‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 175 sur 205 · XCII. — A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

XCII. — A une religieuse de Port-Royal

Rédexions sur ces paroles : Jésus-Chrisl notre Pâque a été immolé. Le jour de la Sainte-Croix (4 4 septembre).

Ma très-chère sœur, Je me réjouis de ce que vous ferez cette année la Sainte-Croix en vérité, puisque non-seulèment vous en portez une pour l'amour de Dieu, mais vous l'exaltez en votre cœur en la préférant à votre inclination qui ne seroit pas d'èlrc au lieu où vous êtes, si Dieu ne vous y tenoit attachée à sa sainte volonté par des clous et des liens de charité.

Notre penséedu jeudi, c'est sur la parole de saint Paul qui dit que Jésus-Chrisl esl noire Pâque ijui a été immolé, et partant que nous le devons honorer, et te recevoir avec les pains sans levain de la sincérilé et de la vérité. Il fait une allusion à la Pà(|ue des Juifs, qui sacritioient un ai^neau et le manj^eoient avec des pains sans levain. Ils se coutenloicnt de cette cérémonie extérieure; mais saml Paul nous fait entendre (pie ce n'est plus cela que Dieu demande, et (juc Jésus-Christ même étant l'Agneau (|iii a été immolé pour nous, nous ne jtouvons participer au fruit de cette divine immolation (ju'en a^nssant vers Dieu avec toute sincérité et vérité, c'est-à-dire, par un culte vraiment intérieur, ce qui ne se peut faire qu'en nous sacrifiant nous-mêmes à Dieu, parce (pie tout ce que nous sommes répugne à celte pureté et la condjat sans cesse; de sorte (jue comme le Fils de Dieu ne nous a sauvés que par sa mort, nous ne pouvons aussi faire notre salut (pi'en faisant mourir peu à peu notre partie propre, connue lappeloit sainte (Catherine de Gènes dont il est aujourd'hui la fête, qui disoit (ju'elle la haïssoit plus (pie l'enfer et les démons; et nous, au contraire, nous l'aimons hien souvent plus (pie Dieu, aimant mieux la contenter que d'ohéir à Dieu.

Vous savez (pie .Notre-Seigneur n'avoil nulle ohligation à la mort, et qu'il nous pouvoit sainer jiar une. inlinite d autres moyens; mais parce (pie nous ne pouvons nous appli(pier sa rédemption (pie par sa voie de mort, étant nécessaire «|ue nous mourions au péché (jui est opposé a celle grâce, et cette

mort nous devant être fort pénible et fort sensible^ le Fils de Dieu n'a pas \oulu que nous eussions cet avantage sur lui, (s'il est permis de parler ainsi), de faire pour lui ce qu'il n'auroit pas fait pour nous; selon ce que dit saint Jean, qu'il nous a aimés le premier, en nous prévenant dans toutes les manières d'amour que nous saurions lui rendre. C'est la pensée quej'aieuesur ce que Notre-Seigneur dit dans l'évangile de celte fête, que s'il est une fois élevé de la terre, en étant crucifié, il attirera tout à lui, parce que tous ses élus voudront être crucifiés avec lui.

L'on nous doit prêcher aujourd'hui sur cela; lâchez de vous bien disposer à écouter cette sainte leçon, qui nous est si nécessaire. Adorez auparavant Notre-Seigneur en croix, le suppliant qu'il découle en votre âme une petite goutte de la vertu de son précieux sang, qui la détrempe et vous rende capable de tirer du fruit de cette divine semence de sa parole. Adieu, ma chère sœur.

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