‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 182 sur 205 · CIV.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

CIV.— A une religieuse de Port-Royal

Notre âme est un dépôt que Dieu nous a confié ; il faut la traiter avec charité.

Gloire à Jésus au Très-Sainl-Sacrement!

Ma très-chère sœur, J'ai fait toucher votre papier à la sainte Epine, et je l'ai tourné de tous les côtés, afin que toules vos imperfections puissent guérir parce saint attouchement. Mais j'ai demandé auparavant à Noire-Seigneur Jésus-Christ qu'il lui plût de les effacer de votre esprit, ou du moins de les en éloigner, parce qu'elles y font trop de séjour et qu'elles y prennent la teinture de l'amour-propre qui les rend inquiètes et chargeantes, en sorte que ce poids vous empêche d'avancer et de courir dans la voie de Dieu. Je voudrois que vous regardassiez vos fautes comme vous feriez celles d'une autre dont on vous auroit donné la charge. Vous auriez soin de remarquer les manquemens qu'elle feroit et 'd'en rendre compte à ceux qui les devroient savoir; comme aussi de vous servir des remèdes qu'on vous auroit donnés pour lui faire pratiquer; et même vous gémiriez devant Dieu pour elle, mais avec une paix intérieure qui seroil l'effet de la charité que vous auriez pour cette personne. -Faites de même, ma chère sœur, à l'égard de votre àme; aimez-la comme un dépôt que Dieu vous a mis entre les mains, et ne la maltraitez point comme si elle étoit votre esclave; conservez-lui la liherté que le Fils de Dieu lui a |acquise, et délivrez-la delà tyrannie de votre amourpropre qui vous porte à la circoncire avec un couteau de pierre, afin de se glorifier en votre chair : ce sont les paroles de saint Paul, que vous appliquez bien à ce que je veux dire, aussi bien que tout le reste de ce billet, qui n'est qu'une parabole. Je vous

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donne pour devise ces paroles du prophète . Supervenit mansuetudo, et corripiemur. Essayez-en, je vous en supjilie, puisque nous ne sounnes pas sous la loi de crainte qui menace et (|ui châtie, mais sous la loi d'amour qui console, qui guérit et qui délivre. Je suis tout à vous, ma très-chère sœur.

CV— A une religieuse de Port-Royal.

Elle approuve qu'elle lui ait écrit, et rethorte à retranclier les rétlesioiis intérieures et le défaut de simplicité.

Ma sœur, Je n'écris pas quand je veux, non plug que je ne visite pas quand je le désire; l'un et l'autre dépend de la providence de Dieu, qui me mène souvent on je ne veux pas et me retire d'où je voudrois bien aller. J'avois donc intention de vous réfiondre incontinent en récompense du soulaffemenl d'esprit ijne vous m'aviez donné, en me disant votre nuilleure disposition. 11 est vrai tjue j'avois élé tort méconlenle de votre procédé à ne me vouloir pas réjiondrtî un mol de sincérité et «le simplicilé. Je m'arrête néanmoins pour ne vous en pas dire daNanlage, piiisiiuo vous mallc^^uez votre impuissance, laquelle, bien ()u'eile ne vous rende pas moins coupable devant Dion, doit èlreconisidérée d'une personne qui en a atitant tpie vous, ctiini ptMil direavei; saint Paul ((|ui parlait vu la personne des loibk'Sj : Le vouluir eH bien en moi, mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir. Notre-Scif^neur vous lit beaucouj) de miséncordt' de reconnoUre liicntfM tctl»* faute en sa présence. Je ne sai.<i p()un|uoi vous avez tant tarde a le laiit; devant nous. Puis4|ue cette voie vous sera plus facile que la parole, je crois (jue vous vous «'u devez servii-. Il faut la ^làce de Dieu pour tout, mais la tenlaljou iuleivicul uuuns dans I éciiliue, ou l'on a Dieu plus présent et l'on évite les supeilluitcs (|ui laissent l'esprit distrait et épuisent ee ipiil a de hou au dedans.

V(Hi< n'avez plus a retrancher ipie les rélh-xiiuis intérieures, qui vous font un exlrèine tort; et vous no le ferez jamais, si vousne<onsenlezde donnera Dieu la Halisfaclion<jue vousavez a deviner ce qu'on |)ense de vous. La paix intérieure en (|Uoi

consiste le royaume de Dieu pendant cette vie ne peut être acquise sans se faire violence, non pour le gagner, car Dieu le donne gratuitement ainsi bien que le salut éternel; mais parce qu'il ne le veut donner qu'aux âmes fidèles qui contribuent ce qu'elles peuvent.

Vous ne parlerez jamais simplement tandis que vous appréhenderez qu'on tire des conséquences de vos paroles, que vous ne voulez pas ; par exemple, de ne vouloir pas dire quand vous êtes bien, de peur qu'on ne vous fasse communier; c'est le moyen de ne recevoir aucun avantage de la conduite, laquelle vous prévenez au lieu de la suivre. Il est vrai qu'enfin vous dites tout, mais c'est .après que vous vous êtes mise en état qu'on ne peut plus vous ordonner ce qu'on voudroit, et qu'il faut s'accommoder à ce que vous êtes, et vous priver de la communion, parce que vous n'êtes pas disposée à la faire.

Pour ce qui est de l'assistance, c'est à vous de vous juger. Je ne doute pas que vous n'ayez du mal, je crois que vous n'êtes point sans cela; mais je ne sais pas si cela vous empêcheroit d'y'pouvoir aller, n'étoit la répugnance; c'est en ces choses-là où l'on doit moins écouter ses infirmités, qui pour l'ordinaire ne subsistent pas en la présence de la grâce, par le motif de laquelle on se contraint.

Pensez aussi devant Dieu, si vous ne pourriez point faire les lampes, qui n'apportent aucune distraction, ni commerce avec personne. Si les sœurs se plaignent à Noire-Seigneur que vous les laissez travailler seules, je ne pense pas qu'il réponde en votre faveur, au contraire, il vous dira ce qu'il n'a pas dit à sainte Madeleine ; Levez-vous et aidez les autres. Ce n'est point que je vous y veuille obliger, cela doit venir de votre bonne volonté, sans laquelle votre emploi ne contribueroit pas au jtrofit spirituel de la communauté, auquel vous devez apporter quelque chose si vous désirez y prendre part.

Je vous renvoie vos lettres, afin que la crainte que vous auriez que je ne les perdisse ne vous empêche d'écrire. Mad. Quathommes vous envoiedes prunes dattes; vous l'en remercierez quand elle vous viendra voir. Adieu, ma sœur, priez pour moi, je vous en supplie.

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