XCIV. — A UNE RELIGIEISE DE PORT-ROYAL
l'ennui que vous trouvez dans la vie religieuse, et qui est le plus grand obstacle à voire vocation.
Dieu aime celui qui lui donne gaiement : cette gaieté ne s'entend pas avec une joie sensible, mais avec une volonté si pleine qu'on ne se contente pas de laire une chose pour Dieu, mais on s'y engage pour lui témoigner qu'on veut anticiper sur le futur en lui donnant par résolution le temps qui n est pas encore à nous. VA c'est pour cela que l'on dit (jue les vœux sont un elîel dune grande charité, et un remède excellent contre l'inconstance de l'esprit humain.
Notre vertu de cette semaine sera de chercher Dieu dans notre âme. Je dis dans noire àme, parce (jue Notre-Seigneur dit dans lÉvangile, que nous cherchions premièrement te royaume de Dieu; et en un autre lieu il dit, que ce royaume est dedans nous : ce qui fait (jifil n'y a (jua nous convertir au fond de notre àme pour y trouver Dieu, et lors toutes les antres choses dont nous aurons besoin nous seront données par-dessus. Celle vertu s'appellera donc, suflisance en Dieu : car c'est cela que Dieu demande de nous, que nous soyons contentes de lui, et que nous ne cherchions que lui seul. Le verset c'est : i'nam pelii a Domino, etc. J'ai demandé une seule chose au Seigneur, etc. Si vous entrez dans cette prati(Hie, tons vos désirs se réduiront à l'unité, et vous obtiendront la seule chose ipie vous désirerez ; puisque la Sagesse éternelle dit qu'W/e aime ceux qui l'aiment, et que ceux qui se mettent en [leine de la chen her la trouveront.
Adieti, ma chère sœur. Ne m'écrivez point si Dieu ne vous en donne la pensée; ne le faites point par compliment ; et ne vous réinuisst'/. p((int de mes leltiesciuand vous les \u^ez, mais seulemi.'ut (|uand vous y trouverez quelque chose qui vous porte à Dieu ; garde/les un peu de temps sans les ouvrir
XCIV— A une religieuse de Port-Royal.
Exemples de Jû&us-Cliri.»! el de la saiiilc Vierge |>our la pratique de l'()l)éissanci'.
Je ne pense pas que vous deviez demander de sortir de l'o
béissance où vous êtes pour rincomniodité que vous avez, puisque notre mère la sait bien, et que c'est à elle de juger si elle vous en doit retirer ou non. Vous êtes obligée de réparer l'impatience que vous avez eue en tous les lieux où on vous a mise, d"où il a toujours fallu vous ôter par votre importunité. Tâchez à n'avoir plus de choix ni de désirs, quelque bons qu'ils semblent être, puisque c'a toujours été la source de vos défauts et la cause de vos attaches. Les vraies servantes de Dieu doivent dire comme la sainte Vierge : Qu'il me soit fait selon voire parole, et non pas selon ma volonté ou mon utilité. Car la sainte Vierge a regardé le seul dessein de Dieu en acceptant les promesses de l'ange, et non son avantage, c'est pourquoi elle a été la plus assujettie de toutes les créatures, et le Fils de Dieu encore plus qu'elle, c'est pourquoi le Père éternel l'appelle par excellence son serviteur, comme la sainte Vierge s'est dite sa servante. Je supplie Notre-Seigneur de vous faire la grâce d'accepter votre incommodité avec le même amour qu'il vous témoigne en vous l'envoyant, puisque c'est pour vous faire être à lui extraordinairement.