‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 183 sur 205 · CVI. — A one religieuse malade · texte numérisé non relu

CVI. — A one religieuse malade

Elle lui donne des motifs de consolation dans ses souiïrances et dans ses l)esoins spirituels.

Je VOUS supplie de croire, ma Irès-cliere sœur, que j'ai graude compassion des maux de votre corps el des peines de votre esprit. Dieu vous a dennti assez de courage pour souffrir les premiers, mais vous n'avez pas assez de confiance en lui dans les secondes. Et cependant, c'est une chose bien plus digne de la bonté de Dieu de nous secourir dans les souffrances intérieures (jue dans les extérieures, parce qu'il aime beaucoup plus notre âme que notre corps. Ne craignez donc point d'espérer trop en Dieu au regard de vos misères spirituelles, pourvu (jue vous accom|iagnit'Z celte t-spérance d'un désir sincère d'être à lui. Vous avez sujet de croire que Dieu a mis ce désir au fond de votre cœur, puisijue c'est la créance de ceux qui vous conduisent; et c'est de ce côlé-là (|iie vous vous devez toujours tourner, sans jamais prendre de sujets eu vous-même pour espérer ou désespérer, parce (ju'on se peut trompera tout, hormis quand on entre humblement dans le sentiment de ceux de cpii l'on peut dépendre.

Je vous supplie, ma chère sœur, de vous souvenir de ce que je vous disois hier sur la promesse que Dieu nous fait qu'il sera avec nous dans l'affliction; en «pioi il nous apprend la différence qu'il y a entre le temps de la maladie et de la .«souffrance, el celui de la santé el de tout ce qu'on appelle prospérité. Dans c(;lui-ci, nous sommes obligés de chercher Dieu continuellement; mais comme nous le faisons d'ordinaire avec beaucoup d imperfection, nous méritons qu'au lieu de se laisstM- trouver à nous, il s'en éUtigne <lavantage. El c'est le coulrairc du temps de l'alllictioii , dans l('<|uel, pourvu (|ue nous le voulions bien accepter, sans qu'il soit besoin de faire autre chose, il se rend présent à notre âme el lui dil ilans le fond du c«f'ur : Me voici, pour faire en vous tout ce que vous désire/ (jue je fasse pour vous disposer a me plaire. Et ne vous meltfz point en j>eine de penser si c'est véritablement

que vous consentez à l'état où Dieu vous met ; car la souffrance porte encore cette bénédiction avec elle, de soumettre l'esprit à Dieu, en lui faisant dire ces paroles de David : Mon âme, ne serez-vous pas sujette à Dieu, car c'est de tui que vient ma patience. Ce qui nous apprend à ne la pas attendre de nousmêmes, mais à la recevoir de Dieu en même temps qu'il nous donne sujet de l'exercer.

C'est en quoi consiste la facilité et tout ensemble la difficulté qu'il y a d'être dans l'état où Dieu veut qu'on soit. Il n'y a, dis-je, rien de si facile que de recevoir la grâce de Dieu pour cela, ensuite de l'humble prière qu'on lui en a faite; et il n'y arien de si difficile que de sonder son cœur et de raisonner pour savoir si les choses sont comme il faut, ce qu'on ne connoît jamais, parce qu'il n'y a rien de si caché que ce que nous sommes à l'égard de Dien, dont il est dit dans l'Écriture sainte, que Dieu sonde les cœurs et les reins. C'est porter le joug de Noire-Seigneur qui est doux et agréable , que de s'abandonner comme j'ai dit à la secrète opération de sa grâce; et faire le contraire, c'est s imposer le joug pesant et insupportable de l'ancienne loi, que jamais personne n'a pu porter utilement.

Je m'étends trop, ma chère sœur, et je m'embarrasse en ne voulant dire qu'une seule chose, qui est celle que la règle nous ordonne quand elle dit : Cherchez la paix et la poursuivez; c'est-à-dire, ce me semble, quoi qu'il puisse arriver capable de troubler votre paix , ne laissez pas toujours de désirer de la posséder, sans jamais penser que cela est bien aisé à dire, parce qu'il est encore plus aisé à Dieu de le faire.

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