C. — A INE RELK.II-rSE DE PORT-ROYAL
stincls que Dieu vous doune. Vous savez que vous ne tenez à lui (jue par là, et que ce sera quelque inspiration bien reçue qui vous rélablira en sa sainte grâce. Je vous supplie de lui demander le renouvellement de celle-ci, étant nécessaire que Dieu vous ait prévenue avant qu'on vous parle. Encore que je ne l'aie pas fait, je ne laisse pas de voir dans votre visage les renversemens de votre àme, que j'expose à Dieu, attendant qu'il lui plaise de vous envoyer à nous et de nous donner en même temps (juebiue chose de bon pour vous. Je lui oflVe la pitié que j'ai de vous, comme étant un effet de la charité qu'il me donne pour vous secourir si je le pouvois; mais il est seul le rép irateur des âmes, comme il en est le sauveur. Allez à lui, ma sœur, en la manière que vous le pouvez, quand ce ne seroit que de corps. Faites un voyage au chœur pour cela. Jetez-vous aux pieds du crucifix, et lui dites les paroles que lui-même vous suggère par le prophète : Couverte me, Dotnine, et convertar. Failes cela trois fois en l'honneur de la Sainte-Trinilé, vous relevant chaque fois. J'ose vous assurer que Dieu l'aura agréable, et qu'il vous regardera.
C— A un© religieuse de Port-Royal.
Sur raUîicliemcnl à sa propre volonté : allcndrp avec liumilité le temps que Dieu a destiné pour nous délivrer de nus fautes.
Je reconnois avec ▼eus qtie vous vous rendez de jour en jour plus allachée à votre propre volonté, mais je ne me décourage pas comme vous, ne laissant pas d'espérer que Uieti vous fera la grâce d'y renoncer, et que c'est pour cela qu'il [>ermet qu'elle domine en vous, afin de vous en faire concevoir de riiorrcur, parce (pie t-i vWc éloil plus modérée vott.s croiriez n'avoir pas tort, croyant toujoins que ce que vous voulez est fort juste : et c'est poun|uoi vous croyez <|u'on vous le refuse avec injustice, jusipia \uu.^ imaginer que c'est (|tje l'on ne nous aime pas, qtii est tui aveuglement étrange de fonder l'amour qu'on a potir vous dans l'adhérence à vos désirs, (jui sont |)our l'ordinaire formés par votre amour-propre et par l'arrêt inviu-
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cible que vous avez à votre propre sens. Et je vous avoue que tandis que vous serez comme cela, il sera besoin que la cbarité qu'on a pour vous soit accompagnée d'une grande palience pour ne se point rebuter de vos opiniâtretés pour des choses à quoi vous vous pourriez rendre facilement, si vous aviez un peu de docilité.
Vous avez grand tort néanmoins de dire que vous étiez meilleure dans le monde, car vous savez bien que votre cœur n'étoit pas à Dieu, et qu'étant un mauvais arbre vous ne pouviez porter de bons fruits ; au lieu qu'étant maintenant un bon arbre, encore que -vous portiez quelquefois de mauvais fruits, la bonne racine demeure qui en produira s'il plaît à Dieu de meilleurs; ou bien, pour parler selon l'Évangile, qui dit que Je bon arbre ne peut parler de mauvais fruits, je vous dirai que vos fautes ne sont pas des fruits, mais seulement des feuilles et des fleurs mauvaises, parce que ce sont des affections et des inclinations très-imparfaites, et non une malice volontaire et consommée.
Que si vous voulez croire que vous êtes un mauvais arbre, faites ce que dit l'Évangile ; coupez-le et le jetez au feu de la charité, où il deviendra bon et ses fruits aussi. Vous ferez cela en vous approchant souvent de Dieu par la prière, car il est un feu consumant et qui éclaire, comme dit David : Approchez-vous de Dieu, et il vous éclairera, et vos visages ne seront' point dans la confusion; c'est-à-dire, que nous serons exempts de la confusion que donne l'amour-propre, qui est accompagnée d'inquiétude et d'amertume, et que nous regarderons nos fautes avec hiimilité et avec paix, ne désirant point d'en être délivrés avant le temps que Dieu a destiné pour notre rédemption particulière, comme il avoit marqué le temps du salut du monde, que toutes les prières de tous les saints de l'Ancien Testament n'ont pu avancer, quoiqu'ils aient obtenu par leur bonne disposition d'appartenir à la loi nouvelle et d'être les premiers chrétiens. Quand vous aurez plus d'humilité et de patience à vous souffrir vous-même, tout ira bien.