‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 185 sur 205 · CVII. — A 1?<E RELIGIEUSE MALADE · texte numérisé non relu

CVII. — A 1?<E RELIGIEUSE MALADE

je VOUS prie, ma très-chère sœur, que vous m'êtes fort présente, et que je m'approche fort souvent de voire lit pour offrir à Dieu ce que vous y souffrez, afin que votre crucifiement vous dispose à une rcsuircclion fiarfaile, puisque autant que notre mort intérieure est phis certaine, notre résurrection spirituelle est aussi plus assurée.

Les angres dirent aux saintes femmes en ce mystère : Vous cherche: Jésnn <jui a été crucifié: il est ressuscilé. il n'csf plus ici. Il en faut dire de même de tous les chrétiens, qui sont des ressuscites, parce (|u'ils ont élé des crucifiés, ou plutôt parce qu'ils le sont encore ; car le cruciliement n'a jiniiit d'antres bornes (|ue toute notre vie. 11 n'y a que le Fils de Dieu dutjuel il est dit qu*»7 n'e.</ mort qu'une fois, parce que sa mort a eu une efficace infinie pour faire mourir le péché. Saint Paul, nu contr;iii(', dit t\yi'il uirurl tous les jours. C'est la devise (|u*il nous a laissée, puis(iue, tout apôtre qu'il étoit, il na pas été délivré non plus (pie nous di' ce c<)r|)S, justju'à ce (|u'il en ait été délivré pour ètui avec Jésus-Christ.

Vous avez toujours aspiré à mourir à vous-même, ma trèschère sœur, depuis (pie vous êtes morte au monde ; mais parce (ju'on le fait fort iinpai faitenieut. Dieu y travaille lui-même, et il le fait principalement en nous mettant dans liuipuissance de rien faire, afin (pie nous attendions tout de sa fjiàce qui ne paroîl point tant (piand elle nous donne quelque part à son action en nous faisant faire extt'rieurement de bonnes œuvres.

L'Kglise se réjouit au temps de la résurrection des saints martyrs et parle de leurs souffrances avec quantité i\ Alléluia , pour nous enseigner (pi'ils appartiennent plus particulièrement a la résurrection de Jésus-Christ (jue les autres saints, parce cpie ceux-là ont eu plus de conformité à sa passion. Ainsi, ma chère su'ur, vous êtes plus consiilérét; de Dieu et des anges (|ue pas une de nos steurs, parce (pie vous êtes la plus malade des deux maisons. Laissez-vous donc regarder a Dieu avec la coiiiplaisaiU(! (juil a pour les Ames <jui portent rima}.'e de son Fils; et ne vous mette/ point en ()eine si rabattement de votre esprit ne vous pf^rmet pas de le regarder d une manière sur la(pielle vous pi.isfiez faire letlexion. C'est assez que voire état lui est agréable parce que vous l'acceptez, et que

VOUS mettez toute votre dévotion, comme sainte Thérèse, ou à souffrir ou à mourir. Si vous vivez dans la souffrance, voti^ vie sera sainte; si vous mourez dans la souffrance, votre mort sera précieuse, parce que Jt^us-Christ lui communiquera le prix qu'il a donné à la sienne, qui éloit la mort d'un Dieu, et il regardera la vôtre comme celle d'une fille de Dieu.

Oubliez, ma chère sœur, votre pauvreté, votre indignité, votre misère, pour vous souvenir seulement que Dieu est riche en miséricorde , et que la patience qu'il a eue de vous attendre jusqu'à présent est une preuve de la charité de laquelle il vous aime et qu'il vous veut aimer éternellement. Le temps de la santé doit être un temps de pénitence et de mortification continuelle, et celui de la maladie est plus propre à l'action de grâces d'avoir trouvé ce que l'on cherchoit, puisque cet état est beaucoup plus pénitent que l'autre, et moins exposé à la tentation qu'on peut avoir de se reposer sur sa pénitence, puisque personne ne s'avisa jamais de se glorifier d'avoir élé fort malade, croyant plutôt n'avoir rien fuit que des fautes, puisqu'en effet il en paroît toujours assez, si ce n'étoitque la bénédiction que Dieu met en cet état les couvre.

Ayez intention, je vous supplie, ma chère sœur, de regarder Dieu pour moi, non pas au pied du saint autel, mais étant couchée sur l'autel même comme une victime que vous lui voulez immoler. Peut-être n'en mourrez-vous pas, non plus quisaac, mais ce sera le bélier qui prendra votre place. S'il plaît à Dieu que cela arrive, ce sera pour vérifier les paroles de saint Paul, qu'// ne faul pas queceuoc qui vivent, vivent à eux-mêmes, mais à celui qui est mort et ressuscité pour eux.

CVIII. — A une religieuse malade et à celles qui étaient auprès d'elle

Elle les console dans la séparation où elles se trouveni de la oommunauté pendant la fête du SiiintSacrenienl.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !

Ma très-chère sœur. Vous me faites souvenir de ce que dit saint Augustin, que pour s'approcher de Dieu, qui est infini-

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