XCI.— A une religieuse de Port-Royal
Jésus-Christ s'est donné à nous, conimenl mous devons nous donner à lui.
Ma très-chère sœur, M. Singlin m'a promis de vous confesser aujourd'hui. Il me semble que vous avez sujet devons approcher de la sainte communion avec confiance. Dieu vous ayant fait la grâce de lui donner beaucoup, en vous séparant comme vous avez fait pour l'amour de lui et pour la charité du prochain.
Notre pensée du jeudi est sur la parole de Notre-Seigneur : Le pain que je vous donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. Je joins à cette parole une autre de l'évangile où Notre- Seigneur dit : Donnez, et il vous sera donné. Saint Ignace disoit qu'il étoit le froment de Dieu, qu'il seroit moulu par les dents des bêtes pour être réduit en farine, dont on feroit un pain pour présenter à .Tésus-Christ. Ce saint vouloit donner à Jésus-Christ ce qu'il recevoit de lui, se réduisant en pain par une voie si douloureuse pom' être la nourriture de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ éloit la sienne. Notre-Seigneur demande la même chose de nous; il veut que nous soyons son pain comme il est le nôtre. Celui qu'il nous donne est lui-môme, et nous devons aussi lui donner l'intime de nos cœurs, c'est-à-dire ce que nous avons de plus excellent. Il nous promet en l'Évangile qu'il nous donnera une bonne mesure, pleine, foulée, et qui s'en ira par-dessus. Vous le devez remercier, ma chère sœur, de ce qu'il vous a donné le courage de lui en offrir une semblable, faisant une chose bonne et avec plénitude de cœur, comme je crois, et qui est plus que pleine puisque vous n'y étiez pas obligée. Je supplie sa divine bonté de vous la faire poursuivre encore plus parfaitement que vous ne l'avez commencée, et qu'il vous donne ensuite l'ellet (|ue vous avez. Adieu, chère sœur, je suis tout à vous pour Dieu.