votre vocation, s'il plaît à Dieu de vous faire cette grâce. Priez celle qui vous portera ce billet de supplier M. de R... d'aller au parloir, si vous désirez comme il faut de vous confesser à lui. 11 vaut mieux n'y aller point que de vous y présenter avec moins de respect et de confiance que vous ne devez. Vous devez bien prendre garde à cela quand vous vous confessez, que vous n'ayez plus d'égard à la personne qu'au sacrement. Je crois que celui qui agiroit ainsi volontairement ne recevroit nulle grâce; car une créature, fût-elle aussi sainte que saint Paul, né sauroit communiquer la grâce qu'elle a reçue ^^ elle n'est que pour elle, et celle qui est en sa puissance comme ministre de Dieu n'est que pour les âmes disposées qui se conduisent par la foi, et regardent tous les prêtres d'un même œil pourvu qu'ils s'oient de bonne vie. J'ai été bien aise de vous dire cela une fois pour toutes, afin que vous ne tombiez jamais en cette faute de perdre la sainte communion pour ne vous être pas confessée à qui vous désiriez.

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